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Réjouissante mise en scène pour « La Cenerentola » à l’Opéra de Montréal

La Cenerentola est l'occasion rêvée d'initier tous les publics à l'art de l'opéra.

13/11/2017 09:00 EST | Actualisé 13/11/2017 12:44 EST

La Cenerentola, c'est l'une des très nombreuses versions du conte de Cendrillon, celle revue par l'un des maîtres de l'opéra-bouffe, Gioachino Rossini, sur un livret de Jacopo Ferretti.

L'histoire est proche de celle qu'a popularisée Charles Perrault. Angelina est le souffre-douleur de ses deux ridicules demi-sœurs Clorinda et Tisbe; également, non pas de sa marâtre, mais de son grotesque beau-père Don Magnifico. Un bal est donné pour que le prince Don Ramiro trouve une épouse à son goût. Et c'est d'Angelina qu'il s'éprendra comme il se doit dans le conte. La fée qui aide la jeune fille est remplacée par Alidoro, le tuteur du prince, et la pantoufle au pied par un bracelet au poignet. Pas de carrosse qui se métamorphose non plus, mais un magnifique jeu d'inversion qui fait que les personnages de la cour sont déguisés comme dans un vrai carnaval.

Le livret est rempli de mots et de situations comiques, et c'est un plaisir de pouvoir les suivre grâce aux surtitres en français et en anglais.

Cet aspect carnavalesque de l'inversion et des déguisements qui en découlent, le metteur en scène de La Cenerentola, Joan Font, l'a exploité à fond pour le plus grand bonheur du public montréalais. Dans un feu d'artifice de couleurs vives, des costumes totalement extravagants, nombreux et très soignés, le tout soutenu bien sûr par la très belle musique de Rossini et des artistes lyriques de la plus grande qualité, cette version de La Cenerentola saura ravir tous les publics, jeunes et moins jeunes, initiés ou pas à l'art de l'opéra. Le livret est rempli de mots et de situations comiques, et c'est un plaisir de pouvoir les suivre grâce aux surtitres en français et en anglais. Quant à l'humour de Joan Font, il s'est ajouté à celui de Rossini pour faire de cette œuvre, un petit-chef d'œuvre tant musical que visuel et intellectuel en donnant à réfléchir sur les surprises que réserve la vie et les retournements qui s'y produisent.

Des tableaux magnifiques sont donnés à contempler tandis que les chanteurs agrémentent leurs prestations de petits gestes discrets, sortes de chorégraphies subtiles qui ajoutent au plaisir de l'écoute. Un chœur de vingt-quatre hommes fait partie de la distribution pour des moments musicaux absolument superbes, et les vingt-quatre artistes sont parfois sur scène juste pour être contemplés dans leurs très beaux costumes et permettre de composer des tableaux visuels du meilleur effet.

Puisant, semble-t-il, dans de nombreuses références (il m'a semblé reconnaître, entre autres, sa majesté carnaval juchée sur son tonneau dans le Combat de carnaval et carême de Breughel, et l'esthétique très déjantée d'Alice au pays des merveilles revu par Walt Disney), le metteur en scène s'est même offert le luxe d'ajouter six danseurs aux très nombreux artistes. Ceux-ci ne chantent pas (c'est quand même rare dans un opéra), mais jouent les rôles de gros rats désopilants qui n'ont que la fonction de faire rire le public. Ainsi, l'aspect théâtral est particulièrement développé dans cette version de La Cenerentola et les chanteurs ont non seulement des voix superbes, mais sont aussi d'excellents acteurs.

Ces six rats paraissent gigantesques, car du côté des tailles, l'inversion joue aussi. Dans un décor très astucieux et qui se transforme en fonction des besoins, les personnages semblent minuscules, sauf les deux sœurs et leurs coiffures immenses. Il y a mille détails à remarquer tout en appréciant la musique de l'orchestre et les voix, et il faut vraiment avoir les yeux partout tant la générosité du metteur en scène est grande, y compris en dehors des moments strictement musicaux.

La Cenerentola est l'occasion rêvée d'initier tous les publics à l'art de l'opéra. C'est un magnifique spectacle qui a reçu à raison l'ovation du public.

La Cenerentola, les 11, 14, 16 et 18 novembre à la salle Wilfried-Pelletier à Montréal

Gioachino Rossini

Mise en scène Joan Font

Avec Julie Boulianne (Cenerentola), Pietro Spagnoli (Don Magnifico), Vito Priante (Dandini), Juan José De Leon (Ramiro), Lauren Margison (Clorinda), Rose Naggar-Tremblay (Tisbe), Kirk Eichelberger (Alidoro), Josée Miguel Pérez-Sierra (Chef d'orchestre)

Chorégraphe et assistant à la mise en scène Xevi Dorca

Décors et costumes Joan Guillén

Éclairages Albert Faura

Orchestre Métropolitain

Chœur de l'Opéra de Montréal

Production : Houston Grand Opera, Welsh National Opera, Gran Teatre del Liceu, Grand théâtre de Genève

Information : http://www.operademontreal.com/programmation/la-cenerentola

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

La Cenerentola © Yves Renaud