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Longs courriers: «84, Charing Cross Road» de Helene Hanff

09/03/2016 11:27 EST | Actualisé 10/03/2017 05:12 EST

Il est des occasions qu'il ne faut surtout pas manquer. La lecture sur scène par Évelyne de la Chenelière et James Hyndman d'une partie de la correspondance qu'échangèrent la New-Yorkaise Helene Hanff et le Londonien Frank Doel, plus quelques autres de la librairie Marks & Co à Londres, en est une.

Les rendez-vous de Longs courriers au théâtre de Quat'sous constituent des occasions de découvrir ou de redécouvrir des textes magnifiques.

Pour le «84, Charing Cross Road», James Hyndman passé maître dans la lecture publique, s'est offert le luxe d'inviter Évelyne de la Chenelière. Le résultat de cette prestation était à la hauteur de ces deux grands lecteurs pour cet ensemble de lettres délicieuses, pleines d'humour, d'intelligence et de subtilités, et qui au fil de pas moins de deux décennies relatent une réelle histoire d'amour entre deux personnages qui jamais ne se rencontrèrent vraiment.

Tout commence le 5 octobre 1949. Helene Hanff, une scénariste new-yorkaise fauchée, qui passe son temps à écrire et surtout à lire, s'adresse à la librairie Marks & Co de Londres pour lui commander quelques livres introuvables à New York. Ses demandes sont précises et très diversifiées. C'est que Helene Hanff est une vraie érudite qui sait ce qu'elle veut et dont l'amour passionné des livres anciens et usagers couvre l'essentiel de son budget. À l'autre bout du monde, à Londres, un employé un peu coincé de Marks & Co lui répond. Dans le Londres de l'époque, ce ne sont pas les livres qui manquent, mais plutôt la nourriture. Impossible de se procurer de la viande, des œufs, du lait ou de la margarine.

Au fil des ans et parallèlement à son travail d'écriture de scénarios, Helene Hanff remplit ses tiroirs des lettres qu'elle échange avec ce correspondant lointain de la librairie Marks & Co. Cette correspondance qu'elle accumule pendant vingt ans révèle les personnalités très différentes des deux protagonistes, mais qui se rejoignent toutefois sur bien des points, et qui au fil de ces rencontres épistolaires se rapprochent presque amoureusement.

Helene Hanff est d'un humour ravageur, presque caustique. Elle se moque de l'inertie de son correspondant ou s'emporte avec colère lorsque l'un des livres qui lui est envoyé est très en-deçà de ses attentes. Mais elle est aussi très reconnaissante lors de la réception de certains livres qu'elle adore, et d'une générosité sans bornes en fournissant à son correspondant et à tout le personnel de la librairie les nourritures matérielles qui leur manquent cruellement et qu'elle commande pour eux via le Danemark.

Ainsi, Helene Hanff devient-elle la bienfaitrice du microcosme des employés de la librairie dont certains prennent aussi la plume pour la remercier et la tenir au courant de différents petits événements plus ou moins importants. Mais le gros de la relation est entre Helene et Frank. Ces deux-là rêvent de se rencontrer physiquement. Frank, qui est marié et a deux filles, fait participer sa famille à la relation innocente, mais profonde qu'il entretient avec cette cliente on ne peut plus atypique. Il l'invite à Londres et lui propose de la loger, mais Helene est trop pauvre pour entreprendre un tel voyage.

Tout au long de la lecture des lettres sur scène, le spectateur ressent le rapprochement progressif et délicat des deux principaux personnages qui par les mots et leur amour commun des livres entrent dans l'intimité l'un de l'autre tout en conservant toujours la distance qui se doit. C'est donc entre les lignes que leur évidente attirance amoureuse apparaît, ce qui lui donne encore plus de valeur.

Tout opposait Helene et Frank, la distance, la personnalité, la situation. Ils sont toutefois parvenus à tisser entre eux un lien qui demeure encore aujourd'hui grâce à la publication de ces lettres en 1971. Depuis le recueil a connu un énorme succès dont des adaptations radiophonique ou cinématographique, et même théâtrale au théâtre de Quat'sous... Frank et Helene sont tous les deux morts aujourd'hui. Ils continuent à vivre pour nous grâce à leur intelligence, leur générosité, cette amitié amoureuse qui les lia peu à peu au fil des longues années que dura leur relation épistolaire, et grâce à leur amour commun des livres.

Longs courriers, au théâtre de Quat'sous à Montréal.

Prochain rendez-vous de Longs courriers pour Lettre au père de Franz Kafka le 18 avril 2016, et d'autres lectures publiques la saison prochaine.

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz

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