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«Anatomie d'un souffle»: danse contemporaine sur fond d'orgue monumentale

08/05/2016 11:14 EDT | Actualisé 09/05/2017 05:12 EDT

Dans le chœur de la superbe salle de la Maison symphonique de Montréal, trône le Grand Orgue Pierre-Béique, instrument monumental s'il en est, au clavier duquel s'installe Jean-Willy Kunz.

Le programme, très soigneusement choisi, consiste en une série de onze morceaux de musique baroque et surtout contemporaine, dont trois du Canadien John Rea dans le cadre de la série Hommage qui lui est consacrée cette année. Mais pour faire de ce concert une expérience sensorielle encore plus puissante et atypique, la scène de la Maison symphonique ne demeure pas vide. Les nombreux danseurs de la compagnie Le Carré des Lombes, dirigée par la chorégraphe Danièle Desnoyers, l'investissent dans onze tableaux aux propositions variées pour offrir un spectacle complet, déstabilisant, émouvant et non dénué d'un certain humour par moment.

danse danse

Sur Le banquet céleste d'Olivier Messiaen, les danseurs entrent en scène timidement, lentement, rasant les murs où leurs ombres géantes se découpent et les dédoublent. L'orgue semble retenir son souffle. La musique baroque de Dietrich Buxtehude qui suit autorise les danseurs à davantage s'animer, un peu comme la mélodie qui éclaire la scène et offre une respiration profonde. C'est ensuite le premier morceau composé pour l'occasion par John Rea et intitulé Libera me n.1 - Épris de liberté que l'on entend. Danièle Desnoyers a illustré ce désir en montrant des danseurs prisonniers du mur duquel ils ont du mal à s'extraire. Certains y parviennent, un couple d'amoureux... pour d'autres c'est seulement un essai, une tentative vaine, et on les voit irrésistiblement retourner à leur place, peut-être plus confortable.

Dans autant de microfictions qu'il y a de morceaux au programme, les danseurs captent la musique et la transmettent au spectateur en l'illustrant ou en absorbant seulement sa représentation mentale, ou encore en s'en distanciant totalement. Tout l'espace de la scène, mais aussi les tribunes du chœur sont utilisées pour surprendre l'auditeur du concert pendant que l'organiste de son côté, semble ajouter à la danse en utilisant parfois davantage ses pieds que ses mains pour jouer. Il arrive que les danseurs s'invitent dans la musique par le claquement de leurs pieds, de leurs mains, ou bien avec leurs voix. Avec certaines sonorités extrêmes, les danseurs installés sur les gradins du chœur paraissent s'alanguir, s'endormir puis se réanimer et se chercher les uns les autres dans un grand jeu de cache-cache. Dans une sorte de transport de joie vers la fin du spectacle, les danseurs qui font face aux spectateurs courent à toute vitesse, mais dans un ralenti impressionnant et magistral.

Toutes ces propositions offrent un côté ludique ou rassurant à certains morceaux peut-être plus difficiles que d'autres. La musique contemporaine est une expérience qui peut déstabiliser l'auditeur à la recherche de mélodies. La contemplation des danseurs et la tentative d'interprétation qui peut être faite de leurs gestes apportent du sens à l'ensemble et aide à apprécier les sonorités qui transforment et brisent les codes de la musique mélodique.

Anatomie d'un souffle est un spectacle complet pour les amateurs d'orgue, de danse contemporaine et de grande musique.

Anatomie d'un souffle, dans le cadre de Danse Danse, à la Maison symphonique de Montréal, était présenté les 6 et 7 mai 2016.

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Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz