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« À te regarder… », le Quat’sous fait sa rentrée sur la diversité

Chacun des moments du spectacle possède sa particularité et permet au spectateur d'entrer plus ou moins profondément dans l'intimité des personnages qui jouent chacun leurs propres rôles.

11/09/2017 11:47 EDT | Actualisé 11/09/2017 11:47 EDT

À te regarder, ils s'habitueront... à qui s'adresse le titre énigmatique de cette pièce codirigée par Olivier Kemeid et Mani Soleymanlou en ouverture de la saison du théâtre de Quat'sous?

Onze acteurs, six metteurs en scène, une heure trente de spectacle, six temps d'une pièce de théâtre où se conjuguent une très belle installation, des films, des vidéos en direct, de la musique, de la danse, des performances, du beau théâtre... ; une œuvre complète qui parle du Québec aujourd'hui, sans faire abstraction de son origine et de certains de ses combats historiques, pour faire ressortir la diversité de sa population : une population composée de ceux qui étaient déjà là, de ceux qui se sont ensuite installés et de ceux qui arrivent depuis... Cela fait beaucoup de monde, du monde très diversifié; du monde qui vient du monde entier...

Les six temps de l'œuvre mettent en scène cinq duos et un monologue. Dans le décor d'une élégante installation composée de modules géométriques aux couleurs sobres et dotée d'un bel éclairage, qui servent à l'occasion d'écran pour les films d'époque et les vidéos en direct, des acteurs défilent, dialoguent devant les spectateurs, les interpellent parfois, racontent des fragments de leurs histoires et se découvrent dans leurs identités variées.

À te regarder ils s'habitueront © Photo de courtoisie

Chacun des moments du spectacle possède sa particularité et permet au spectateur d'entrer plus ou moins profondément dans l'intimité des personnages qui jouent chacun leurs propres rôles.

Le spectacle se termine par le dialogue animé et rimé d'une excellente actrice belge et d'un rappeur dont les parents sont originaires d'Haïti.

Le premier couple est composé d'un Haïtien et d'un Russe qui a connu le régime soviétique. Les deux sont à présent à Montréal avec leurs riches vécus, les difficultés qu'ils ont surmontées, leurs vies actuelles qui s'enrichissent de leurs histoires passées. Puis ce sont deux jeunes actrices aux accents très québécois, mais dont les prénoms sont Leila et Inès, censées du même coup être très mates de peau. Suit le monologue d'une Espagnole qui a vécu en Catalogne avec les conflits que cela comporte. Suivent René et Marco qui sont deux Autochtones, dont l'un seulement connaît la langue des Inuites. L'avant-dernière performance est dansée. Elle met en scène un couple composé d'une danseuse asiatique et d'un danseur handicapé et dont la prothèse remplace la jambe manquante. Le spectacle se termine par le dialogue animé et rimé d'une excellente actrice belge et d'un rappeur dont les parents sont originaires d'Haïti. Ce qui rapproche tous ces personnages, c'est le vivre ensemble. Tous sont aujourd'hui québécois, ce qui n'efface pas – heureusement – ce dont ils ont hérité et à quoi ils sont évidemment attachés.

Et c'est – qui en doute – de toute cette belle diversité que provient en grande part la richesse du Québec. Différentes cultures, différentes religions, différentes identités, différents vécus, différentes couleurs de peaux aussi (mais c'est sûrement le moins important et le moins intéressant), différentes individualités surtout qui cohabitent dans cette province, chacune avec leurs vécus singuliers et le désir de toutes – on l'espère du moins – de permettre à chacun de vivre et de croire (ou de ne pas croire) comme il le souhaite dans les limites des droits et devoirs qui s'appliquent à tous. Une fois ceci posé, et après avoir beaucoup apprécié chacune des performances (dans leurs diversités), j'avoue avoir mal compris le message sous-jacent au titre de l'œuvre : À te regarder ils s'habitueront...

Qui es-tu, toi qui est regardé ? Un(e) noir ? Un(e) Arabe ? Un(e) Asiatique ? Un(e) Autochtone ? Un(e) handicapé(e) ? Qui sont ces « ils » qui doivent s'y habituer ? Les blancs ? Les « pure-laines » ? Les riches ? Les racistes ?

Le spectacle est beau et mérite d'être vu. Quant au message qui transparait dans le titre et à travers certaines interpellations du public, il pourra sembler peut-être un peu simpliste à certains spectateurs comme à moi.

À te regarder ils s'habitueront, du 5 au 30 septembre 2017, au théâtre de Quat'sous à Montréal

Une coproduction du Théâtre de Quat'Sous et Orange Noyée

Idéation et codirection artistique Olivier Kemeid, Mani Soleymanlou

Mise en scène Nini Bélanger, Bachir Bensaddek, Mélanie Demers, Dave Jenniss, Chloé Robichaud, Jean-Simon Traversy

Texte Collectif d'auteurs

Dramaturgie Alain Farah, Étienne Lepage

Avec Obia le Chef, Angie Cheng, Marco Collin, Emma Gomez, Fayolle Jean, Igor Ovadis, Olivia Palacci, Jacques Poulin-Denis, Leila Thibeault-Louchem, René Rousseau, Inès Talbi

Assistance à la mise en scène Ariane Lamarre

Décor Yann Pocreau

Costumes Romain Fabre

Lumière Erwann Bernard

Musique Laurier Rajotte

Vidéo Michel Antoine Castonguay

Accessoires Carol-Anne Bourgon Sicard

Régie Adèle Saint-Amand

Cet article a aussi été publié sur info-culture.biz