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Reconnaître la diversité dans les corps, les parcours et les expériences des personnes trans

06/07/2014 08:08 EDT | Actualisé 05/09/2014 05:12 EDT

Cet article se veut une introduction et un guide à l'intention de celles et ceux qui s'intéressent aux différents enjeux liés aux individus ayant un parcours trans, qu'elles et ils oeuvrent dans le domaine médiatique, culturel ou communautaire.

1. «Changer de sexe» : pas pour toutes les personnes trans

Chaque expérience, chaque corps et chaque parcours sont différents. Ainsi, il est périlleux de simplifier l'expérience des personnes trans à la seule expression «changer de sexe». Il se peut que certaines personnes réfèrent effectivement à leur parcours avec cette expression : pour d'autres, celle-ci pourrait ne rien vouloir dire.

Comme le sexe réfère à l'anatomie et au statut médico-légal, cette expression rend invisible les personnes ayant un parcours trans qui ne désirent pas avoir recours à quelque chirurgie que ce soit et qui ne vivent aucune dysphorie génitale (le sentiment d'inadéquation entre les organes génitaux perçus et ceux vécus). Aussi, cette expression peut devenir très litigieuse, induire en erreur et créer un sentiment de peur inutile lorsqu'appliquée à des enfants ayant un parcours trans.

2. Le parcours est trans, mais l'identité peut-être pas

Les termes trans et transgenre sont d'abord des adjectifs, c'est-à-dire qu'ils décrivent un parcours qui est majoritairement le suivant : 1. Assignation d'un genre à la naissance; 2. Identification à un genre autre que celui assigné à la naissance.

Puisque le genre se définit, dans notre société, selon un spectre allant d'un extrême féminin à un autre extrême masculin, il est possible de s'identifier à n'importe quel point du spectre, voire même en dehors de celui-ci. Toutefois, les termes trans et transgenres définissant d'abord un parcours (d'un point à un ou plusieurs autres), ils ne peuvent donc pas être systématiquement considérés comme des identités propres.

Il faut cependant noter que pour certaines personnes trans, l'identification à la sous-culture trans ou transgenre peut être assez grande pour s'identifier comme tel. L'important, ici, est de ne pas contribuer à rendre invisible celles et ceux ne s'y identifiant pas ou peu, en évitant de les nommer comme «le ou la transgenre» sans y être invité ou en imposant une «transidentité» uniforme.

3. Le corps des personnes trans leur appartient

Si la société civile affirme, en 2014, que les personnes ont le droit à l'autodétermination en ce qui concerne leur identité de genre, elle se garde bien de leur donner le droit de s'approprier leur corps. En effet, si on concède que notre corps nous appartient, alors celui-ci est de notre genre. Il serait hypocrite d'affirmer qu'une femme ayant un parcours trans ait des organes génitaux masculins, puisque ces organes génitaux sont les siens et qu'elle est une femme. La société se doit d'être conséquente dans sa décision de reconnaître l'identité des personnes trans.

«Prisonnier/ère d'un corps de femme ou d'homme»; «né/e dans un corps de femme ou d'homme»; «né/e dans le mauvais corps» : il faut évacuer ces expressions du discours populaire, car en plus de mettre une pression indue pour que leur corps se conforme aux attentes sociales, elles contribuent à internaliser un discours très négatif sur les corps.

4. «Homme devenu femme», «femme devenue homme»

Certaines personnes ayant un parcours trans n'hésiteront pas à s'identifier comme «homme devenu femme» (ou MtF) ou «femme devenue homme» (FtM). Le but de cet article n'est pas de leur nier ce droit à l'auto-identification, ni même de le gérer : il s'agit de comprendre que ce n'est pas un référent universel pour l'expérience trans.

Les termes «homme» et «femme» désignent des réalités culturelles et des perceptions sociales qui ne sont pas vécues de la même manière par chacun. Aussi, par exemple, une personne ayant été assignée femme à la naissance pourrait très bien ne jamais s'être identifiée ou avoir été perçue comme tel. Si cette personne en vient à s'identifier à un genre autre que féminin, pourra-t-on dire qu'elle n'ait jamais été ce que la société entend par «femme»?

Ces expressions effacent les différents parcours et nient l'expérience de ces personnes, et il faut donc les éviter.

5. Pour en finir avec le «sexe biologique»

La notion de «sexe biologique» (ou parfois «sexe anatomique») en tant qu'essence masculine ou féminine est un construit social auquel n'adhèrent pas plusieurs personnes ayant un parcours trans, en plus de causer un tort souvent très grand aux personnes intersexes.

Couramment, le «sexe biologique» est défini par trois critères : les organes génitaux externes, les gonades et les chromosomes. Or, pour la vaste majorité des individus, seuls les organes génitaux externes sont observés pour se voir attribuer un «sexe biologique», tandis qu'on sait pertinemment qu'il existe un éventail de combinaisons possibles : ainsi se perpétue l'illusion qu'il n'existe que deux «sexes biologiques», à coup de mutilations effectuées sur des bébés et des enfants intersexes pour que leurs organes génitaux externes se conforment aux attentes sociales.

On voit donc ici qu'il n'est nullement question de biologie lorsqu'on parle de «sexe biologique», mais bien de la perception du regard médical et social envers des organes génitaux externes. C'est ce regard qui «genre» le corps des individus et qui est problématique.

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