LES BLOGUES

Raciste ou pas raciste? Telle n'est pas la question

La suprématie blanche, la xénophobie et le racisme côtoient un multiculturalisme écervelé, l'irresponsabilité politique et le politiquement correct.

21/08/2017 10:22 EDT | Actualisé 21/08/2017 10:39 EDT
Getty Images/iStockphoto
Malheureusement, la tendance à classer les gens entre les « bons » et les « méchants » est naturelle chez les humains.

Ces derniers temps, les questions d'immigration et de diversité culturelle éveillent des passions partout dans le monde. La suprématie blanche, la xénophobie et le racisme côtoient un multiculturalisme écervelé, l'irresponsabilité politique et le politiquement correct, pour ne nommer que ceux-ci. Bien qu'il y ait une noblesse à protéger ces valeurs d'ouverture, il faut réaliser que par cette pugnacité à la défendre nous créons... une fermeture. À notre avis, il n'en résultera qu'un climat social et politique malsain qui se montre déjà le bout du nez sur la place publique.

Sur ce terrain miné, nous souhaitons prendre une position plus compréhensive que critique, sans pour autant cacher notre volonté d'aboutir à une compréhension de l'autre qui viendrait atténuer les tensions ambiantes.

Un climat malsain

Malheureusement, la tendance à classer les gens entre les « bons » et les « méchants » est naturelle chez les humains. C'est un petit tour que notre cerveau nous joue : d'un côté évolutif, il nous permettait de reconnaître le danger et réagir rapidement. Socialement, cependant, il nous amène à faire des amalgames très rapides et à démoniser les gens qui sont différents de nous. Cela a pour effet de resserrer les liens avec nos semblables... mais à favoriser la consanguinité idéologique.

Aujourd'hui, nous avons appris à rejeter cette tendance que nous avons à craindre la « minorité visible » à force d'éducation et de principes d'ouverture. En même temps, on tend à oublier que l'Autre n'est pas nécessairement un groupe « visible ». Pensons à la Guerre froide, où le communiste était un ennemi dont la marque était invisible. Aujourd'hui, la tournure parfois hystérique du débat ne fait que mettre en lumière la création d'un nouvel « autre » menaçant : le raciste.

Comprendre la polarisation

La polarisation c'est lorsque deux «pôles» se dirigent de plus en plus vers son extrémité. Chaque pôle s'éloigne de son opposé, coupant de plus en plus les ponts et se croyant dans la vérité et l'autre dans le tort. Chaque pôle est un aimant : on est inéluctablement attiré soit à un pôle ou l'autre, même si on tente de se positionner au milieu. La pression sociale fait le reste : on nous met soit dans un panier ou l'autre.

Par exemple, le PLQ tente de réduire son opposition au silence en amalgamant toute critique à du suprémacisme... en sous-entendant que tous sont racistes, sauf eux.

Il faut rester vigilants face à cette dérive : plusieurs éléments convergent vers la polarisation entre ces « bons » et « méchants » dans le débat public au Québec. Parmi les agitateurs, on peut noter la partisanerie éhontée et les guerres de mots à l'Assemblée nationale. Par exemple, le PLQ tente de réduire son opposition au silence en amalgamant toute critique à du suprémacisme... en sous-entendant que tous sont racistes, sauf eux.

Également, le débat acrimonieux, que ce soit dans les médias institutionnels ou sociaux, contribue à mettre de l'huile sur le feu en attisant les passions des uns et des autres. Les projecteurs étant braqués sur ces enjeux, il s'en suit une quasi-obsession, qui donne une tribune à l'autocongratulation morale de certains commentateurs face au refus du racisme, qui achève de faire grincer des dents les sceptiques qui se sentent dénigrés.

Le problème est, qu'on le veuille ou non, ces sceptiques face à l'arrivée de migrants sont d'abord inquiets. Ils ne sont pas nécessairement racistes. Même si cela était le cas, la question n'est pas de savoir qui est «raciste» et doit être couvert d'invectives, mais plutôt quelles sont leurs préoccupations. Parce qu'il s'agit de préoccupations légitimes qu'il faut comprendre et aborder avec eux pour pouvoir les atténuer. Par exemple, certains craignent pour la capacité d'intégration de notre société face à ces nouveaux venus. D'autres craignent de voir drainer des ressources du gouvernement qui, selon eux, pourraient être dirigées vers des besoins tels que la pauvreté... dans un contexte où on scande le mantra à tout vent du manque d'argent.

Répondre à des préoccupations réelles par le mépris ne saurait les apaiser, bien au contraire. On pousse, au mieux, les gens à se taire et à mijoter dans leur inquiétude et, au pire, on les renvoie vers l'autre pôle.

Faire appel à la tête et au cœur

Tout ce boucan atteste d'un grave manque de compréhension; de l'immigration d'une part, et des préoccupations d'une multitude de personnes de l'autre.

Il est grand temps de s'ouvrir aux préoccupations de ces personnes afin de les comprendre et de leur offrir des explications satisfaisantes quant aux mesures entreprises par le gouvernement. Les gens ne sont pas dupes, ils veulent comprendre. On doit donc leur offrir des façons d'appréhender les enjeux de l'immigration en faisant appel à leur tête. Certes l'immigration comme processus, mais également comme réalité historique, économique, sociale et son rôle dans notre société. N'est-ce pas sain de se poser des questions sur le monde qui nous entoure?

Plus encore, cette compréhension doit idéalement transcender les discours pour avoir des répercussions humaines. Socialement, il faut créer des ponts, où le contact humain aurait préséance sur les opinions. L'autre cessera d'être autre lorsque nous l'aurons rencontré et constaté qu'il n'est pas si différent de nous. Il faut multiplier les points de rencontre, sensibiliser les gens, au-delà des tribunes médiatiques qui ne font qu'agrandir les clivages perçus. La dignité humaine, ce n'est pas qu'un phénomène politique et juridique, c'est quelque chose que l'on vit et que l'on ressent à la vue d'autrui. Y a-t-il quelque chose de plus simple et naturel que le contact humain?

La crainte, la peur, la colère sont toutes des émotions humaines qui sont, jusqu'à un certain point, saines.

La crainte, la peur, la colère sont toutes des émotions humaines qui sont, jusqu'à un certain point, saines. On doit y faire face de façon humaine, en faisant appel au coeur et à la tête des gens, pour dépasser la guerre morale qui fait actuellement rage dans toutes les tribunes médiatiques, entourant la question du vivre ensemble et de l'immigration.

LIRE AUSSI
»
« Aucun avantage à entrer au pays illégalement », selon Trudeau
» Un sénateur défend son adhésion à des groupes Facebook hostiles à l'immigration
» La loi sur la neutralité religieuse va s'appliquer partout, prévient Couillard