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Dérapages sur le web: «<em>Elle a eu ce qu'elle méritait, la...</em>»

03/12/2013 12:52 EST | Actualisé 02/02/2014 05:12 EST

Chaque fois que j'ai lu cette déclaration sur Facebook et sur Twitter, j'ai eu mal au cœur. J'ai été profondément blessée. On peut me traiter d'idiote sur Internet, je m'en fous. Mais cette déclaration, et ses quelques variantes où on ajoute une insulte du genre la pute ou la bitch, m'ont empêché de dormir. Je n'étais pas la destinataire de ce message. Il s'agissait d'autres femmes, mais ça m'a blessée comme si c'était de moi ou de ma fille dont il était question.

Par exemple, il y a une semaine, un inconnu me fait une demande d'amitié et comme à l'habitude, je vérifie un peu son profil, question de savoir s'il s'agit d'un faux profil. Il était étranger et sur son mur, il réagissait à un article qui racontait qu'une femme avait été battue et humiliée devant tout le village par son mari parce qu'elle refusait que leur fils porte le nom de l'ancien dictateur. Mon aspirant ami avait écrit: «Elle eu ce qu'elle méritait. Bien fait pour elle!». Vous comprendrez que nous ne sommes pas devenus des meilleurs amis virtuels. Même s'il était à des milliers de kilomètres, son mépris des femmes, son incompréhension de l'humanité m'a heurtée et a réveillé en moi une haine et une violence que je ne me connaissais pas. Si j'avais eu cet homme en face de moi, je l'aurais secoué jusqu'à ce qu'il me supplie de le lâcher en promettant de ne plus s'attaquer gratuitement aux autres.

Il y a deux semaines, c'était pendant l'entrevue d'Isabelle Gaston à Tout le monde en parle. Un tata sur Twitter avec une face de smiley comme photo d'utilisateur a écrit que c'était de sa faute si Turcotte avait tué ses enfants. Juste d'y penser, j'ai le goût de fesser dans le mur. Le pire, c'est qu'il n'est pas seul. Ce n'est pas la première fois que j'entends ce discours. Et parfois, ça vient de femmes. Si vous saviez le nombre de fois que j'ai entendu la connerie suprême: «Elle avait juste à pas le tromper!». Le premier à avoir parlé ainsi serait Guy Turcotte lui-même.

Je me souviens encore du reportage à la télé qui rapportait le témoignage de l'infirmière qui a reçu Guy Turcotte à l'urgence alors qu'il venait de tuer ses enfants. Guy Turcotte aurait déclaré à son arrivée à l'hôpital: «Laissez-moi mourir... J'ai tué mes enfants.... Vous savez pas ce qu'elle m'a fait endurer... la bitch». J'avais éclaté en sanglots dans mon salon. Sa déclaration sous-entendant la responsabilité de son ex était pour moi d'une violence extrême. Aussi, parce que je savais que plusieurs allaient le croire. À défaut de péter ma télévision, j'ai commencé à écrire un roman sur le sujet.

Plusieurs ont dénoncé le fait que Voir et l'humoriste Gab Roy aient donné la parole à un déchet qui pense la même chose. Je ne sais pas quoi penser de ça. Ce genre de paroles blesse, mais je ne ferais pas porter la responsabilité de cette douleur à Gab Roy. En ce qui concerne l'humoriste, je renvoie les lecteurs à l'analyse complète d'Étienne Boudou Laforce sur son blogue au HuffPost Québec qui est à mon avis le seul à savoir de quoi il parle lorsqu'il parle de Gab Roy. J'ai moi-même eu monsieur Roy comme chroniqueur à mon émission et je ne le crois pas sexiste, homophobe ou misogyne. Tout ce que je peux dire c'est qu'il est foncièrement maladroit et qu'il a parfois besoin d'être encadré. Il y a quand même la petite jouissance que son patron et lui semblent retirer de la controverse qui me titille. Mais encore, c'est leur affaire.

En tant que public, j'ai l'impression que de les lyncher nous empêche de nous attaquer au vrai problème; soit le fait que des gens pensent réellement comme ça. Gab Roy a mis en lumière une portion de la société que nous ne voulons pas voir. De manière peu habile, il flashe le projecteur sur les rats d'égout qui sévissent sur l'Internet et dans la vie de bien des femmes. Et si on s'attaquait davantage au problème de rats qu'à celui qui pointe vers eux? Le simple fait d'haïr Gab Roy ou de s'obstiner à savoir si on devrait ou non lui donner une tribune ne nous amènera pas bien loin. Au contraire, elle ne fait qu'engendrer plus de violence.

La solution est plus complexe. Elle requiert des ressources en éducation, en sensibilisation, et en services sociaux. Mais encore, il y a des petits trucs simples qui peuvent aider. Par exemple, si tout le monde regardait le documentaire Les Survivantes diffusé hier soir à Télé-Québec, ce serait un pas dans la bonne direction.

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