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Concours de mini-miss au Québec: un scandale trop facile

01/10/2013 12:47 EDT | Actualisé 30/11/2013 05:12 EST

Oh la la ! Avez-vous remarqué que lorsqu'il y a consensus moral sur une question, il y a toujours de belles contradictions qui en ressortent ? C'est le cas entourant le débat sur les concours de beauté des mini miss. TOUT le monde se dit contre les concours de mini-miss au Québec. « C'est épouvantable, scandaleux, inacceptable d'habiller ces petites filles en petites reines de beauté et de les placer dans un mode de compétition !! », scandent-ils en chœur. La pauvre madame de Laval qui se croyait bien fine en organisant un petit concours local de «personnalité» doit être en méchant burn-out après avoir été crucifiée sur la place publique. Même qu'une pétition signée par des dizaines de milliers de personnes, dont des personnalités, circule pour dénoncer ce genre d'événement.

Calmons-nous !!!!

Ces gens qui se déchaînent aujourd'hui devant la possibilité que des parents se réunissent pour faire défiler leurs enfants sur une scène, et leur remettre des prix parce qu'ils sont cutes, sont souvent les mêmes que ceux qui parlent d'attaque directe aux gens de confessions musulmanes, juives ou autres et d'une atteinte à leur liberté de religion parce qu'on demande aux personnes d'enlever leur signes ostentatoires s'ils exercent un métier dans la fonction publique. D'un côté, on voudrait interdire ces concours de beauté pour enfants, mais de l'autre on prône la liberté individuelle absolue.

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S'il fallait qu'on réagisse ainsi chaque fois que des parents prennent des décisions louches ou carrément stupides en matière d'éducation, plus rien ne serait toléré.

Tant qu'à faire, pourquoi ne pas s'enflammer contre les parents qui servent de la malbouffe à leurs enfants sept jours sur sept ? Ceux qui s'achètent des cigarettes plutôt que de leur acheter des fruits et légumes ? Ceux qui obligent leurs enfants à prier ou à pratiquer un instrument de musique qu'ils détestent deux heures par jour ? Ceux qui obligent leurs enfants à faire du porte-à-porte pour annoncer la fin du monde à des inconnus le samedi matin ? Et ceux qui privent leurs enfants de bacon, ce joyau de la gastronomie nord-américaine ? « Ah non ! C'est différent, c'est un manque de ressource ou c'est parce que c'est leur religion », répondront-ils.

C'est comme la décision de Musimax d'avoir retiré les programmes sur les mini-miss provenant des États-Unis. Elle est d'une logique tout à fait douteuse. Si on retire les émissions de mini-miss, aussi bien retirer toutes les émissions de téléréalité nous montrant des douchebags obnubilés par leur poitrine musclée et des filles siliconées. Ces émissions sont regardées religieusement par la plupart des fillettes québécoises. Qui sait le mal identitaire qu'on leur cause en ce moment !

À moins qu'il s'agisse d'un cas de services sociaux : négligence, maltraitance, violence, on doit faire bien attention avant d'intervenir dans les décisions des parents envers les enfants. Car si on le fait pour des petites filles maquillées, je peux vous dire qu'on aurait pas mal d'autres priorités avant ça et des interventions autrement plus pertinentes à faire pour aider des jeunes qui se font jouer dans la tête pour le pire. Et ces interventions-là créeraient un bordel incomparable à celui qui vient avec la Charte en ce moment.

En tant que société, le mieux que l'on puisse faire c'est d'investir dans les services sociaux et dans l'éducation. Les maternelles, les garderies, les écoles primaires et secondaires sont obligatoires pour TOUS les petits Québécois, peu importe leur religion, leur statut social, leur origine ou la stupidité de leurs parents. C'est là que nous pouvons intervenir le plus pour donner un minimum de dignité, de confiance, de valeurs humaines et civiles à tous ces enfants et par la bande, quand on le peut, à leurs parents.

Mais c'est tellement plus facile et moins engageant de s'indigner contre la madame de Laval qui organise un concours de beauté. C'est ce que j'appelle un petit scandale facile où il est trop commode de prendre position sans se compromettre.

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