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Le choix de Sophie pour le Parti québécois

18/04/2014 12:30 EDT | Actualisé 17/06/2014 05:12 EDT

J'ai décidé de me joindre à la pléthore d'observateurs et de commentateurs, internes ou externes, qui a offert et qui continuera à offrir les résultats de ses diagnostics, suggestions et prévisions pour le Parti québécois.

À mon avis, trois options s'offrent au Parti québécois à la suite de la débâcle du 7 avril dernier.

  1. Il peut effectuer une remise en question de surface et rester tel qu'il est, pour des résultats similaires.
  2. Il peut caviarder le premier article de son programme électoral, de façon plus ou moins franche, et entreprendre des négociations pour fusionner avec la CAQ, dont certaines politiques identitaires sont similaires aux leurs, ou encore refuser tout rapprochement avec elle et jouer du coude pour tenter de s'en différencier. Mais un tel choix est, à mon avis, mal avisé: les fédéralistes ne feront jamais confiance au PQ, même si celui-ci cesse de se définir comme un parti souverainiste.
  3. Il peut, finalement, choisir d'honorer sa première raison d'être et, ce faisant, abandonner l'espoir de reformer un jour gouvernement majoritaire. Je crois, en effet, que le Parti québécois est confronté à un choix drastique entre sa nouvelle raison d'être et sa mission historique. Le pouvoir ou la souveraineté.

La coalition

Le Parti québécois a toujours été un parti dit «de coalition», créé par la fusion de plusieurs regroupements souverainistes aux positions parfois très différentes. Son but a toujours été de réunir des indépendantistes se situant un peu partout sur le spectre politique. Chacun était invité à mettre de l'eau dans son vin afin que des consensus, fragiles, certes, soient créés. Ceux-ci seraient nécessaires tant que les Québécois n'obtiendraient pas leur pays. C'est le principe même d'une coalition.

Mais voilà que le PQ ne peut plus porter ce projet de souveraineté avec conviction. Une coalition qui perd ses objectifs premiers de vue ne peut éternellement s'assoir sur des accords et des accommodements réalisés au nom d'un but qu'on n'aperçoit plus très bien, qu'on trouve même gênant.

Il est bien évident que dans ce contexte d'incertitude, de moins en moins de souverainistes sont prêts à passer par-dessus certains de leurs principes pour appuyer le Parti québécois. Il semblerait en effet, et la chute du PQ semble le suggérer, qu'un nombre important de souverainistes ne sont pas «souverainistes à toux prix», surtout pas quand on est, en plus, très incertains d'obtenir ce qu'on veut au bout du compte.

À la confusion entourant ses objectifs fondamentaux, s'ajoute le fait que le Parti québécois semble avoir abandonné le principe de coalition sans vouloir en laisser tomber l'étiquette. Je ne saurais dire à quel moment il a cessé d'être une véritable coalition gauche-droite pour embrasser une vision économique néolibérale tirant parfois sur le capitalisme sauvage, l'opinion de chacun variant grandement selon leur propre position politique, mais l'arrivée de Pierre Karl Péladeau a, pour plusieurs militants et commentateurs, confirmé le virage à droite effectué par le PQ. Pour d'autres, le virage s'était concrétisé lors de l'annonce du projet d'exploration pétrolière à Anticosti, dans l'attitude du gouvernement péquiste face au projet d'inversion de la ligne 9B et lors des annonces de coupures dans les programmes sociaux. Il est pertinent de se demander, en effet, quelle place on fait encore à la gauche au Parti québécois.

Quoi qu'il en soit, le PQ devrait recommencer à considérer son projet de souveraineté et de référendum comme la pièce maîtresse de son existence, cesser de se définir comme le parti de coalition qu'il n'est plus et s'assumer dans ce qu'il a choisit de devenir: un parti souverainiste de droite.

Cela aura pour effet de rallier les candidats, militants et membres d'Option nationale, parti qui, malgré le fait qu'il possède un programme électoral complet, est prêt à fusionner avec tout parti faisant de la souveraineté son enjeu fondamental, les militants souverainistes de longue date qui ont plus ou moins jeté l'éponge, et autres.

Ceci étant dit, le mode de développement de la société, et le mode d'accession à la souveraineté préconisés par le PQ ne peuvent plus, je crois, rallier suffisamment de citoyens pour le couronner d'une majorité.

Mais être clair sur ses nouvelles orientations et sur son projet de souveraineté pourra probablement contribuer à étendre et solidifier ses bases militantes et son électorat.

La «division» du vote

La conjoncture dans laquelle nous évoluons à l'heure actuelle semble indiquer que ce n'est pas un parti souverainiste majoritaire qui conduira le Québec à son indépendance, mais une coalition des différents partis séparatistes qui conclura une ou plusieurs ententes sur les stratégies à adopter et les procédures à suivre.

S'il choisi d'abandonner sa quête de pouvoir au profit de la souveraineté, et pour rendre ce sacrifice réellement profitable à la cause, le Parti québécois doit d'abord et avant tout reconnaître l'existence et la légitimité d'autres partis politiques ou regroupements souverainistes.

Jean-François Lisée et le Parti québécois ne peuvent plus continuer à osciller entre tenter de culpabiliser les électeurs qui se reconnaissent dans les idées de Québec solidaire, et ignorer celui-ci lorsqu'il s'agit de parler d'indépendance. Il doit cesser de faire porter le poids des décisions libérales et des conséquences de celles-ci sur des gens qui rejettent le néolibéralisme économique de toutes leurs forces. Il est parfaitement correct d'être souverainiste et de ne pas se reconnaître dans les politiques du PQ.

Le PQ doit accepter le fait, parce qu'à cette étape-ci, il s'agit bien d'un fait avéré, qu'il est impossible de réunir tous les souverainistes sous une seule et même bannière. Les élections du 7 avril viennent, encore une fois, de le prouver. Si le pourcentage du vote accordé à Québec solidaire ne grimpe que très lentement, il ne régresse certainement pas. Amir Khadir et Françoise David ont consolidé leurs bases électorales respectives et obtenu des mandats extrêmement clairs. Manon Massé a fait son entrée à l'Assemblée nationale. D'autres candidats solidaires ont également fait des gains très importants.

Il est impératif qu'on cesse de crier au scandale de la division du vote. Les électeurs sont naturellement divisés. Et je rappelle humblement à Monsieur Lisée que la problématique de la division du vote, qui facilite l'entrée au pouvoir des Libéraux, est une situation dont s'est rendu responsable son propre gouvernement en choisissant de laisser tomber les discussions sur une réforme du mode de scrutin.

Bref, les militants indépendantistes et citoyens québécois ont différentes conceptions de la souveraineté, une réalité que gagneraient à accepter bon nombre de ses partisans.

Le Parti québécois semble plutôt miser sur la conviction et l'attachement des souverainistes de la première heure, ceux qui espèrent voir le Québec devenir un pays avant de mourir. Plusieurs sont d'avis, à tort ou à raison, que le projet souverainiste du PQ est lié à une vision plus «traditionnelle» de l'identité québécoise. La charte de la laïcité, d'abord nommée la charte des valeurs québécoises, par ses dispositions initiales sur le crucifix à l'Assemblée nationale et son silence sur les cas de prières au conseil de ville, incarnerait entre autres ces idéaux nationalistes et historiques.

Certains, comme plusieurs membres de Québec solidaire, croient que le projet de souveraineté prend tout son sens lorsqu'on l'enracine dans un projet social et environnemental, et qu'il ne sert pas à grand-chose de se séparer du Canada pour finalement mettre de l'avant des politiques issues du même modèle, pour marcher sur cet éternel chemin du capitalisme sauvage que l'Amérique du Nord affectionne tant, et qu'il ne sert à rien de gagner un pays pour perdre une planète.

Comment réunir tous ces gens sous un seul et même slogan? Il n'existe aucun moyen d'y parvenir, j'en suis profondément convaincue. Et n'en déplaise à Monsieur Lisée, il s'agit, à mon avis, d'une excellente nouvelle. Cette pluralité d'appartenances politiques chez les séparatistes est signe que l'idée de faire du Québec un pays se porte bien, malgré tout ce qu'on peut en dire. Parce qu'elle transcende chacun des projets de société proposés par les partis souverainistes pour aller rejoindre des gens se réclamant de toutes les idéologies, et appartenant à tous les groupes d'âge. Si l'idée de la souveraineté n'était rattachée qu'à un seul parti politique, à une seule idéologie, il y aurait lieu de croire qu'elle est condamnée.

C'est cependant loin d'être le cas et le PQ doit cesser de se faire croire et de tenter de faire croire à la population qu'un souverainiste, ça vote PQ, par défaut, et de taxer ceux qui ne le font pas de nuisance ou d'empêchement à l'émancipation nationale. Il doit comprendre que le projet de souveraineté n'appartient pas à leur seul parti, qu'il est plus grand que lui, qu'il dépasse son existence.

Il doit cesser d'insinuer que le PQ est le seul flambeau indépendantiste et de clamer que sa défaite est une très mauvaise nouvelle pour le projet souverainiste. L'auto-flagellation publique à laquelle ses députés et militants se livrent depuis quelques jours ne peut que donner envie aux souverainistes péquistes déjà découragés de jeter l'éponge.

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