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Quelles prochaines étapes pour les Catalans?

Dans l’immense majorité des cas, l’indépendance d’un pays se fait au détriment des intérêts du pays qu’il quitte.

04/10/2017 09:28 EDT | Actualisé 04/10/2017 09:30 EDT
Vincent West / Reuters
À ce stade-ci, on peut dire que les Catalans sont allés au bout de ce que la démarche référendaire pouvait apporter.

Un référendum ne fait pas l'indépendance. Qu'on le gagne à 92 % avec un taux de participation de 72 % comme chez les Kurdes ou à 90 % avec une participation de 42 %, violemment entravée par la police espagnole en Catalogne; il ne suffit pas d'exprimer son désir du pays pour qu'il s'exauce. Le pays, il faut le vouloir et il faut le faire.

Si les Écossais ont réussi à s'entendre à l'avance avec Londres en 2014 sur les modalités d'un référendum portant sur l'indépendance, c'est probablement parce que les Britanniques avaient confiance en leurs chances de gagner. Au Québec, en 1995, le Canada a préféré nous laisser voter tout en fraudant le processus. Le gouvernement irakien ne reconnaît pas le référendum kurde et Mariano Rajoy nie qu'il y en ait eu un en Catalogne. Les États ont la politique de leurs intérêts; rien de nouveau sous le soleil.

Dans l'immense majorité des cas, l'indépendance d'un pays se fait au détriment des intérêts du pays qu'il quitte. Il est inévitable que cela pousse au conflit. S'il parvient à éviter l'affrontement violent, le pays en voie de se libérer entre nécessairement dans un conflit de légitimité entre deux cadres légaux : celui de l'ancien pays qui brimait sa liberté et le nouveau cadre qu'il se donne pour s'épanouir.

Au Canada, ils ont inventé pour ça la Loi sur la clarté, qui servira à déclarer invalide un référendum gagnant au Québec en faisant traîner l'affaire en Cour suprême pendant des années.

Dans ces circonstances, il n'est pas étonnant qu'un État central tente de judiciariser les tentatives démocratiques d'accession à l'indépendance d'une de ses régions. Au Canada, ils ont inventé pour ça la Loi sur la clarté, qui servira à déclarer invalide un référendum gagnant au Québec en faisant traîner l'affaire en Cour suprême pendant des années. En Espagne, ils ont agi en amont en déclarant à l'avance l'illégalité du référendum catalan et en tentant de l'empêcher par la force. Une chose apparaît claire : il faut éviter de tomber dans ce piège. Comme indépendantistes, nous ne devons pas accepter d'être jugés par des lois conçues pour nier notre liberté et notre démocratie. Sinon, c'est la défaite assurée.

Faut-il alors cesser de faire des référendums? Non. Le référendum est pertinent pour donner une légitimité démocratique au processus constituant du pays que nous voulons créer. Il ne faut toutefois pas nous attendre à ce que l'État que nous quittons et la communauté internationale se sentent obligés de le reconnaître au nom de hauts principes de justice internationale. Comme le disait l'écrivain italien Ignazio Silone, « On ne va pas mendier sa liberté aux autres. La liberté, il faut la prendre. »

Prochaines étapes en Catalogne?

À ce stade-ci, on peut dire que les Catalans sont allés au bout de ce que la démarche référendaire pouvait apporter. Ce dont ils ont besoin et qu'un référendum ne peut leur donner, c'est la prise de contrôle effective de leur territoire et de leurs institutions. Celle-ci passe par le rapatriement de leurs lois, de leurs impôts et de leurs traités. Il n'y a pas de mode d'emploi préétabli et universel pour accomplir une telle réappropriation du pouvoir, mais deux évidences se dégagent tout de même.

Premièrement, ils doivent rapidement mettre la main sur la perception de leurs taxes et impôts. Tant que Madrid contrôle l'argent de la Catalogne, elle pourra faire chanter le gouvernement de Puigdemont, menaçant de cesser de financer les hôpitaux et autres services essentiels. Le gouvernement doit donc rapidement amener sa population à cesser de verser ses impôts et taxes à Madrid, pour les donner plutôt à la Generalitat catalane.

Tant que la Catalogne n'aura pas fait la preuve qu'elle a le contrôle sur son territoire et qu'elle n'est plus sous le joug de l'Espagne, elle peinera à obtenir cette reconnaissance.

La deuxième évidence, c'est que la question des traités internationaux se réglera à la fin du processus. En effet, pour signer des traités internationaux avec d'autres pays, il faut que ceux-ci nous reconnaissent comme souverains et indépendants. Tant que la Catalogne n'aura pas fait la preuve qu'elle a le contrôle sur son territoire et qu'elle n'est plus sous le joug de l'Espagne, elle peinera à obtenir cette reconnaissance.

Ce processus pourrait se faire graduellement et prendre du temps. Les Catalans, comme tous les peuples en lutte pour leur liberté, gagneront s'ils évitent le piège de la judiciarisation espagnole et qu'ils se laissent guider avant tout par leur propre volonté démocratique.

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