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25 ans après polytechnique, les hommes sont-ils enfin prêts à entendre... et à changer?

05/12/2014 11:07 EST | Actualisé 04/02/2015 05:12 EST

Il y a 25 ans, le meurtre de 14 femmes à l'École polytechnique de Montréal suscitait l'indignation au sein de la population québécoise et à travers le monde. Les féministes ont dénoncé le caractère misogyne du geste posé par Marc Lépine qui, bien qu'exceptionnel dans son ampleur et son intensité, s'inscrivait dans le contexte d'une société patriarcale où les inégalités entre les femmes et les hommes sont persistantes. Par contre, plusieurs autres personnes ont plutôt dénoncé ce qu'elles préféraient percevoir comme un geste isolé, commis par un individu psychologiquement instable. Dans cette perspective, plusieurs hommes - mais aussi quelques femmes - ont accusé les féministes d'être opportunistes et d'être allées trop loin, avec un discours qui représente tous les hommes comme des agresseurs et qui divise la société québécoise.

Je n'avais que 10 ans à l'époque et je ne conserve qu'un très vague souvenir de la couverture médiatique de ces événements, qui se déroulaienttrès loin de moi et de mes préoccupations. Je n'étais évidemment pas conscient, à ce jeune âge, du débat concernant les causes de cette tragédie et les stratégies à adopter pour éviter que de tels événements se reproduisent à l'avenir.

Mais ce débat n'a pas débuté et ne s'est pas terminé avec la tuerie de l'École polytechnique. En effet, les dissensions entre les féministes et les non-féministes resurgissent à chaque fois que les médias rapportent qu'un homme a commis un geste de violence à l'endroit d'une femme ou de plusieurs femmes - violence conjugale, meurtre, agression sexuelle, etc. À chaque fois, nous sommes forcés de nous positionner dans ce débat : s'agit-il d'un problème social enraciné dans les inégalités entre les femmes et les hommes ou d'un geste isolé commis par un individu psychologiquement instable ? Les hommes ont tendance à choisir la deuxième option et à s'opposer catégoriquement à la première, qui imposerait une sérieuse remise en question de la place qu'ils occupent dans la société.

Plus récemment, avec le mouvement #AgressionsNonDénoncées et les accusations d'agressions sexuelles portées contre de nombreux hommes connus, incluant l'animateur Jian Ghomeshi et le comédien Bill Cosby, est-il possible qu'un changement ait commencé à opérer dans l'esprit de plusieurs hommes ? En effet, un nombre croissant d'hommes semblent maintenant être prêts à entendre la voix des féministes et à reconnaître que la violence des hommes à l'endroit des femmes n'est pas un problème isolé, mais un important problème social qui touche un très grand nombre de femmes dans toutes les sphères de la société.

Pour une des premières fois, des hommes dans mon entourage ont abordé avec moi le sujet de la violence des hommes à l'endroit des femmes, intéressés à en apprendre davantage sur mes travaux et à connaître mon point de vue sur la situation. Plusieurs d'entre eux l'avaient aussi abordé avec leurs amies, leur conjointe ou leurs sœurs, pour tenter de mieux saisir leurs expériences. Dans tous les cas, ces hommes se sont dits extrêmement surpris de l'ampleur et des conséquences du problème. Nous pourrions évidemment leur reprocher de ne pas avoir été suffisamment à l'écoute des femmes et des féministes au cours des 25 dernières années, puisque plusieurs d'entre elles ont été très actives dans la lutte contre la violence des hommes à l'endroit des femmes, mais je crois qu'il faut saisir cette opportunité pour pousser le message encore plus loin.

Les hommes qui sont maintenant prêts à reconnaître l'ampleur du problème de la violence des hommes à l'endroit des femmes sont-ils aussi prêts à reconnaître leur rôle dans cette situation et à s'engager à changer leur attitude et leurs comportements ? Il ne s'agit pas d'affirmer que tous les hommes sont des agresseurs. Il s'agit plutôt de reconnaître comment certains de nos propres comportements contribuent à banaliser, justifier ou légitimer la violence des hommes à l'endroit des femmes, et comment nous pourrions faire davantage d'efforts concrets pour dénoncer et contrer ce problème. Cette nouvelle marche à franchir est plus élevée et risque de susciter encore plus de résistance, mais il faut relever le défi et poursuivre le travail de conscientisation...

Pour la plupart des garçons de 10 ans, des événements comme la tuerie de l'École polytechnique de Montréal sont très loin de leurs préoccupations quotidiennes - et c'est mieux ainsi. Pourtant, c'est à ce moment-là (et même avant) que doit débuter le long travail de conscientisation si nous voulons un jour atteindre l'égalité entre les femmes et les hommes et ainsi éliminer la violence des hommes à l'endroit des femmes.

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