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Je suis un homme violent

11/10/2016 09:40 EDT | Actualisé 17/10/2016 12:03 EDT

Je suis un homme violent.

Demandez à ma fiancée et les premiers mots qu'elle utilisera pour me décrire seront certainement « doux », « attentionné », « charmant ». Et pourtant, cette rage, cette violence m'habitent. Je n'ai jamais levé la main sur une femme, mais cela ne change pas le problème: j'ai fait vivre la violence conjugale à une femme que j'aime. Ce n'est pas un sujet facile à aborder, je sais que c'est ma réputation et ma crédibilité que je mets ici en jeu. Mais j'ai décidé d'aborder ce sujet pour deux raisons : peu d'entre nous savent ce qu'est réellement la violence conjugale et la vision de l'homme n'est jamais exprimée.

Il aura fallu que je suive une thérapie de groupe pour me faire réaliser l'ampleur de l'horreur que je pouvais faire vivre à ma douce moitié. Nous étions une dizaine d'hommes qui considéraient que nous n'étions pas si pires puisque nous n'étions pas violents physiquement. C'est le problème de notre société: croire que la violence physique est la pire des formes de violence. Maintenant je sais et je comprends qu'«il n'y a pas de petites violences».

La violence conjugale, ce ne sont pas que des coups ou des objets lancés. Ce sont des mots, des attitudes, des gestes, mais surtout un climat ou un environnement. Ce climat est présent et couvre chaque aspect de la vie familiale. Un mot ou un geste bénin dans un certain contexte peuvent être d'une ampleur capitale pour la femme vivant cette violence. L'absence de mot ou de geste violent devient également un inconfort: est-ce le calme avant la tempête ou bien est-ce que les choses changent ? Ce changement, même s'il est positif, pourra entraîner un nouveau malaise dans le couple. Bien qu'il existe plusieurs formes de violences, celles-ci n'ont qu'un but, et ce même si le violent ne le réalise parfois pas : le contrôle. La violence, c'est le contrôle sur l'autre, on veut qu'il agisse comme nous le souhaitons et que les choses se passent à notre façon.

La violence est un poison qui se répand et personne ne sait vraiment comment appliquer l'antidote. Mais il serait trop facile, et irresponsable, de dire que je suis violent par la faute des autres. Ce furent mes décisions, mes gestes.

Il est facile de dire que l'homme ne souffre pas de cette violence puisque c'est lui qui la fait subir. Pourtant, lors de ma longue thérapie de groupe, j'ai pu voir une dizaine d'hommes souffrir de cette violence. Souffrir, car ils ne voulaient pas agir ainsi. Souffrir, car ceux qu'ils aimaient souffraient par leur faute. C'est le pire finalement: réaliser que celle que l'on aime souffre par notre faute. Cette prise de conscience nous donne envie d'être violents envers nous-mêmes.

Je ne parlerai pas des autres, je ne suis pas dans leur tête. Pourquoi suis-je violent ? Je pourrais dire que depuis ma jeunesse, c'est ma façon de faire passer mes idées. Que ce soit dans une famille où l'on se sent étouffé ou après avoir subi de nombreuses années d'intimidations à l'école en écoutant les profs et les psys me dirent d'ignorer les autres et que le problème se règlerait tout seul. Et pourtant, c'est par la violence que l'on a cessé de m'intimider. Est-ce la cause? Non. Un déclencheur? Sans doute. La situation s'est détériorée de mal en pis, jusqu'à un point culminant. Mais voilà, la violence est un poison qui se répand et personne ne sait vraiment comment appliquer l'antidote. Mais il serait trop facile, et irresponsable, de dire que je suis violent par la faute des autres. Ce furent mes décisions, mes gestes.

Lorsque c'était trop, ma fiancée a demandé de l'aide à ma famille. Malaise. Comment gérer un tel problème? Sur le coup, nous leur en voulions de ne pas avoir agi. Aujourd'hui, je comprends que nous leur demandions de désamorcer une bombe nucléaire. Les ressources sont limitées pour faire face à ce problème. La majorité d'entre elles aideront les femmes à fuir le milieu malsain, mais peu de ressources peuvent traiter le problème à la base, l'homme. Dieu merci, nous avons trouvé notre salut avec l'organisme Choc. Un des trop rares spécialement dédié aux hommes. Alors que de nombreux organismes sont présents pour les deux sexes, ou pour les femmes seulement, ceux qui aident les hommes sont malheureusement trop peu nombreux. Est-ce parce que les hommes ont trop peur de rechercher de l'aide? Ou simplement parce que la sympathie qu'ils suscitent est plus faible et que, donc, moins de dons et de subventions leur sont accordés?

La démarche de Choc est simple à résumer :

  1. Identifier les facteurs physiques qui impliquent que nous allons devenir violents
  2. Mettre l'autre personne en sécurité lorsque ces facteurs se manifestent
  3. Faire le point sur cette situation

Ce n'est pas parce que la démarche est simple à résumer qu'elle est simple à appliquer. Déjà faut-il l'appliquer, et cela nécessite une forte ouverture d'esprit. Pendant six mois, j'ai appris de nouveaux gestes que je faisais juste avant d'être violent : longue inspiration, immobilisation spontanée du corps, serrement des poings, etc. Le vrai défi, c'est de les identifier lors d'un événement de tension et de se retirer pour mettre l'autre personne en sécurité. Effectivement, cette méthode est parfois mal perçue par la conjointe, comme une fuite de la dispute, du conflit, des responsabilités. Le but est de mettre sa conjointe en sécurité en la quittant le temps de se calmer, mais nous ne pouvons pas contrôler sa perception. Nous quittons pour prendre une marche d'une heure, l'exercice nous calme, l'isolation protège l'autre. Je résume ici simplement la situation, il est important d'annoncer le départ et le retour ainsi que de faire le point sur soi.

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On dit souvent qu'il faut parler au «Je» pour éviter les disputes, alors qu'en fait, pour éviter la violence, il faut parler de soi, se comprendre. C'est une introspection et celle-ci fait peur, mais c'est l'étape la plus importante de la démarche. J'ai eu la chance d'avoir une conjointe des plus compréhensives, qui était là pour moi. J'ai eu la chance d'avoir des experts me soutenant et j'ai eu la chance d'avoir un groupe solide. Cette étape permet également de réaliser que le défi est plus grand, ce que nous croyions de simples gestes banals, une attitude maussade ou des mots dits sous l'effet de la colère se dévoilent à ce moment comme des pièces du climat, des pièces de la violence. C'est à ce moment que l'homme prend pleinement conscience de toute la violence qu'il exerce et qui l'habite. C'est terrifiant, honteux et humiliant. Mais réussir cette étape apporte un sentiment de fierté, de joie en même temps qu'une honte : «Si j'ai réussi à éviter la violence à ce moment, j'aurais du réussir plus tôt».

Aujourd'hui, je regarde l'homme que j'étais et personne n'aurait pu prédire quel monstre se cachait sous mon visage. J'ai honte de l'homme que j'étais. Celui que je suis maintenant n'est pas parfait. Je serais hypocrite de dire que je suis pleinement remis. Oui, j'ai parfois des rechutes dans lesquelles je souhaite être violent avec autrui, ou moi-même. La guérison n'est pas finie et ne le saura probablement jamais.

Je suis pacifique, attentionné, romantique et pourtant je suis un homme violent... maintenant sur la voie de la guérison.

Je suis un homme violent et je sais que plusieurs autres hommes violents ne réalisent même pas qu'ils le sont. La conjointe peut parfois ne même pas s'en douter. Pour d'autres personnes, des indices surgissent occasionnellement, le masque tombe un instant et un malaise se crée. On ne sait comment réagir, on ne sait s'il s'agit d'un simple moment ou la goutte d'un océan bien plus rempli.

La violence conjugale mérite d'être vue sous tous ses aspects, incluant celle d'un homme violent. Je réalise que peu d'entre nous ont l'audace de clamer notre défaut, de dire que nous sommes un méchant. On croit malheureusement que tous les hommes violents sont des monstres que l'on pourrait facilement identifier au grand jour. Comme on peut remarquer d'un simple coup d'œil qui est le méchant dans un film. Les apparences sont souvent trompeuses. Nous étions un groupe composé de riches et de pauvres, de travailleurs et de sans-emploi, des personnes de toutes origines, éduquées ou pas, au foyer familial uni ou désuni; nous étions tous des hommes requérant de l'aide.

Je suis pacifique, attentionné, romantique et pourtant je suis un homme violent... maintenant sur la voie de la guérison.

P.S. Je souhaiterais profiter de ma tribune pour remercier l'Organisme Choc de Laval qui a été présent pour ma conjointe et moi. Grâce à leurs experts et leur démarche rigoureuse, ils ont pu faire de moi un homme sur la bonne voie. Si jamais vous pensez que vous, ou qu'un homme que vous connaissez, êtes violent, je vous invite à les visiter au 25 Boulevard Lévesque E. à Laval, à deux pas du Métro Cartier. Vous pouvez aussi leur téléphoner au 450-975-2462.

Juan et Thomas, vous serez toujours dans nos cœurs.

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