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Grosses attentes, petits résultats?

02/11/2012 03:42 EDT | Actualisé 02/01/2013 05:12 EST
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Ce billet a d'abord été publié sur le blogue JeuneInsolent.com

Il est encore tôt pour évaluer si la Commission Charboneau saura dégraisser les pattes des petits fripons infiltrés dans le politique et dans la construction publique. Jusqu'à maintenant, chaque journée amène son lot de scandales: le mécontentement de la population croît aussi vite que le coût de l'asphalte. Le hic, on cible des acteurs sans avoir l'intime conviction qu'ils seront reconnus coupable par un tribunal. On enquête et on produit un rapport de recommandations pour le gouvernement. C'est comme si t'apprenais que ta femme te trompe depuis des années, mais que la seule action que tu peux prendre, c'est de lui écrire une lettre pour lui expliquer pourquoi elle s'est fait pogner et quels moyens doit-elle entreprendre pour ne plus que ça se reproduise. La corruption est un problème grandissant et je doute qu'un simple rapport réussisse à en venir à bout. Le mandat d'une telle commission ne va pas plus loin que d'expliquer comment un système fonctionne. Certes, les partis politiques impliqués en paieront le prix le temps d'une élection ou deux. Pourtant, comme ce fut le cas pour Gomery, je ne parierais pas gros sur le fait que les élus fautifs auront ce qu'ils méritent : des accusations au criminel.

Une commission d'enquête publique n'est pas complètement inutile. Elle permet de dresser le tableau d'une problématique pour ainsi améliorer les lois qui s'y rattachent. La Commission Gomery a certes permis d'emprisonner les dirigeants des compagnies publicitaires qui ont profité du système de commandites sous Chrétien. Elle a été utile pour mettre en lumière le stratagème derrière le scandale des commandites et a mené à la loi sur l'imputabilité, qui vise à rendre moindre l'influence de l'argent dans le milieu politique. Or, il n'en demeure pas moins, qu'au détriment de boucs émissaires déclarés coupables au criminel (l es anciens PDG Brault, Lafleur et Guité), les principaux acteurs politiques ont échappé à la justice. Malgré la grande responsabilité qu'attribuait John Gomery à Jean Chrétien, il s'en tire blanchit. Malgré un rapport étoffé, et la mise en application de lois plus sévères; la culture d'auto-protection dans le monde politique demeure. Le cynisme entourant la Commission Charboneau s'explique en partie par le fait que la population se doute que les élus n'auront pas à répondre de leurs actes devant la justice.

À la lumière de l'expérience qu'on a, je m'explique mal pourquoi les gens choisissent une commission d'enquête publique comme cheval de bataille pour assouvir leur colère envers la classe politique. La population ne devrait pas plutôt réclamer des enquêtes policières plus sévères, plus pointues et qui n'excluent pas la classe politique? Le fait d'expliquer un système comme celui des commandites a bel et bien eu un impact politique sur le PLC. Aux cours des dernières élections, par faute de mea culpa, ils ont perdu la confiance des électeurs canadiens. Leur traverse du désert semble toutefois être de courte durée puisque dans les récents sondages, le PLC talonne de très près les Conservateurs. Comme quoi en politique il suffit à un parti d'avoir dans ses rangs des gens charismatiques, avec un arbre généalogique notable, pour faire oublier les résultats accablants d'une commission d'enquête publique.

Des fois je me demande si le copinage et la corruption sont des conséquences mécaniques de l'interventionnisme de l'État. Et si le problème résidait dans les fondements mêmes du politique? Et si le fait de déléguer l'organisation de notre société à plus de fonctionnaires se résultait par plus de pillage? Quand un actionnaire investit massivement dans une entreprise, il sait qu'il aura des retombées de son investissement. Si ce n'est pas le cas, il peut récupérer la somme investie. Le contribuable lui, même si son argent sert à financer la pègre et que la qualité des services qui lui sont offerts sont pourris, il ne peut faire qu'une seule chose : continuer à payer. État providence quand tu nous tiens..

Tony Accurso

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