Shahla Khan Salter

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La Charte des valeurs québécoises enfermera les musulmans dans des ghettos

Publication: 12/09/2013 22:33

«Nous devons, tous ensemble, démontrer au Canada et au monde entier qu'ici, à Calgary, peu nous importe qui vous êtes, peu nous importe votre apparence, peu nous importe votre foi, peu nous importe qui vous aimez.»

Ce sont les mots que le maire de Calgary, Naheed Nenshi, a lancés lors du 23ème Défilé annuel de la fierté gaie, devant une foule de milliers de personnes. Le maire Nenshi a critiqué la proposition de Charte des valeurs québécoises du Parti québécois et a encouragé les Québécois à déménager à Calgary pour échapper à l'interdiction des symboles religieux visibles aux personnes travaillant dans le secteur public.

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En fait, le maire Nenshi, élu pour sa plateforme économique robuste, a décrit cette proposition comme manquant d'une vision à long terme. Il a ajouté : « La Charte est une violation absolue non seulement de la morale et de l'éthique canadiennes, mais aussi de ce qui a contribué au succès de notre pays. Si nous ne sommes pas capables d'attirer les personnes d'excellence provenant du monde entier, des personnes qui ont le désir de travailler, d'apprendre, d'investir et d'élever leurs familles ici, il n'y aura pas d'avenir pour ce pays. »

Bref, c'est une charte myope.

Une image illustrant les symboles religieux à interdire, publiée par le Gouvernement du Québec, plus spécifiquement par Bernard Drainville, ministre responsable des institutions démocratiques et de la participation citoyenne, révèle la choquante ignorance du PQ.

Le PQ est incapable de faire la distinction entre le fanatisme religieux qui submerge la sphère publique et les individus qui, bien qu'exposant leur foi en public, n'en travaillent pas moins dans la paix, aux côtés de leurs collègues d'autres confessions, sans la moindre difficulté.

Qui a un problème ici, exactement ?

Les laïcistes croyants qui travaillent dans le secteur public du Québec ou les laïques fondamentalistes qui dirigent ce gouvernement ?

Ce que Nenshi voit clairement, et que Pauline Marois et son parti ne voient pas, c'est que l'habit ne fait pas le moine.

Une femme portant le hijab est-elle soumise, comme le soutient Madame Marois ?

Ce n'est certainement pas le cas de Stéphanie Renée Roy, une jeune femme que j'ai rencontrée il y a deux ans, ici à Ottawa, et que j'ai revue le mois dernier durant une Marche de la Fierté, arborant un hijab aux couleurs de l'arc-en-ciel.

Ce n'est pas non plus l'épithète que j'utiliserais pour décrire une autre musulmane, jeune étudiante à l'université, qui n'a jamais quitté la maison sans son hijab et qui a mené la prière mixte à titre d'imam, juste avant le souper de rupture du jeûne il y a deux ans. Les hommes priaient derrière elle.

Et ce n'est pas ainsi que je décrirais toutes ces femmes musulmanes fortes que j'ai rencontrées dans ma vie, qui portent le voile non par crainte ou par inégalité, mais simplement par identification en tant que musulmanes, considérant le hijab comme partie inhérente de la foi, d'après leur lecture des écrits coraniques.

Ce ne sont pas toutes les musulmanes qui portent le voile. Pour ma part, je ne le porte que pour la prière. Selon mon interprétation de ces lectures, il n'est pas obligatoire de le porter.

Plusieurs musulmanes croyantes partagent ce point de vue, tant ici au Canada qu'ailleurs dans le monde. Et dans les pays où le port du hijab est obligatoire, les lois doivent changer pour laisser ce choix aux femmes.

Toutefois, notre interprétation en regard du port obligatoire du voile ne change rien à l'enjeu actuel.

La loi doit permettre le choix d'une variété de croyance, incluant leurs différentes interprétations.

Cette même loi doit protéger la liberté de conscience individuelle, parce que cette liberté est le fondement même d'une société laïque. Sans elle, sans droits humains, tout le reste s'effondre.

Vous pouvez être certain que chaque Québécois sera affecté par la Charte des valeurs québécoises. Toute la société sera soumise à des changements par la suite.

Qu'est le Québec sans une Charte des valeurs québécoises ?

C'est une société laïque avec une liberté de conscience qui privilégie une harmonie qui serait, sans elle, invisible. Elle permet aux personnes de toutes confessions de se rencontrer et de se rassembler. Elle favorise l'échange des idées. Elle permet à une musulmane de saluer une juive et de lui demander, en toute solidarité : « Combien de temps faudra-t-il, d'après vous, avant que les femmes puissent prier devant le mur des lamentations ? »

Elle permet aux musulmans de prier côte à côte avec des croyants d'autres religions, ou d'observer une minute de silence dans les moments de recueillement publics.

Elle permet l'intégration des minorités religieuses visibles et empêche les ghettos de se former.

Voulons-nous que les gens soient forcés de choisir entre leur foi et leur intégration dans la sphère publique ?

Voulons-nous des portions de villes réservées aux seuls musulmans ?

Voulons-nous renforcer les extrémistes dans les communautés musulmanes en leur donnant une plus grande part du pouvoir sur les autres individus ? Voulons-nous des communautés musulmanes où les enfants n'auront jamais vu un arbre de Noël ? Ou ne pourront recevoir un A d'un enseignant portant une belle grosse croix ?

Ce serait le résultat de la ghettoïsation. Ce serait le résultat d'avoir raté l'occasion d'intégrer les minorités religieuses visibles dans la sphère publique.

C'est l'apartheid.

Merci Madame la première ministre. Bienvenue dans le nouveau Québec.

Je me souviens.

Ce billet a été rédigé pour le Huffington Post Canada en langue anglaise par Shahla Khan Salter
. Il a été traduit pour le Huffington Post Québec par Line Briand
 

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