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Québec = Corruption?

25/10/2012 09:50 EDT | Actualisé 25/12/2012 05:12 EST
Capture d'écran

Les journaux du Canada anglais se repaissent régulièrement des histoires découlant de l'enquête sur le domaine de la construction au Québec. Certains journalistes et commentateurs n'hésitent pas à faire croire que c'est normal: c'est le Québec.

Ainsi, la couverture du magazine Maclean's il y a deux ans représentait le Bonhomme Carnaval avec une valise pleine d'argent. Le Québec était déclaré comme étant la province la plus corrompue du Canada.

Ce qui n'aide certainement pas c'est l'acharnement de journalistes québécois sur les scandales «made in Québec» par rapport à leur attitude qui ignore complètement les scandales ou allégations de corruption au gouvernement fédéral ou dans les autres provinces.

Le gouvernement fédéral fait face présentement à plusieurs allégations de contrats ayant été attribués de façon douteuse. Ainsi, une compagnie (Envoy Relocation Services) poursuit le gouvernement fédéral pour 62 millions de dollars et accuse le gouvernement de corruption dans l'affaire d'un contrat de relocalisation de fonctionnaires fédéraux. Une autre compagnie (TPG) poursuit le gouvernement fédéral pour 250 millions de dollars sur la façon dont un contrat a été attribué. Ces scandales n'ont pratiquement pas été mentionnés dans les médias francophones. Et ce ne sont que les derniers!

Un grand nombre d'autres scandales ont été enquêtés, des accusations portées et des jugements rendus. De plus, les provinces canadiennes ne sont pas épargnées:

Une affaire récente en Ontario a vu 18 gestionnaires du service d'ambulance aérien de l'Ontario renvoyés. La police continue d'enquêter sur l'achat d'avions par l'organisme et des montants qui auraient été versés à certains gestionnaires

Un autre scandale touche une agence de santé (eHealth) et les 4,8 millions de dollars de contrats attribués sans compétition - et souvent à des consultants bien connus des fonctionnaires en charge.

Si le Cirque du Soleil est bien localisé au Québec, en administration municipale le cirque est bien à Toronto. Entre son maire qui, accusé de conflit d'intérêt, explique qu'il n'a jamais réellement prêté attention au code de conduite sur les conflits d'intérêts (malgré de nombreuses années au Conseil municipal) et des conseillers obligés de démissionner pour corruption, la ville de Toronto est d'habitude une bonne source de scandales...

En Colombie-Britannique, la police perquisitionne à l'Assemblée législative : pour arrêter des adjoints ministériels impliqués dans la culture de plants de marijuana et d'autres pour des affaires de corruption.

En Saskatchewan, dans les années 90, plusieurs députés et ministres ont été accusés de corruption. Le vice-premier ministre s'est retrouvé en prison pendant un an.

Il est bien évident que la corruption existe partout. C'est un phénomène « normal » mais inacceptable qui s'observe souvent lorsque des êtres humains ont à gérer des budgets.

Les journalistes québécois se ruent sur toute allégation de corruption au Québec et celles-ci se retrouvent rapidement à la première page des journaux - pendant des semaines, des mois et des années. Au Canada anglais, lorsque une affaire éclate, elle se retrouve en première page des journaux puis sera rapidement reléguée à d'autres pages. Et n'imaginez pas que la Commission Charbonneau et la couverture médiatique de cette affaire puisse se répéter ailleurs au Canada: le dossier serait rapidement étouffé.

Je ne dis pas que ces scandales ne sont pas sanctionnés dans le reste du Canada. Je dis que leur couverture médiatique, au Québec, dépasse celle attribuée à des dossiers similaires dans le reste du Canada - ce qui permet aux journalistes anglophones de dire que « le Québec est la province la plus corrompue. »

La corruption existe depuis toujours. Le Québec n'est pas plus corrompu qu'une autre province, que le fédéral ou qu'un autre état. Mais pour certains, c'est amusant de le dire. Ça leur permet peut-être de se sentir mieux.

La corruption intellectuelle existe aussi. Et ça, ça fait moins les premières pages...

Construction: la (longue) marche vers une enquête


La commission Charbonneau en bref