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Ma contribution à la «déradicalisation»

26/03/2015 10:12 EDT | Actualisé 26/05/2015 05:12 EDT

«Montréal exerce son leadership en matière de vigilance», disait le maire Denis Coderre, à la suite de l'installation d'un centre de prévention à la radicalisation menant à la violence. La planète politique au Québec et au Canada est très préoccupée par la multiplication des attentats terroristes dans le pays et en Occident. On monte de nouvelles structures de prévention à la radicalisation à l'échelle municipale et provinciale pour se prémunir du terrorisme. Mais, on ne veut pas l'appeler par son nom pour des considérations politiciennes, alors on lui a collé le mot «déradicalisation». On verra plus loin le pourquoi de cette appellation.

Les attentats perpétrés par des personnes se réclamant d'un courant doctrinaire bien précis, relié à la religion islamique, l'islamisme en l'occurrence, n'a pas été clairement nommé comme ses pendants d'ailleurs l'intégrisme et le fondamentalisme islamiste. «Évitons les amalgames» semble être la phrase consigne et la raison de cette indétermination, c'est pour ne pas stigmatiser plus qu'il n'en faut une «communauté» déjà précarisée et traumatisée par la macabre actualité nationale et internationale. Considérons, à la lumière de ces déclarations, donc, les éléments de réflexion suivants - à mettre à la disposition des pouvoirs publics - pour comprendre cette fameuse «radicalisation» des jeunes musulmans en Occident.

Commençons, comme toute bonne approche rationnelle, par établir un diagnostic. Diagnostiquons alors! Qu'est-ce que la «radicalisaton»? C'est un mot à la mode depuis que le président Obama l'a utilisé dans son discours pour désigner l'islamisme violent sans le nommer pour ne pas offenser ses alliés des pays islamiques du golfe.

Et qu'est-ce que l'islamisme?

C'est une idéologie de protestation politique, véhiculée par des mouvements se réclamant de l'islam, agent d'une révolution conservatrice qui a vocation d'investir la scène internationale pour contester la légitimité politique et sociale. Certains le considèrent comme une réaction politico-religieuse totalitaire qui rejette en bloc les valeurs modernes de l'Occident et d'autres comme une opération d'instrumentalisation de la religion islamique à des fins idéologico-politiques.

Qu'est-ce qui amène les jeunes musulmans à se «radicaliser» ou comment un jeune musulman attrape-t-il cette «maladie de l'islam»?

Spécialistes et experts de la question répètent en chœur : ce sont les rencontres faites sur les réseaux sociaux d'Internet et les sites dédiés au jihadisme... en plus du discours ambiant de l'islam politique et des islamistes qu'ils croisent dans les mosquées et les centres et écoles islamiques. Remarquons d'emblée qu'ils répondent à la question «comment» mais jamais à la question «pourquoi». Posons, alors, la question différemment. Qu'est-ce qui pousse ces jeunes gens, d'honnêtes jeunes personnes, bonnes et intègres, selon le témoignage de leurs proches, sans antécédents militants ni criminels, à rejoindre la nébuleuse islamiste? Mais c'est la CAUSE. Voyons! Comme s'exclamait Monsieur Foglia.

Quelle est cette cause?

L'oppression des musulmans dans le monde. Le ressentiment est très fort chez les jeunes de confession musulmane, l'injustice, prévalant dans le monde, les offusque comme tous les jeunes du monde. Le massacre de milliers de civils (musulmans) et l'humiliation quotidienne de ces populations provoquent leur colère et leur indignation.

Comment l'islamisme exploite-t-il cette prédisposition ?

Parmi les éléments les plus mobilisateurs, la palme d'or revient à l'occupation de la Palestine. Cette cause n'exige aucune préparation ni introduction ni développement argumentaire d'ordre religieux ou politique. Il suffit juste de la nommer et l'apprenti djihadiste se mobilise par lui-même. L'occupation des territoires palestiniens depuis plus de 50 ans est la perle des causes. L'autre élément catalyseur est, sans conteste, l'agression de l'Irak par les États-Unis. D'autres éléments participent, également, dans le recrutement des islamistes, de moindres envergures que les précédents, mais non moins mobilisateurs, citons, à titre d'exemple, les multiples agressions de pays arabes comme la Libye, la Somalie, le Yémen, la Syrie par les forces de l'OTAN. On comprendra qu'après toutes ces humiliations, le musulman ordinaire, ébranlé par tous ces massacres, se prête à être enrôlé s'il n'est pas immunisé contre cette doctrine.

Ces éléments sont des facteurs objectifs de mobilisation et d'enrôlement des jeunes musulmans. La frustration de ces jeunes est réelle et saine, mais leur colère est judicieusement exploitée par la mouvance islamiste. Ce n'est pas un problème de sites d'Internet dédiés à l'islamisme et au jihadisme. Les nouvelles de l'actualité données par les grandes chaines de télévision suffisent largement à mobiliser ou à «radicaliser» les jeunes musulmans s'ils sont pris en charge par des militants islamistes.

Pourquoi, ces jeunes sont facilement mobilisables et prêts et à être enrôlés et embrigadés par l'idéologie islamiste?

Les jeunes musulmans en occident sont beaucoup plus vulnérables que leurs coreligionnaires des pays islamiques, parce qu'isolés de leur milieu naturel, de leur grande famille où les liens de solidarité du groupe sont forts et qui pouvaient atténuer leur colère. Ils se trouvent, par contre, dans un état diffus et flottant par rapport à leurs identités ethniques, nationales et religieuses. Car, comme tous les jeunes du monde, ils sont à l'âge des grandes questions existentielles, ils se cherchent un idéal, une cause à épouser, une philosophie ou une doctrine ou un islam à suivre. Malheureusement, le seul islam disponible et à portée de main, en dehors du soufisme, est de l'islamisme. Je vous le dis d'un trait, tout ce qui reste de l'islam ou ce qui émerge et fait surface est de l'islamisme, en d'autres termes, tout ce qu'il y a sur le marché de l'islam est de l'extrémisme religieux sous une forme ou une autre.

En effet, deux forces majeures ont contribué à «essentialiser» les immigrants arabes et musulmans en Occident et ailleurs dans le monde après avoir salafisé l'Égypte, la Libye, la Tunisie et l'Algérie. Deux grandes sources principales de l'émission de l'islamisme dans le monde collaborent depuis plusieurs décennies à embrigader ces communautés. L'émetteur en chef, selon Laurent Murawiec, serait l'Arabie Saoudite avec son investissement massif dans l'exportation de son modèle : le wahhabisme et le deuxième depuis quelques années, c'est le Qatar, premier argentier des mouvements issus des Frères Musulmans.

La professeure de droit et auteure du livre Your fatwa does not apply here (Votre fatwa ne s'applique pas ici) Karima Bennoune, écrivait à juste titre :

Partout où j'allais, de l'Algérie à la Diaspora somalienne, les gens pointaient du doigt l'Arabie Saoudite et son financement comme le facteur principal de la montée de l'intégrisme et du wahhabisme partout dans le Moyen-Orient, en Afrique du Nord et au-delà.

Les promoteurs de cet islam politique, fonctionnant selon un schéma manichéen, bipolaire de deux mondes antagonistes : Dar Al Islam (Terres d'islam) contre Dar al kufr (terre des infidèles où il faut mener la guerre), proposent une idéologie de salut, soutenue par une doctrine intangible, immuable, intemporelle, rétive à tout progrès, opposée à la modernité. Leur but est de ramener le monde en arrière, aux premiers temps de la révélation divine de l'islam et à vivre dans un État fantasmé et fantasmagorique.

Il n'y a aucune différence entre les mouvements islamistes comme Al-Qaida et Daech et les monarchies du golfe comme l'Arabie Saoudite et le Qatar? Ils sont de même nature, les premiers veulent imposer leur modèle par la violence et immédiatement et les autres avec le temps en investissant massivement dans l'éducation et en finançant une myriade d'associations caritatives. En plus du lobbying qu'ils exercent sur toutes les institutions mondiales en engageant les services des hommes politiques occidentaux à la retraite et de toute sorte de spécialistes et d'experts et de professeurs universitaires sans parler des journaux et des stations de télévision qu'ils achètent à tour de bras. Dans le livre Princes of darkeness, Laurent Murawiec notait ceci :

L'islam est une religion mais le wahhabisme est une idéologie. Cette idéologie religieuse totalitaire est intrinsèquement destructive. Le wahhabisme est aussi corrosif que l'acide. (...) Le wahhabisme saoudien détruit la religion à travers l'extrémisme, la rigidité... Partout où nous regardons dans le monde musulman, nous voyons les effets corrosifs de l'argent saoudien et de l'idéologie wahhabite.

Quelles forces et quels acteurs et quelles alliances et quels moyens avaient permis à l'islamisme de se propager partout dans le monde? Tous les gouvernements des pays occidentaux sellant leurs grands chevaux partent en guerre contre la «radicalisation», pour terrasser la bête, l'immonde. Après l'avoir nourrie sur plusieurs années, et sur plusieurs fronts, en la dirigeant contre les pays insoumis à la politique américaine (l'Irak, la Libye, la Syrie...) Mais, voilà que la bête domptée et prête à l'emploi se retourne contre ses créateurs, (les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Arabie Saoudite, la Turquie, le Qatar...) en fomentant des attentats terroristes en France, au Canada, au Danemark etc.

Ce terrorisme, entendons-nous, ce n'est pas seulement un individu ceinturé de dynamite qui se fait exploser en se jetant sur sa cible. C'est beaucoup plus que cela, c'est tout un ensemble de dispositifs, une machine bien huilée, c'est une chaine bien intégrée, ça comprend la logistique, les théoriciens de cette idéologie, les prédicateurs, les livres de propagande qui servent à endoctriner les futurs djihadistes et à faire le lavage de cerveau des jeunes musulmans qui se transforment en bombes humaines et bien sur le nerf de la guerre : l'argent.

L'argent du pétrole participe grandement dans le financement de la diffusion de l'islamisme, l'idéologie wahhabite est largement répandue dans le monde grâce justement à un énorme investissement. Laurent Murawiec relevait dans son livre que :

La trésorerie saoudienne avait atteint la somme astronomique de 2 000 milliards de $ en l'espace de 30 ans. (...). Les Saoudiens avaient dépensé 300 millions £ pour infiltrer les universités britanniques en construisant des édifices sur mesure consacrés aux études islamiques. Oxford avait obtenu 70 millions £ pour son département au style d'une méga-mosquée. 10 à 15 universités américaines sont financées par l'Arabie Saoudite. La moitié des mosquées aux États-Unis est contrôlée par les Saoudiens. Le tiers des Saoudiens va à l'école théologique, 95% sont wahhabites.

Et selon un rapport de la CIA de 2002, l'Arabie Saoudite finance plus de 200 chaînes de télévision satellitaires spécialisées dans la diffusion de programmes religieux, dirige plus 250 centres islamiques à travers le monde, construit plus de 1200 mosquées, paie le salaire de 3000 imams et prédicateurs, publie plus de 13 millions de livres religieux et distribue gratuitement plus de sept cent mille exemplaires du Coran annuellement.

Maintenant que le constat est fait, quelles seraient les mesures à prendre pour justement répondre et adéquatement à cette idéologie délétère? C'est ce que nous allons développer prochainement.

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