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La «déradicalisation»

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Ceux qui vous font croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. - Voltaire

Avant d'aller plus loin, clarifions quelques éléments qui semblent équivoques afin de dépasser les positions tranchées et tranchantes et pour, disons-le, tempérer les ardeurs des uns et des autres, éviter d'éventuels malentendus, et dissiper de probables incompréhensions. Mettons tout de suite la problématique de l'islam politique au Canada en perspective. Rassurons-nous: l'Émirat islamique du Québec n'est pas pour demain. Ce sont les chiffres qui le disent: selon Statistiques Canada (2011), les musulmans représentent 3,2% de la population totale du Canada et c'est à peu de choses près le même pourcentage au Québec.

Frédéric Castel, membre de la Chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté (CRIEC) de l'UQAM, avance que :

60 % des musulmans du Québec ne sont jamais allés dans une mosquée et 25 % disent s'y présenter de façon plus ou moins récurrente.

C'est, donc, une infime portion de ce 25% de pratiquants qui affiche ouvertement son islamisme. Intéressons-nous à ce groupe qui s'agite, gesticule et spécule sur l'islamophobie, parce qu'il essaie de lancer une O.P.A. sur cette «communauté» en se présentant comme le défenseur autoproclamé de tous les musulmans, mais aussi parce qu'il est le vecteur de tous les extrémismes et participe à l'endoctrinement des jeunes musulmans, les pousse au jihad ou à la «radicalisation». Sa propagande est instillée à travers une myriade d'organismes islamiques, centres culturels, associations, écoles, mosquées, etc. Le musulman lambda, n'étant pas spécialiste de la religion ni de son dogme, se retrouve ainsi exposé, malgré lui, à cette idéologie des ténèbres, d'où sa vulnérabilité.

N'en déplaise aux professeurs et chercheurs Vincent Romani et Leïla Benhadjoudja du CRIEC (UQAM) qui, lors du débat public dans le cadre de la Semaine d'actions contre le racisme 2015, avaient lancé depuis leur piédestal académique que l'islamisme était une vue de l'esprit et l'islamophobie, une réalité qui existe en Occident depuis le VIIIe siècle. Ils n'ont qu'à visionner les films suivants: Investigation, complément d'enquête, Enquête exclusive, Daech, naissance d'un État terroriste de la Radio-télévision belge de la Communauté française (RTBF) pour comprendre la détresse des parents qui ont perdu leurs enfants dans l'enfer de la guerre civile en Syrie. Ou qu'à consulter l'ouvrage de Karima Bennoune, Your Fatwa Does Not Apply Here, qui rapporte et documente les massacres perpétrés par l'islamisme violent dans le monde entier. Lors de son passage à Montréal pour la promotion de son livre, beaucoup de mères de famille qui avaient fui l'islamisme en Algérie lui ont exprimé leur désarroi et leur crainte de voir un jour leurs enfants récupérés et enlevés en vue de leur «radicalisation».

La «déradicalisation» est un grand chantier qui s'ouvre devant nous. Sans vouloir donner l'impression d'être pessimiste, j'ose avancer que cette entreprise prendrait des mois, sinon des années, à donner ses fruits, car cette «idéologie islamiste», qui rejette globalement les valeurs culturelles de l'Occident et mène une propagande en vue de sa diabolisation indifférenciée, est présente dans le tissu de la société occidentale depuis au moins les années 1980. Cette présence est visible surtout en Europe, où 5000 jeunes ont été recrutés et envoyés en Syrie pour faire le jihad, selon Gilles de Kerchove, coordinateur de l'Union européenne pour la lutte contre le terrorisme :

Environ 5000 jihadistes européens sont actuellement actifs au Moyen-Orient, a déclaré le belge Gilles de Kerchove, coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme, lundi devant le Parlement européen. Il ne s'agit plus de 3000, mais bien de 5000 combattants.

La «radicalisation», pour commencer, n'est pas seulement un problème d'ordre psychologique, comme on la présente parfois. Sinon on déclarerait malade ou déviante toute personne convaincue par une idéologie, une doctrine ou une religion. Ce phénomène de «radicalisation» ne sera pas résolu non plus par une approche sécuritaire : l'exemple des pays arabes (Égypte, Algérie, Syrie, Tunisie) qui ont connu le terrorisme islamiste est là pour nous convaincre de la stérilité de cette démarche. Un haut responsable américain au département d'État, spécialiste du Maghreb, avait fait le constat suivant en 2001 :

L'islamisme, en Algérie, a perdu la confrontation armée, mais il a gagné la bataille de l'idéologie.

Il va falloir mener une lutte de tous les instants, mais à la hauteur des idées, ce sera un combat à mort contre toutes les formes d'extrémisme et d'obscurantisme.

L'islamisme passe par l'éducation et la prédication

Considérons ensemble quelques éléments de réflexion à discuter et à enrichir, en espérant qu'ils aboutissent à une série d'actions urgentes à entreprendre par les pouvoirs publics afin d'éviter l'endoctrinement et la «radicalisation» des jeunes musulmans. Commençons à l'échelle locale et concentrons-nous sur l'enseignement et l'éducation, parce que les mesures à prendre au niveau national et international pour répliquer à l'islamisme mondial dépassent les compétences du pouvoir provincial et municipal. Nous développerons ces dernières ultérieurement.

Les parents qui envoient leurs enfants dans les écoles privées font confiance au gouvernement. Du moment qu'ils considèrent que ces écoles sont agréées par l'État, ils ne peuvent pas deviner qu'on y endoctrine leurs enfants. Un père de famille d'origine algérienne m'a raconté dernièrement comment il avait retiré sa petite fille de 6 ans de l'école d'arabe du collège Rosemont : en revenant de son premier cours d'arabe, elle avait demandé à son père si tous ses camarades de classe qui n'étaient pas musulmans allaient finir en enfer. C'était ce qu'elle avait reçu comme leçon de son institutrice dès le premier jour de sa scolarité.

Ces écoles utilisent-elles des programmes homologués par le ministère de l'Éducation ? Les manuels utilisés sont-ils reconnus par les autorités éducatives ? Qui dans les commissions scolaires ou au ministère a la latitude, la connaissance et l'expertise pour vérifier, contrôler et distinguer ce qui est islamiste et ce qui ne l'est pas, dans les différents manuels utilisés. L'enjeu, ici, est de sauver des vies humaines.

Ce qui est vraiment pernicieux, c'est cette pratique qui consiste à enseigner aux enfants le dogme et le présenter selon la lecture des uns et des autres comme la parole sacrée de Dieu. Le contenu du dogme islamique (Coran, Hadith, Sira, Sunna) est hautement explosif, il se prête à différentes interprétations et à d'innombrables lectures et pourrait être très, très dangereux. C'est une matière qu'il faudrait manipuler avec beaucoup de précautions. Il serait criminel de la laisser entre les mains de quelques imams charlatans.

La démarche des autorités devrait viser à empêcher les islamistes d'entrer en contact avec les jeunes écoliers musulmans pour leur épargner un avenir jihadiste. Contenir, en premier lieu, la virulence de l'islamisme et sa propagande extrémiste, et le contrer ensuite sur le terrain pour neutraliser ses effets néfastes parce qu'il faut récupérer cette «communauté» au lieu de la laisser ente les mains des intégristes et autres fondamentalistes islamistes.

Il serait donc urgent de règlementer le secteur des écoles privées et des différentes associations et centres communautaires qui offrent des programmes sur l'islam et des cours de langue arabe. À côté des ouvrages rigoristes des wahhabites, des salafistes et des fréristes comme Ibn Taymiya, Ibn Hanbal, Y. Al-Qardhaoui, T. Ramadan, S. Qotb, A. Al-Mawdudi utilisés par les islamistes, il faut introduire les traités des penseurs réformateurs comme M. Talbi, M. Charfi, G. Bencheikh, M. Arkoun, M. Chebel M. Al Ashmawi, Nasr Abou Zayd, I. El Behery, Ali Datchi etc.

Il ne faudrait pas laisser la lecture islamiste du dogme dominer le marché des écoles et des centres islamiques. C'est aux autorités d'encourager l'établissement de courants concurrents.

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