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Radars photo: n'importez pas le modèle français, M. Poëti

05/08/2014 12:00 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

Bien avant que Robert Poëti ne fasse le saut en politique, j'écoutais religieusement ses chroniques chaque jeudi après-midi pendant l'émission animée par Benoit Dutrizac sur les ondes du 98,5 FM Montréal. Combien de fois je l'ai alors entendu vilipender les radars photo mis en place par le gouvernement Charest et qualifier ces appareils de « trappes à tickets ». Maintenant ministre dans un gouvernement libéral, il ne tient plus le même discours et je trouve cela fort préoccupant comme Québécois qui se désole de voir la société dans laquelle il vit de plus en plus régie par des lois répressives de toutes sortes.

Sous le gouvernement libéral de Jean Charest, rappelons-nous que les automobilistes sont passés à la caisse à plus d'une reprise. Outre la mise en place des premiers photos radars, les taxes sur l'essence ont bondi, le coût du permis de conduire a doublé et les taxes sur l'immatriculation des véhicules ont augmenté considérablement. Les Québécois paient cher le « privilège » de conduire un véhicule automobile. Et les Québécois ne sont pas dupes. Ils savent fort bien que l'État cherche désespérément de l'argent pour boucler son budget et que leurs élus provinciaux ont tendance à s'attaquer à des cibles qu'ils jugent - et qui s'avèrent - faciles : les fumeurs, les consommateurs d'alcool et les automobilistes.

Le 28 juillet dernier, M. Poëti a accordé une entrevue à Louis Lacroix au cours de laquelle il a ouvert la porte à plusieurs possibilités - au nom de la sécurité routière, il va sans dire : ajout de nouveaux radars photo, limites de vitesse variables, radars dits tronçons... Ça commence à ressembler drôlement au modèle français, ce qu'il envisage pour nos routes.

À ce sujet, je vous invite à écouter cet entretien (diffusé le 29 juillet dernier) entre l'animateur Guy Simard et Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef de Motomag.com. M. Théodore y dresse le bilan français de l'expérience des radars - du point de vue des usagers de la route. Le constat est accablant : les Français en ont marre, car ils savent fort bien que le but visé par la prolifération des radars sur leurs routes au cours des dernières années est le renflouement des coffres de l'État. Ça n'a absolument rien à voir avec la sacro-sainte sécurité routière ou la quête d'un utopique bilan zéro. L'État français a soif d'argent et a jeté son dévolu sur une proie facile...

Ici, au Québec, nous avons notre ayatollah de la sécurité routière en la personne de Jean-Marie De Koninck, président de la Table québécoise de la sécurité routière depuis décembre 2005. Cet homme - grand mathématicien et vulgarisateur connu - fait la pluie et le beau temps en matière de sécurité routière depuis qu'il préside la Table. Il a eu l'oreille de tous les ministres des Transports qui se sont succédé au cours de la dernière décennie. Le problème est qu'il n'est pas élu, mais se comporte comme s'il l'était. Lise Thibault se prenait vraisemblablement pour la Reine d'Angleterre lorsqu'elle occupait la fonction de lieutenant-gouverneur; depuis trop d'années maintenant, M. De Koninck agit comme s'il était ministre des Transports dans un État totalitaire et répressif à souhait.

M. De Koninck a son lot de détracteurs, dont le chroniqueur automobile Philippe Laguë, qui ne lui reconnaît aucune compétence véritable en matière de sécurité routière. De plus, M. Laguë soutient que nous nous dirigeons tout droit vers un État policier sur nos routes, où les agents de la paix deviennent de vulgaires percepteurs de taxes mandatés par l'État pour renflouer les coffres. C'est d'ailleurs un secret de polichinelle que les policiers ont des quotas de contraventions à respecter. C'est peu surprenant quand on sait que M. De Koninck prône une répression accrue et un resserrement constant des lois auprès des autorités gouvernementales depuis des années et que le législateur l'écoute assidument.

M. Poëti, vos récents propos me donnent l'impression que l'État québécois souhaite suivre l'exemple de la France en procédant à l'installation d'un nombre grandissant de radars photo fixes, mobiles et « tronçons » un peu partout pour ainsi « automatiser » la répression. Le bilan français est pourtant loin d'être reluisant, et le gouvernement dont vous faites partie aurait tout intérêt à en prendre acte. D'ailleurs, il n'en était aucunement question dans la plate-forme que votre parti a présentée à la population au cours de la dernière campagne électorale.

Oui, il y a lieu de réprimer les actes criminels commis au volant d'une automobile; oui, les grands excès de vitesse doivent être sanctionnés de façon dissuasive; oui, il faut punir les pratiques dangereuses comme le car surfing et autres. Mais la sécurité routière et la quête d'un utopique bilan zéro ne doivent pas servir de prétextes à l'atteinte d'un objectif bien pécuniaire, celui de percevoir un « impôt routier volontaire » pour emprunter l'expression utilisée par M. Théodore pour qualifier la situation en France.

À force de vouloir réprimer un peuple, on risque de provoquer une révolte. Bien que les Québécois soient reconnus pour leur docilité et leur défaitisme à quelques rares exceptions près (pensons notamment au « Printemps érable » ayant eu raison du gouvernement Charest), une majorité d'automobilistes québécois ne veulent pas d'un État policier sur leurs routes. Ils savent fort bien quel serait le réel objectif d'une éventuelle multiplication des cinémomètres sur le territoire...

M. Poëti, vous avez travaillé pour la Sûreté du Québec pendant 28 ans. Lorsque vous commentiez publiquement la sécurité routière avant de devenir politicien, vous teniez un discours généralement terre-à-terre et équilibré. Depuis que vous êtes ministre des Transports, j'ai l'impression que vous préparez le terrain à livrer une commande de votre patron : faire entrer encore plus d'argent dans les coffres de l'État. Je crains que le Québec devienne à nouveau une « Nouvelle-France », cette fois au nom du culte de la sécurité routière que Jean-Marie De Koninck a réussi à instaurer au sein de l'appareil gouvernemental.

L'expérience française est un échec à plus d'un égard; notamment, des automobilistes qui sont continuellement sur le qui-vive ne contribuent pas à améliorer le bilan routier. Au contraire... Si votre objectif est véritablement d'améliorer la sécurité sur nos routes, de grâce, n'empruntez pas le modèle de nos cousins français. Un cinémomètre n'est pas capable de discernement; il sanctionne aveuglément et son but est de faire entrer de l'argent.

Les automobilistes québécois surtaxés paient déjà trop en échange du « privilège » de rouler sur des routes pleines de trous et de naviguer entre des cônes oranges à perte de vue. Veiller à la sécurité routière est une chose; automatiser la répression pour des motifs budgétaires en est une autre, et les automobilistes québécois n'en veulent pas!

*Une copie de ce texte a été acheminée au bureau du ministre Poëti, auquel vous pouvez écrire à cette adresse: ministre@mtq.gouv.qc.ca

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