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La commission Charbonneau aura-t-elle été utile au bout du compte?

21/05/2014 08:59 EDT | Actualisé 21/07/2014 05:12 EDT

Le Québec carbure à la commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (la commission Charbonneau) depuis maintenant plusieurs années. Nous avons traversé des élections municipales et deux élections provinciales générales depuis le début des travaux de la CEIC. Le visage politique du Québec a bien changé depuis novembre 2011. Jean Charest est parti, Pauline Marois aussi. De véritables piliers de la politique municipale ont été forcés de partir dans la disgrâce. Pensons à Gérald Tremblay, qui ne savait rien de ce qui se tramait derrière son dos, et à Gilles Vaillancourt, qui fait aujourd'hui face à une kyrielle d'accusations criminelles, dont celle de gangstérisme. Ce dernier sera-t-il jugé par notre système judiciaire renommé pour son inefficacité ou aura-t-il le temps de mourir avant d'être jugé? C'est une question d'un tout autre ordre...

Cependant, 30 millions de dollars plus tard, où en sommes-nous? Denis Lessard de La Presse se penche sur cette question fort intéressante des limites de la commission Charbonneau. Selon lui, la commission a adopté un mode de fonctionnement bizarre et se trouve en quelque sorte à la remorque de l'actualité et des journalistes d'enquête.

L'ancien député de Saint-Jérôme, le caquiste Jacques Duchesneau, nous avait pourtant promis des révélations fracassantes concernant plusieurs ex-ministres, autant péquistes que libéraux, aux audiences de la commission Charbonneau. Jusqu'à maintenant, on peut dire qu'à l'échelle provinciale du moins, aucun politicien n'a encore payé le gros prix après que son nom est sorti à la CEIC. Ça rappelle étrangement la commission Gomery au fédéral. La juge Charbonneau a même choisi de suspendre les travaux publics le temps de la dernière campagne électorale - laissant ainsi les électeurs québécois dans le noir au moment même où ils devaient faire un choix et élire un nouveau gouvernement.

Nous avons vu parader toutes sortes de personnages et entendu toutes sortes de récits aux audiences publiques de la CEIC au fil des mois. Pensons aux liasses d'argent dans les chaussettes des mafieux, à la soupe chaude sur les chantiers de construction de la Côte-Nord, à « Rambo » - débarqué à la Commission Charbonneau en février dernier - et accueilli en véritable héros de retour chez lui... Souvent, plus un « gros show de boucane » qu'autre chose...

Dans les deux dernières semaines, les attentes étaient élevées et deux anciens ministres des Transports ont enfin été appelés à témoigner : Guy Chevrette et Julie Boulet. Comme il fallait s'y attendre, M. Chevrette n'a absolument rien à se reprocher. Il m'avait l'air presque hautain à l'écran. Quant à Julie Boulet, ouf! Quel spectacle pathétique! Il faut se demander ce que Jean Charest avait vu en elle pour la nommer ministre (déléguée, puis en titre) des Transports. À se fier à son témoignage de la semaine dernière, elle ne connaissait pas grand-chose de son portefeuille et plusieurs l'ont comparé à un rubber stamp. J'ai hâte de voir pendant combien de temps encore elle fera partie du caucus libéral et combien de temps s'écoulera avant que son départ de la vie politique ne force la tenue d'une élection partielle dans Laviolette une fois que Philippe Couillard lui aura montré la porte du PLQ. Elle a eu l'air franchement pathétique devant les Québécois, en tout cas, tout comme son collègue Sam Hamad, le premier ministre de l'ère Charest à être sorti publiquement pour la «corriger» concernant l'objectif de financement de 100 000 $ par ministre fixé par les instances du PLQ à l'époque.

M. Hamad aurait pu se garder une petite gêne. Après tout, il a été vice-président principal pour la firme de génie Roche de 1998 à 2003. Or on a appris au cours des derniers jours que Roche aurait mis sur pied un stratagème où chaque année, tous ses vice-présidents faisaient des contributions politiques illégales remboursées par des bonis. Plus d'un doute plane à son égard et je ne comprends d'ailleurs toujours pas pourquoi M. Couillard l'a nommé à son conseil des ministres. Sam Hamad est loin d'avoir été un grand ministre dans le gouvernement Charest.

En vertu du décret 1119-2011 et conformément à l'article 1 de la Loi sur les commissions d'enquête, la CEIC a pour mandat d'examiner l'existence de stratagèmes, de dresser un portait des activités de collusion et de corruption dans l'industrie de la construction et de formuler des recommandations. Ce n'est pas un tribunal. Il faut toutefois espérer que ses travaux mènent à des corrections concrètes et que les acteurs politiques au cours des années concernées qui auraient des choses à se reprocher finissent par se faire épingler par la police. Sinon, à quoi aura servi tout cet exercice à part divertir le bon peuple québécois? Les commissaires doivent déposer leur rapport d'ici avril 2015, soit d'ici moins d'un an. Espérons que tout l'argent dépensé sur cette commission serve à quelque chose au bout du compte, car les Québécois se font flouer depuis des années et il est temps que ça cesse!

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