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Crédibilité en péril!

22/09/2014 11:43 EDT | Actualisé 22/11/2014 05:12 EST

Il ressort avec évidence qu'au fil des semaines, et ce depuis quelques mois, Philippe Couillard et le gouvernement qu'il dirige manquent de plus en plus de crédibilité pour appliquer les vastes mesures d'austérité qu'ils s'apprêtent à mettre en place. C'est rendu que pratiquement pas une seule journée ne passe sans l'annonce de mesures envisagées (compressions dans les universités, coupes dans le RQAP, modulation des tarifs de garderie selon le revenu, etc.). Chaque fois s'ensuit une levée de boucliers au sein d'un groupe ou d'un autre de la société. Il faut couper, mais personne ne veut se faire couper dans sa cour. Coupez ailleurs, mais pas chez nous...

À mon avis, deux facteurs expliquent cette baisse de crédibilité qui mine l'autorité morale du gouvernement pour faire passer ses mesures d'austérité.

Premièrement, il y a cette culture de primes qui perdure au sein de l'État québécois. Par exemple, nous avons appris la semaine dernière que l'ex-déléguée à Mexico, Christiane Pelchat, a reçu une prime de 95 000 $ après avoir quitté volontairement ses fonctions pour accepter un poste en Afrique. 95 000 $, c'est une goutte d'eau dans le seau du budget du Québec, vous allez dire. C'est vrai, mais le principe demeure.

Si c'est rendu que nous devons envisager des compressions dans la santé, l'éducation, etc., comment se fait-il que nous ayons encore les moyens de verser des primes à celles et ceux qui quittent volontairement leurs fonctions dans l'appareil gouvernemental? Réaction de Philippe Couillard : Il estime que les délégués sont des contractuels embauchés par le gouvernement et devraient recevoir une prime même lorsqu'ils quittent leur poste volontairement. Pas fort...

Tout comme ce n'est pas fort qu'il se soit porté à la défense de son collègue médecin et ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, après que les médias eurent dévoilé qu'il avait empoché une prime de 215 000 $ pour avoir accepté de suivre 1 500 patients, patients qu'il a ensuite dû larguer lorsqu'il est redevenu ministre. Ce que M. Couillard a initialement qualifié de « tempête dans un verre d'eau » continue à le hanter à ce jour. L'opposition continue à réclamer la démission de M. Bolduc et, la semaine dernière, le chroniqueur Gilbert Lavoie du quotidien Le Soleil a à son tour sommé M. Bolduc de quitter le cabinet ministériel pour des raisons qui semblent évidentes pour tous, sauf le principal intéressé et son patron politique.

Nonobstant son incompétence en matière d'éducation, Yves Bolduc est devenu un boulet dans un gouvernement qui demande au peuple québécois de se serrer la ceinture une fois de plus. Mais le premier ministre le garde en poste et continue à défendre le geste indéfendable de son ministre.

Deuxièmement, il y a la situation des régimes de retraite qui relèvent directement de Québec (juges, Sûreté du Québec, etc.), dont celle des régimes de retraite des parlementaires eux-mêmes qui accusent un déficit frôlant les 200 millions de dollars. Alors que le gouvernement veut assainir les régimes de retraite municipaux en imposant son projet de loi 3, il ne semble aucunement prêt à faire le ménage dans ses propres régimes ou dans les autres régimes provinciaux qui sont drôlement plus déficitaires que ceux des municipalités!

Encore une fois, c'est la politique de deux poids deux mesures. Pour ne pas mettre en péril sa crédibilité et son autorité morale - deux conditions fondamentales en démocratie même s'il est majoritaire - le gouvernement devra absolument appliquer le principe enchâssé dans son projet de loi (participation 50/50 aux déficits accumulés et aux cotisations futures) à l'ensemble des régimes de retraite publics, y compris aux siens. Sinon, comment peut-il être crédible et comment le projet de loi 3 peut-il être reconnu comme équitable et respecté sans s'attendre à une levée de boucliers de la part des syndiqués municipaux?

Le chroniqueur Alain Dubuc de La Presse a écrit un excellent billet la semaine dernière intitulé « Les arbres et la forêt ». De citer M. Dubuc : « On ne s'en sortira pas si on continue de regarder les arbres un à un, au lieu de regarder la forêt. [...] Ces mesures n'ont de sens que lorsque l'on tient compte de la situation d'ensemble, un déficit structurel qui ne s'en va pas, une dette qui augmentera, et une situation de crise qui sera bien pire dans quelques années que celle que nous vivons actuellement si nous ne faisons rien maintenant. »

Il a raison. Nous n'avons plus le luxe de pelleter par en avant si nous voulons assainir les finances de l'État québécois et tenter tant bien que mal d'assurer la pérennité de nos services publics essentiels. Nous ne pouvons nous permettre une autre « réingénierie de l'État » ratée comme celle de Jean Charest en 2003.

Cependant, si le gouvernement Couillard est pour avoir la crédibilité et l'autorité morale nécessaires pour procéder au grand ménage, il va absolument falloir qu'il montre l'exemple. Et le temps presse. Il ne peut imposer ses mesures d'austérité au Québec sans les imposer dans ses propres rangs à Québec. M. Couillard doit comprendre que la forêt que décrit Alain Dubuc comprend aussi l'Assemblée nationale et tout ce qui y gravite autour...

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