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Notre appartenance canadienne

04/07/2013 12:19 EDT | Actualisé 02/09/2013 05:12 EDT

«Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement.» - Robert Bourassa, Déclaration du 22 juin 1990

Depuis cette fameuse déclaration du premier ministre du Québec Robert Bourassa, il se trouve bien peu de gens pour remettre en cause la capacité du Québec à assumer lui-même son destin et son développement. Sur la base d'un tel discours, il est permis de se demander pourquoi le Québec ne devrait pas être purement et simplement un pays au même titre que plusieurs autres nations dans le monde?

Je n'ai aucunement honte d'admettre que dans un passé pas si lointain, j'ai moi-même épousé cette idée et pour tout dire j'y demeure attaché d'une certaine façon. J'entends par là, pour reprendre les propos du constitutionnaliste libéral Benoît Pelletier, que mon adhésion au fédéralisme n'est ni naïve, ni résignée, ni désincarnée. Autrement dit, il me semble d'une part tout naturel d'assumer l'idée que les Québécois, du fait qu'ils forment une nation à part entière, pourraient très bien se doter d'un pays si le Canada échouait à nouveau à satisfaire leurs aspirations profondes. L'indépendance de la nation québécoise est donc à cet égard une option qui, sans être une norme absolue, est envisageable et légitime, ne serait-ce que parce qu'elle est toujours défendue par plusieurs partis politiques au Québec.

Cette décision n'appartient cependant pas aux partis politiques, mais aux Québécois eux-mêmes. Et plus de 30 ans après le rapatriement unilatéral de la constitution par les libéraux de Pierre Elliott Trudeau et à l'approche du 150e anniversaire du Canada (2017), il apparaît maintenant que le fruit est mûr et que nous devons régler cette question une fois pour toutes.

Je dis d'abord que mon adhésion au fédéralisme n'est pas naïve, car je suis bien conscient de l'impasse dans laquelle se trouve le dossier constitutionnel depuis les échecs de Meech (1987) et Charlottetown (1992). Je me souviens aussi qu'en 1980 et en 1995, les Québécois ont majoritairement voté contre la sécession du Québec. Nous devons prendre acte de ces résultats et surtout éviter de sombrer dans une sorte d'attentisme passif qui ne ferait qu'alimenter le cynisme et la désillusion.

Dès lors, il me semble qu'il faudra redoubler d'efforts pour réussir là où les autres ont échoué afin d'arriver à une entente constitutionnelle mutuellement satisfaisante avec le reste du Canada. Dans le passé, les revendications du Québec ont été trop souvent perçues - à tort - comme des demandes de privilèges spéciaux. C'est là un des nombreux écueils à éviter et dans les faits, si le Canada anglais doit d'abord reconnaître le caractère national du Québec, ce dernier devra aussi prendre en compte les besoins des autres partenaires de la fédération. Ainsi donc, quelle que soit la forme exacte qu'elle prendra, l'entente se devra impérativement de reposer non pas seulement sur les revendications historiques du Québec, mais aussi, et surtout, sur les termes d'un fédéralisme renouvelé au plan législatif et administratif dont pourront tirer avantage l'ensemble des provinces.

Je dis aussi que mon adhésion au fédéralisme n'est pas résignée, car il ne saurait être question d'en faire la promotion simplement parce que l'indépendance du Québec ne semble pas une option envisageable dans un avenir rapproché. Dans les faits, moyennant quelques ajustements, je suis convaincu que le fédéralisme constitue une option constitutionnelle tout à fait apte à promouvoir les intérêts du Québec en tant que nation distincte au sein de l'ensemble canadien. Ce qui fait d'ailleurs la force d'un État fédéral est sa propre capacité à trouver le juste équilibre entre unité et diversité. Mais pour bien fonctionner, ce mode d'organisation doit faire l'objet d'une réflexion sans cesse renouvelée afin de demeurer en phase avec les réalités qu'il prétend refléter. Ce pacte fédératif entend permettre aux Canadiens et aux Québécois de s'unir et de mettre en commun ce qui les rassemble (intérêts économiques et valeurs communes) tout en conservant la pleine expression de leurs différences respectives (langue et identité). En ces termes, il apparaît donc que l'appartenance à la fédération canadienne constitue potentiellement une force pour le Québec, mais à la condition stricte que ce dernier, en collaboration avec ses partenaires provinciaux, participe activement à la bonification de ce système, faute de quoi il sera impossible de rapprocher enfin les deux solitudes.

Finalement, je dis que mon adhésion au fédéralisme n'est pas désincarnée, car il ne saurait être question de souscrire d'une façon ou d'une autre à un Canada qui ferait l'impasse sur les réalités que constituent l'existence des faits français et anglais (lequel est intimement lié à la thèse des deux peuples fondateurs) et la reconnaissance du Québec comme société distincte. À cet égard, il convient de noter que la Loi constitutionnelle de 1982, de par sa négation pure et simple du caractère distinct et fondateur du Québec dans l'ensemble canadien, constitue autant sur la forme que sur le fond un affront qu'aucun gouvernement québécois, qu'il soit composé de fédéralistes ou d'indépendantistes, ne saurait cautionner.

Quoi qu'il en soit, le rapatriement de la constitution imposé par les libéraux de Pierre Elliott Trudeau constitue un moment fondateur dans la définition du Canada moderne en introduisant une vision éthérée et anhistorique d'un Canada uni, mais pourtant en rupture radicale par rapport à ses propres origines. Dans les faits, le Québec fait partie intégrante de l'histoire et de la culture canadienne tout comme le Canada fait partie de celle du Québec. En ce sens, il apparaît évident que la Constitution de 1982 constitue une «erreur» qui nécessite réparation afin que le Canada renoue avec lui-même, c'est-à-dire avec son histoire et sa culture.

En dernière analyse, notons que face au cynisme et à la morosité ambiante, rien n'est plus dangereux que la tentation de s'enfermer dans le confort et l'indifférence. Malgré l'impasse dans laquelle se trouve depuis trop longtemps le dossier constitutionnel, il ne faut en aucun cas désespérer et cesser de travailler activement à trouver une issue à ce débat et ainsi permettre, espérons-le, au Québec de rejoindre la famille canadienne dans l'honneur et l'enthousiasme.

Comme je l'ai noté avec insistance plus haut, cet engagement ne doit cependant être ni naïf, ni résigné, ni désincarné. Autrement dit, l'adhésion au fédéralisme ne saurait être raisonnable si elle est inconditionnelle. J'entretiens cependant l'espoir que le Québec et le Canada sauront s'entendre sur les termes d'un fédéralisme renouvelé qui permettra à la nation québécoise ainsi qu'à l'ensemble de ses partenaires provinciaux de tirer avantage de leur appartenance à la fédération canadienne dans le respect de ce que constituent leurs différences respectives.

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