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Laïcité: Neutralité de l'État, pas des individus

10/09/2013 11:06 EDT | Actualisé 10/11/2013 05:12 EST

Le Parti libéral du Québec a réitéré son choix de la laïcité ouverte en proposant que le principe de neutralité religieuse de l'État soit enchâssé dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, sans toutefois chercher à limiter ou affaiblir les libertés individuelles des hommes et des femmes œuvrant dans les organisations publiques et parapubliques. C'est un choix sensé qui s'appuie sur une distinction importante entre la neutralité des institutions et celle des individus. Pour comprendre la nature de cette distinction, il convient de définir plus spécifiquement ce qu'est la laïcité et les finalités qu'elle cherche à réaliser.

De manière générale, on définit la laïcité comme le principe de séparation de l'État et de la religion. Cette séparation est jugée nécessaire pour s'assurer que l'État traite ses citoyens équitablement, sans égard à leurs convictions de conscience. Autrement dit, l'État ne doit favoriser ni défavoriser aucune religion ou encore l'absence de religion. La neutralité religieuse de l'État fait ainsi écho à l'égalité morale des individus et au respect des libertés de conscience, de religion et d'expression. Ceci étant, l'État doit donc éviter d'appuyer ses choix ou de fonder les normes institutionnelles sur une conception du monde et du bien particulière, qu'elle soit religieuse ou séculière.

Sur la base de sa définition et des finalités que cherche à réaliser la laïcité, on voit assez mal comment certaines personnes en viennent à justifier l'interdiction des signes religieux chez les agents de l'État au nom de la neutralité des institutions de l'État. La laïcité est un arrangement institutionnel, pas une valeur qu'il conviendrait d'imposer aux individus. Et dans les faits, ceux qui croient que cette interdiction est nécessaire pour assurer le bon fonctionnement de nos institutions devraient être en mesure de démontrer que les croyances religieuses des individus interfèrent avec l'exercice de leur jugement professionnel. En tant que défenseur de la laïcité ouverte, je prétends au contraire que les agents de l'État ne devraient être évalués qu'à la lumière de leurs actes, non en fonction de leur apparence.

On reproche par ailleurs souvent aux tenants de la laïcité ouverte de dénaturer le concept en y ajoutant une étiquette pernicieuse. S'il est vrai qu'en principe la laïcité devrait se définir d'elle-même (ce que j'ai d'ailleurs fait ci-haut) et qu'elle n'a de ce fait pas besoin d'étiquette, force est de reconnaître qu'en pratique il existe différents régimes de laïcité et qu'il peut être utile de spécifier ce à quoi on fait référence exactement. Cela dit, comme nous pouvons le constater, peu importe la forme exacte qu'elle prendra, la laïcité est par définition ouverte et inclusive et ne cherche en aucune façon à circonscrire l'expression du fait religieux chez les individus et encore moins à leur dicter ce qu'est «la vie bonne».

Au final, je dirais qu'en plus des arguments avancés précédemment dans ce texte, si je suis contre l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique, c'est parce que je considère que celle-ci doit être à l'image de la réalité socioculturelle du Québec. La diversité morale et religieuse est une caractéristique structurante et indépassable des nations démocratiques comme la nôtre et nous ne pouvons faire l'impasse sur cette réalité. Il est vrai que certaines personnes pourraient être choquées ou indisposées à la vue d'agents de l'État arborant des signes religieux, mais il ne s'agit pas là d'une raison suffisante pour limiter ou affaiblir les libertés individuelles au même titre qu'on ne peut pas interdire les manifestations publiques de l'homosexualité sous prétexte que cela rend certaines personnes mal à l'aise.

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