Sébastien Dhavernas

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Pensée magique, distortions et sombres complots

Publication: 14/02/2012 13:50

L'objectif premier du Huffington Post selon sa créatrice est d'amorcer une conversation, alors conversons cher Maka Kotto.

J'ai lu ton billet : « La liberté et la culture québécoise » et je suis resté pour le moins estomaqué, malgré ton éloquence, devant la quantité de pensée magique, de raccourcis et distorsions de faits historiques au service de «la cause».

Tout d'abord, partout où il est écrit le gouvernement fédéral, ou, le fédéral, il aurait fallu écrire, pour être honnête: l'actuel gouvernement conservateur, ou le gouvernement Harper, comme il aime être appelé.

Car si je suis d'accord, avec de nombreux faits que tu rapportes et sur l'analyse de l'idéologie conservato-harper sous-jacente, il y a un pas que tu franchis un peu trop allégrement en assimilant le tout à l'approche de tous les gouvernements fédéraux qui l'ont précédé, toutes couleurs confondues.

Rappelons quelques faits.

Lorsque le gouvernement canadien a décidé de structurer ses interventions en matière culturelle dans les années cinquante, il avait le choix entre trois modèles: architecte (le modèle français), mécène (le modèle britannique) ou facilitateur (le modèle américain). Avec le temps, c'est un mélange des trois modèles qui s'est instauré: tout en conservant la primauté du mécénat « à distance du pouvoir », ou « arm's length » en anglais.

Louis Saint Laurent, lors de la fondation du Conseil des Arts du Canada déclara: « Le gouvernement devrait soutenir le développement culturel de la nation mais ne pas essayer de le contrôler.» En 1984, sous un gouvernement conservateur fraîchement élu, la loi C-24, sur l'autonomie des institutions culturelles fédérales adoptée dans la foulée du rapport Applebaum-Hébert est venue réaffirmer ce principe qui a été la pierre angulaire des interventions fédérales en culture jusqu'à l'arrivée au pouvoir de l'actuel gouvernement.

C'est aussi au nom de ce principe fondamental qu'en 1992, le gouvernement du Québec a créé le Conseil des Arts et des Lettres. Le gouvernement Harper a décidé de remettre en cause ce principe et de modifier les règles du jeu.

Son idéologie et ses actions ne sont pas un sombre complot contre les artistes et la culture du Québec. Elles touchent tout autant les artistes du reste du Canada, notamment dans des dossiers comme l'actuelle révision de la loi sur le droit d'auteur.

Quand tu abordes la question de l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union Européenne (AECG) qui aurait pour conséquence de voir «la culture livrée à la logique du libre marché et soumis au pouvoir des investisseurs privés», tu oublies de mentionner qu'il existe un contrepoids: Le traité sur la diversité culturelle. Longtemps porté à bout de bras par le Québec, qui a convaincu le gouvernement fédéral de le signer et de s'en faire l'avocat sur la scène internationale, ce traité, sous l'égide de l'Unesco, soustrait justement les interventions gouvernementales des pays signataires de la seule logique des lois du marché. La plupart des pays européens l'ont signé, et rien n'indique qu'ils aient changé d'avis.

«Le Québec n'a pas droit au chapitre quant à l'octroi de subventions fédérales à ses artistes, artisans et institutions, puisque ce sont Téléfilm Canada et le Conseil des Arts du Canada qui détiennent, en partie, un droit de vie ou de mort sur la grande majorité des projets proposés par le Québec» poursuis-tu.
Heureusement, tu as eu la délicatesse d'écrire : «en partie».

J'aimerais te rappeler deux choses. Premièrement, la Sodec et le Conseil des Arts et des Lettres du Québec ont également ces mêmes pouvoirs, et s'il existe de nombreux cas où les institutions fédérales et provinciales tombent d'accord sur la pertinence des projets soumis, il existe d'aussi nombreux cas ou l'un accepte ce que l'autre a refusé et vis versa, tous les artistes te le confirmeront. Deuxièmement, ce n'est pas le Québec qui propose des projets, mais ses artistes et ses institutions culturelles.

Et c'est ici que ton discours dérape dangereusement vers l'apologie de la culture d'état que tu dénonces quand elle vient du «fédéral». Car ce que tu proposes: tout rapatrier au Québec, ferait en sorte que les artistes du Québec et leurs institutions se retrouveraient face à un guichet unique, une seule source de soutien financier, bref un quasi-monopole du soutien de l'état à la culture.

Même la France qui avait adopté au départ un modèle très centralisé s'est ravisée depuis, et avec l'entrée en scène de la communauté européenne, les artistes français disposent maintenant de cinq paliers de soutien public, qui consolident leur liberté artistique. D'ailleurs la multiplication des sources de financement est un phénomène généralisé à travers le monde selon les experts. Alors pourquoi un Québec moderne irait-il à contre-courant de cette tendance? Quelques chiffres avant de conclure : Patrimoine Canada accorde 33,7% de son budget au Québec pour une province qui représente 23,2% de la population totale du pays.

Une perte annuelle de 179 millions pour les artistes serait donc la seconde conséquence de ce choix, qui relève à mon avis bien plus d'un agenda politique que d'une volonté réelle d'améliorer le sort de ceux et celles qui font la culture.

 
L'objectif premier du Huffington Post selon sa créatrice est d'amorcer une conversation, alors conversons cher Maka Kotto. J'ai lu ton billet : « La liberté et la culture québécoise » et je sui...
L'objectif premier du Huffington Post selon sa créatrice est d'amorcer une conversation, alors conversons cher Maka Kotto. J'ai lu ton billet : « La liberté et la culture québécoise » et je sui...
 
 
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13:38 sur 15/02/2012
Sébastien Dhavernas... ce nom me dit quelque chose...n'êtes vous pas celui qui s'est fait planté par Thomas Mulcair dans Outremont en 2008? Vous avez donc l'infini honneur, avec Jocelyn Coulon, d'avoir été les deux seuls candidats à perdre une circonscription rouge depuis 1935, si on écarte le bref intermède du Beau Risque à la fin des années 1980. Vos idées et votre contribution sont appréciées monsieur Dhavernas, mais, let's face it, vos idées et le parti qui les véhicule sont dépassés. Le PLQ est dans un marasme et une crise qui n'a rien a envier au PQ, c'est dire!

On vous souhaite d'être touché par la grâce divine de Trudeau fils et de mettre des conditions à votre allégeance fédéraliste aveugle. Si Harperland continue de s'étendre et de devenir un état de fait, il faudra bien trouver une sortie de secours!
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
03:11 sur 16/02/2012
Bref lorsqu'on a absolument aucun argument, on attaque l'individu.

L'arme des fabiles qu'on dit.

Reformiste, separatiste, la ligne de demarcation est tres fine.
14:07 sur 17/02/2012
Hmmm...baveux le monsieur! C'est encore tout étourdit par la qualité de votre argumentaire que je me permets cette mise au point. Tout d'abord, je n'ai pas "perdu" la circonscription d'Outremont puisque lors de l'élection générale de 2008, le député sortant était Thomas Mulcair.
Je suis débarqué deux jours après le déclenchement des élections, dans une circonscription où il y avait environ $10,000 en caisse et où,je l'ai vite compris, je n'étais pas le bienvenu pour une large faction des membres. J'étais en face d'un candidat qui disposait du maximum des sommes permises en dépenses, d'une solide organisation et d'un support logistique important du quartier général du NPD à Toronto.J'ai perdu par 2,343 votes soit 6,5%.( Coulon - 4,441 (18,5%) et Cauchon -12,702 (33%).Si c'est ça se faire planter...Merci d''apprécier ma contribution au débat, qui repose sur 40 années de pratique du métier et d'une longue feuille de route comme gestionnaire.Mon fédéralisme n'est pas aveugle, il est le fruit d'un long cheminement.Je vous accorde le droit à vos convictions personnelles sans vous dénigrer,faites en donc autant. Je veux bien débattre sur le terrain des arguments, mais pas de fatwa SVP. Je n'aime pas plus que vous ce qui se passe en ce moment au Canada,mais moi je crois que tout n'est pas perdu puisque 62% des canadiens ont voté contre ces idéologues il y a à peine neuf mois.
07:57 sur 15/02/2012
Vous perdez votre temps à parler avec un obtus comme Maka Kotto. On se demande parfois si le PQ ne l'a pas engagé pour d'autres raisons que son ouverture d'esprit ou son éloquence dans les assemblées.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
01:53 sur 15/02/2012
M. Dhavernas, vous me redonnez courage en les Quebecois.

Un peu de factuel dans tout ce populisme qui semble prendre de l'ampleur au Quebec est tres rafraichissant.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
superfreak60
Hello Sexy Poupée.
22:06 sur 14/02/2012
Vous vivez dans un Canada complètement dépassé.
Le Canada d'aujourd'hui c'est le Canada de Stephen Petro Dollars Haper.

Le poids politique s'est déplacé vers l'Ouest ce qui va entraîner de plus en plus de conflits entre ce dernier et le reste du Canada, et le Québec en particulier.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
01:51 sur 15/02/2012
J'ai une excellente idee, pourquoi ne pas visiter le Canada et parler aux Canadiens? Comme ca vous auriez l'heure juste.

Parce que pour ceux qui le font, c'est tres peu factuel comme commentaire, pour rester poli.

Et non les discordes n'iront pas en augmentant entre le Quebec et le Canada, parce qu'on est a disposer tranquillement de tous ceux qui aiment la discorde au Quebec.
07:30 sur 15/02/2012
Si vous connaissiez l'histoire entre les deux nations, vous ne diriez pas ces propos. Au Québec, nous ne « speakons pas white ». Les seuls gens des autres provinces qui viennent nous voir, ce sont ceux qui traversent la province pour aller vers l'Ontario ou le Nouveau-Brunswick. Les autres, ce sont ceux qui ont de la parenté au Québec. À part cela, nous n'existons pas.
13:20 sur 16/02/2012
Le poids politique se déplace avec le poids économique et il se déplace d'est en ouest depuis plus de 2000 ans et il rendu,à l'échelle mondiale,bien plus loin que l'ouest canadien,il est rendu en Chine.( cf:Jacques Attali "Une brève histoire de l'avenir."). Toutes les fédérations vivent des tensions,c'est la nature de la bête.Même les pays unitaires en subissent: exemple,les tensions entre le nord et le sud de l'Italie.Tout foutre en l'air? Pourquoi? Si l'Allemagne et la France sont capables de bâtir après s'être entretués pendant plus de deux cent ans,me semble que....!
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AndreLegare
Carpe diem
21:56 sur 14/02/2012
J'ai bien lu votre propos que j'ai trouvé très intéressant. Par contre, dans les faits, la simple gestion de cette langue seconde pour le Canada justifie amplement le surplus budgetté de 179 millions. Surplus qui encore une fois se retrouve au palmares des dédoublements et des aléas du pouvoir fédéral en place .
21:30 sur 14/02/2012
Alors le Québec n'aura qu'à créer d'autres paliers.

Vos propos me font penser: « On va perdre nos rocheuses. »
12:55 sur 15/02/2012
Franchement! Comparer la possibilité pour un artiste de créer,diffuser son oeuvre et en vivre honorablement à la perte des rocheuses,soyons sérieux.Les artistes et le milieu culturel sont fragilisés,l'offre ne cesse d'augmenter et la demande stagne ici comme dans la plupart des pays du monde. Créer d'autres paliers,je veux bien dans un éventuel Québec souverain,peutêtre, mais cela va demander du temps des moyens.
En ce moment on parle de récupérer immédiatement les pouvoirs en matière de culture et ma crainte de voir les artistes et le milieu culturel en payer le prix est tout à fait légitime.avec un gouvernement fédéral digne de ce nom, un rôle majeur d'exportation de la culture québécoise et canadienne pourrait être joué via le réseau des ambassades comme cela s'est déjà fait par le passé et ce qui permettrait aux artistes d'ici de rayonner davantage. Quant au reste l'essentiel de mon propos pourrait se résumer à: "Non à la culture au service de l'état" quel qu'il soit.
07:40 sur 16/02/2012
On parle de rapatriement car rare sont les productions québécoises faisant partie des budgets alloués par le gouvernement fédéral. Je ne mentionne pas que c'est la meilleure chose à faire, mais la création de divers paliers de sélection au Québec ferait encore mieux les frais. Si Falardeau avait fait parlé son célèbre personnage avec une phrase ainsi: « Ils l'ont l'affaire les ... Canadiens ». Il aurait sûrement eut de meilleurs subventions canadiennes. Si demain, je crée un film ayant pour but de dévoiler un pan d'histoire de la bourgeoisie anglaise canadienne, je suis sûr d'obtenir une subvention (si mon film est bon). S'il est tout aussi bon, si je parle de la bourgeoise québécoise, on ne recevra même pas mon scénario.

Tenter d'y voir plus clair M. Dhavernas. Je vous ai toujours aimé comme acteur depuis les premiers temps que je vous voyais dans « Le temps d'une paix ».
16:17 sur 14/02/2012
M. Dhavernas, vos commentaires sont justes et pertinents.
Les séparatistes sont toujours dans un monde irréel, il faut toujours les ramener à la réalité qui serait encore plus triste dans un Québec seul au monde.