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Les riches, les pauvres, et moi, et moi, et moi...

Publication: 28/09/2012 10:36

Je ne sais pas vous, mais moi j'adore mon année. Après tant de molles, ça nous en prenait une folle. Et si la fin du monde vient la conclure, ce sera sans regret, quel spectacle, quel final! On va tous crever en décembre? D'accord, alors réglons nos comptes avant le grand incendie, notre consensus de légende agonisera avant nous! Affûtons nos lames, réveillons nos passions, déterrons nos chicanes, ressuscitons nos débats, pour mourir vivants, enfin!

L'automne colore à peine nos trottoirs que déjà on le sait: pas un duel ne sera oublié cette année. Rouges contre verts, Québec contre Montréal, Souveraineté contre Fédération, vieux contre jeunes, Radio X contre toute intelligence, Trudeau contre Brazeau (et contre toute intelligence aussi), un avion de chasse contre Radio-Canada, Lulu contre le PQ, la gauche contre la droite, une matraque contre ta mâchoire, Quebecor contre Bell et Astral, Anglos contre Francos... on raconte même que Brault et Martineau feraient chambre à part.

Et pour faire contre mauvaise fortune, bon coeur, on ne pouvait pas partir sans se rappeler au bon souvenir de nos riches et de nos pauvres, quand même. C'est chose faite, puisque le nouveau gouvernement a décidé de faire payer aux mieux nantis les frais de l'abolition de la taxe santé, ou un truc du genre. Juste assez pour reparler de juste part, juste assez pour s'énerver, pour se déchirer, encore. Décidément, quelle année!

Moi personnellement, j'aime bien les riches. Ils sentent bon, et leurs épouses font des dons au Musée des beaux-arts, et parfois même elles y vont toutes seules en Smart, ce qui égaie la ville. Ce qui me plait le plus chez les riches, c'est qu'ils n'ont pas de soucis d'argent. Enfin, plus précisément, qu'ils ne se soucient pas de l'argent. Dans un monde rompu au profit à tout prix, je trouve que le riche est d'une élégance rare. En effet, tandis que le commun des mortels n'a d'intention que l'accumulation, le riche, lui, n'a de cesse que de se départir de son argent. Parfois même jusqu'en Suisse. Non seulement il a la grâce de ce détachement matériel, mais en plus il a ce raffinement de ne pas encombrer le métro le matin, qui l'est déjà assez comme ça.

En revanche, je dois être fort honnête, je n'aime pas les pauvres. Certains ne sentent pas très bon. Mais comme en toute chose malheur est bon, ils n'encombrent pas non plus le métro le matin, puisqu'ils n'ont pas d'emploi. Par ailleurs, le pauvre manque cruellement de savoir-vivre. Tandis que l'épouse du riche se fend en quatre pour faire venir un Gauguin au musée, et Dieu sait que ça n'est pas sans sacrifice, le pauvre passe devant sans s'arrêter, avec l'ignorance du mépris. Le pauvre n'a pas la reconnaissance de l'effort, et pour tout dire, pas l'ombre d'une noblesse. Mais pour navrante que soit sa vie, pires sont ses rêves. Contrairement au riche, le pauvre ne rêve que d'argent. Dans un monde rompu au profit à tout prix, il est au coeur de la dérive néo-libérale. Alors qu'on s'évertue à conspuer sans réfléchir celui qui spécule honnêtement en bourse, on oublie que celui que l'argent obnubile jusqu'à l'en réveiller la nuit, c'est bien lui, le pauvre, insensible et vénal.

Moi, je suis de la classe moyenne, j'ai pas réussi à faire mieux, puisque mes parents étaient pauvres. Je sens le Axe, comme tout le monde dans le métro. Dans la société, on va se dire les vraies affaires, c'est moi qui souffre. Tout le monde le sait, la classe moyenne étouffe. Quand j'ai fini de payer mon hypothèque, mon Costco, mon électricité, mon câble, le collège du grand, les deux voitures, la garderie du petit, mon chalet plein de mouches, l'électricité et le câble du chalet plein de mouches, la nouvelle salle de bain et l'électrolyse de Monique, deux ou trois restos, un peu de vin, les passes de ski, les cartes de crédit, le piano du petit... et bien rendu à Noël, j'en arrache.

Une chance que je vais dans le Sud deux fois par an, sinon je crois vraiment que je m'indignerais.

 

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