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Noyades: une minute d'éternité

Publication: 16/07/2012 09:23

Été meurtrier. Nos bébés, plus que les autres années, s'en vont dans le silence et le tourbillon d'une minute d'éternité.

Au moment où j'écris ces quelques lignes, le Québec recense quarante-quatre noyades depuis le début de la saison estivale, et la saison est encore jeune, comme on dit. Au moment où vous lirez ces quelques lignes, le nombre aura peut-être augmenté, si la tendance se maintient, comme on dit aussi. Un nombre tellement impressionnant et croissant que la statistique est en train de l'emporter sur la tristesse.

Quarante-quatre cauchemars maladroitement additionnés parmi lesquels ont péri ici un aîné, ici une jeune femme, ici un héros plongeant à la rescousse de son garçon, de son frère. Et puis nos bébés. Dans la hiérarchie de nos révoltes contre la mort, c'est l'enfant qui siège au sommet de notre indignation et de notre colère. Parce que c'est nous, parce que c'est la suite, parce qu'il porte en lui la beauté de cette naïveté que nous ne retrouverons jamais, et nos espoirs affaiblis ou perdus.

La responsabilité, distinction principale de notre vie d'adulte. Cette responsabilité ultime de faire venir ici de nouveaux petits habitants, et de les accompagner d'amour et de protection vers leur envol. Des années sublimes et exigeantes pendant lesquelles nous sommes propriétaires de ces existences trop fragiles.

Puis, parfois, arrive cette minute d'éternité. Cette minute d'ailleurs, suffisante au départ. Cette minute qui sera reprise en choeur sur toutes les tribunes, devant toutes les machines à café, comme la minute de la négligence, la minute de l'irresponsabilité, la minute terrible qui sonne l'heure du jugement. Et à l'unisson de clamer notre fierté d'avoir été si responsables, si vigilants, si meilleurs. Et l'on parle de clôtures, de verrous, de cours de natation ...

Dans ce monde insensé qui plante des piscines absurdes dans notre «boréalité» pour dix jours d'exception, le temps n'est surtout pas à la remise en cause d'une quête de confort grotesque, mais bel et bien à l'opprobre et à l'auto-satisfaction d'avoir acheté un si beau verrou, nous.

On se comblera alors l'émotion dans une accusation sans pitié et sans âme, nous qui avons si bien su embrasser cette vie parfaite et sans absence.

Et ne jamais faire cas d'un père, d'une mère, assassinés par cette minute définitive, condamnés à continuer à vivre l'insupportable avec, pour toujours en tête un sourire envolé, à jamais cette odeur de chlore, et le son méprisant de nos parfaits verrous.

 

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Été meurtrier. Nos bébés, plus que les autres années, s'en vont dans le silence et le tourbillon d'une minute d'éternité. Au moment où j'écris ces quelques lignes, le Québec recense quaran...
 
 
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Date de publication  | 
Popularité
22:50 sur 16/07/2012
Comme société, quand de telles tragédies se produisent, nous avons naturellement le réflexe de renforcer les mesures de sécurité, de voter de nouvelles lois et de renforcer les règlements. Cela part d'un bon sentiment mais malheureusement, ça conduit trop souvent à de l'intolérance.

Un exemple? Je visitais des parents qui campaient dans un camping à Bromont. Pour assurer la sécurité des enfants très nombreux, on y a institué la règle du "8 kilomètre/heure". Ici, on a jugé qu'il était insuffisant de dire aux gens de rouler "lentement". Il faut être précis: pas 12, pas 10 mais bien 8 kilomètres. Et les gens en font une véritable maladie. Tandis que vous tentez de maintenir votre vitesse sous la barre du très imprécis indicateur de vitesse, les campeurs (parents et enfants confondu) qui vous soupçonnent de dépasser la limite vous lancent des "8 kilomètres" courroucés. Il y a même des zélés qui roulent à 4 km et qui hurlent de fureur si vous tentez de les dépasser.

C'est une chose de vouloir vivre dans une société plus sécuritaire mais pas au point de se transformer en miliciens fanatiques et intolérants. On aura beau renforcer toutes les normes de sécurité et ajouter des tonnes de règlements, nul n'est jamais à l'abri d'un accident.
12:51 sur 16/07/2012
Bravo...
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
11:39 sur 16/07/2012
Drôle de logique. Ainsi donc, c'est nous qui sommes coupables. Coupables de quoi? D'avoir été responsables et prévoyants et d'en être satisfaits, contents, soulagés. Sommes nous également coupables de ne pas conduire en état d'ébriété? histoire de ne pas partager le sort de ses irresponsables qui tuent et se tuent régulièrement. Le drame des parents qui perdent un enfant de façon tellement bête ne doit pas nous faire oublier que quelque part qu'ils ont manqué à leur devoir de prévoyance. C'est triste, et je ne voudrais pas être dans leur peau mais je ne peux m'empêcher en même temps d'avoir un sentiment de révolte ; laisseriez-vous jouer un enfant aux abords d'une autoroute? C'est un peu le sentiment que j'ai face à ces parents pourtant prévenus, depuis le temps.
17:50 sur 16/07/2012
Mais quelle est cette manie de vouloir trouver systématiquement un coupable à tout ?!! Ais-je dis que nous étions coupable ? Ais-je dis que quelqu'un était coupable ? Ais-je dis qu'il fallait un coupable ?

Je ne fais que mettre en évidence ce que vous venez de confirmer, c'est à dire ce regard froid et jugeant de l'autre, qui se flatte d'avoir si bien navigué jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à aujourd'hui seulement.
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
musael
Ad majorem consciencia
18:24 sur 16/07/2012
Et bien si ce n'est pas une condamnation que vous proférez, qu'est-ce que c'est, alors? Vous me refusez le droit d'être révolté face à la mort d'enfants qui pourrait être facilement évitées. C'est loin d'être un regard froid que je porte mais ma sympathie va davantage aux jeunes victimes. Oui, je jette un regard réprobateur devant ce qui se passe actuellement parce que justement il y en a eu trop de ces drames. Une fois c'est le hasard, deux fois c'est de la malchance mais trois fois, admettez que ça devient de la négligence. Je comprend très bien que ces parents paient le prix fort et qu'il est inutile d'en rajouter, soit, mais les bons diagnostiques doivent tout de même être posés, il me semble, si on veut que cela cesse.