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Monique

Publication: 4/04/2012 13:17

Dans le métro, ligne orange, heure de pointe. On est serrés, je suis debout. Arrêt à la station Jean Talon, la jeune fille près de moi, assise, libère son siège, elle est arrivée. Alors que je suis quasiment assis à sa place, toi, femme à l'affût, convoite le siège avec autorité, me confronte du regard, avec assurance et légitimité. Sans réfléchir, je me redresse, et je te laisse ma place. Réflexe.

Je relève la tête : Ce siège est destiné en priorité aux personnes à mobilité réduite. Trois illustrations précisent le tout : petit papy vouté à canne, ado béquilles et plâtre, jolie madame à gros bedon.

Je te regarde : je n'arrive pas à te faire entrer dans aucune de ces catégories.

Mes yeux cherchent désespérément une autre inscription, qui pourrait m'éclairer :

Siège destiné en priorité à toi, Monique - tu dois t'appeler Monique, c'est comme rien - femme de cinquante ans, grise, terne et éteinte, sexuellement abandonnée depuis des lustres, dont le mari est à construire son troisième garage, juste pour t'éviter.

Siège destiné en priorité à toi, Monique, séchée par les ans d'avoir trop cru ta mère qui te disait que tu serais une princesse, que tu pourrais tout avoir, tout choisir, et qui a passé ta vie laide en envies et en jalousies, à croire qu'à ton natif ordinaire viendraient se coller un prince et un château.

Siège destiné en priorité à toi, Monique, princesse sans royaume, ventre flasque et froid de banlieue, sourire oublié au cimetière de tes rêves improbables, dans le caveau de ton amertume et de tes rancoeurs.

Siège destiné en priorité à toi, Monique, dont la misérable et permanente insatisfaction a laissé pendre tes lèvres et naître ta méchanceté, inscrite en majuscules dans tes yeux sans âme et sans larmes.

Siège enfin destiné en priorité à toi, Monique, mère sans amour d'une mieux mariée que toi.

Je suis content Monique de t'avoir rencontré ce matin, station Jean Talon. Prend-le le siège Princesse, je te le laisse, c'est ton dernier trône.

 

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Dans le métro, ligne orange, heure de pointe. On est serrés, je suis debout. Arrêt à la station Jean Talon, la jeune fille près de moi, assise, libère son siège, elle est arrivée. Alors que je...
Dans le métro, ligne orange, heure de pointe. On est serrés, je suis debout. Arrêt à la station Jean Talon, la jeune fille près de moi, assise, libère son siège, elle est arrivée. Alors que je...
 
 
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Enkidou
Blogueur libre et paradoxal
17:22 sur 15/04/2012
Joli texte.

Quant aux commentaires, c'est le risque du métier de blogueur !
08:58 sur 05/04/2012
Il y a tellement de gens qui pensent que tout leur est dû ou qui sont si aigris de la vie qu'ils en deviennent despotiques avec leur entourage. Monique devrait lire votre très bon texte : ça la remettrait à sa place ! ;-)
17:26 sur 04/04/2012
Incroyable le manque de recul des commentaires à ce texte. C'est l'histoire d'une révolution manquée, mal menée, qui avait pour projet de libérer les femmes, mais qui finalement fabriqué bien de la rancoeur. C'est un texte magnifique et juste, malheureusement.
19:24 sur 04/04/2012
Quoi!?!?
16:53 sur 04/04/2012
Je me fais la même réflexion si fréquemment, lorsqu'une dame (ou un homme) se glisse pratiquement en dessous de moi au moment où j'arrive pour m'asseoir.
Parce qu'on le sait bien, à mon âge (23 ans) il est impossible que j'aie passé la journée à marcher, à trimballer des livres aussi lourds que moi ou encore à courir d'un pavillon à l'autre. Je suis jeune, je n'ai pas le droit d'être plus fatiguée qu'un employé de bureau qui a passé la journée assis sur son derrière.
Ma montée de lait personnelle (j'avais cette ''crotte'' sur le coeur depuis la fois où je suis allée donner du sang à l'école, où je me suis évanouie deux fois et où j'ai du faire tout mon trajet de métro debout, étourdie, épuisée, parce qu'un monsieur m'avait subtilisé ma place...)
Mais bon, je suis jeune, je vais m'en remettre ;P
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
AndreLegare
Carpe diem
15:50 sur 04/04/2012
Ouff une fraction de seconde de plus et vous étiez assis....dommage , et maintenant, réfléchissons ensemble sur la façon qu'elle aurait pu vous percevoir.....Maurice, .....
15:35 sur 04/04/2012
Je trouve ce billet extrêmement sexiste.
Vous parlez de cette femme de la sorte après n'avoir échangé qu'un regard. Et si vous lui disiez en pleine gueule la prochaine fois, peut-être vous répondra-t-elle?
En tous cas, belle petite montée de lait
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15:16 sur 04/04/2012
Hi, hi, C'est meilleur que la vidéo-prose-poétique des écrivains contre le dégel des frais de scolarité. Mais on ne sait toujours pas si ces mêmes écrivains sont pour la gratuité. (vidéo parue cette semaine)

Beau texte, un peu méchant, mais quand même , il fait sourire et vive le respect des places réservées et bravo pour cette sensibilité d'avoir créé de tels sièges.
14:36 sur 04/04/2012
Bien d'accord avec vous M. Savignac! Sans généraliser, certaines femmes exigent des hommes la galanterie sans donner en retour la plus simple courtoisie ou savoir-vivre...!
14:29 sur 04/04/2012
HAHA ! c'est exactement à ca que je pense quand "Maunic" ou même Lyly999 écrit un message sur ce site.
00:44 sur 05/04/2012
Il en est de nos jugements comme de nos montres; aucune ne dit comme l'autre, mais chacun se fie à la sienne.
A. Pope