On ne parle que de lui. Depardieu, dans une grosse colère, s'engueule avec sa famille et part en claquant la porte, sans oublier de rendre les clés. Tandis que le spectacle, si improbable pour nous, réjouit et distrait la terre entière dans une comédie burlesque inédite, la France, elle, n'a pas le coeur à rire. Elle est même plutôt hors d'elle, enragée pour tout dire, alors qu'ici, on est plié en deux.
D'abord, pour reprendre une expression qui nous est familière, je crois que si on peut sortir Depardieu de la France, on ne peut pas sortir la France de Depardieu. Et Gérard n'a sans doute jamais été aussi Français. Râleur, frondeur, colérique, impulsif et insoumis, Cyrano de Bergerac se met en scène dans un théâtre plus hexagonal que l'oeuvre de Rostand toute entière. Mais l'acteur n'est rien sans public et le Russe fraîchement nommé nous rappelle ces particularités précieuses qui définissent cette patrie jadis si lumineuse, et aujourd'hui si maladroite.
Cette énergie que met la France a détester Jean de Florette est à la fois étourdissante et attendrissante. Chez nous, on a plutôt procédé comme suit: Va chier, on continue nos affaires, dégage. C'est à peu près toute l'attention qu'on a décidé d'accorder à Jacques Villeneuve quand il a annoncé cet été qu'il nous quittait pour planquer ses dollars en Andorre. C'est sans doute le pragmatisme nord-américain; déjà qu'il ne fend plus les lignes d'arrivée depuis longtemps, on n'attendra pas qu'il pisse partout pour nous faire honte, alors salut champion, on passe au prochain appel.
Mais la France n'est pas pragmatique, pour son grand malheur. Rompue à une crise économique des plus préoccupantes, rompue à un chômage sans cesse croissant n'épargnant désormais plus aucune famille, alors qu'elle peine à s'intégrer dans une économie de marché sans pitié, elle demeure cette terre décalée de l'occident, plus émotive qu'efficace en réalité. Dans les faits, l'affaire Depardieu ne devrait être qu'une anecdote. Et pour riche que soit devenu le génial vigneron, il va de soi que son départ n'ébranlera pas le PIB du pays outre-mesure. Mais tout est dans le symbole, celui du copain qui part quand ça se complique, et à lui seul il justifie tout ce boucan. C'est là toute la particularité de la France, cette force de l'inutile essentiel...
À la fois à droite et ancrée dans ses traditions millénaires, à la fois à gauche et attachée à son histoire révolutionnaire et sociale, mais surtout en haut, parmi les nuages... Nuages de pensées, d'idéaux et de symboles, nuages de colère et d'insoumission, bien peu rentables mais combien indispensables. Cette France rêveuse qui manifeste jour et nuit et qui nous fait sourire, cette France poétique et maladroite dans le grand concert ultra-libéral planétaire, cette France en colère et en pente douce qui s'arrête un moment d'oublier qu'elle souffre pour crier en choeur qu'il y a des choses qui ne se font pas, cette France devrait peut-être nous inspirer et nous faire ralentir...
Car c'est une France rafraîchissante au fond qui nous est donné à regarder ces jours-ci. Loin du cynisme et de l'argent à tout prix, elle vient nous rappeler que le pragmatisme n'est pas une fin en soi, que si elle peine à faire sa place dans ce nouvel ordre mondial où les seuls succès sont ceux qui se comptent, c'est parce qu'effectivement il y a des choses qui ne se font pas, que le geste compte, et que parfois il faut taper du poing sur la table quand c'est nécessaire. Une invitation à se souvenir de nos valeurs, de nos principes, ceux qui ne rapportent pas tout de suite, mais qui font qu'on sera encore là demain.
Avant de souiller les couloirs d'avions, et tandis qu'Hollywood le réclamait, Depardieu venait à Montréal pour nous lire les confessions de St-Augustin dans une église mal chauffée. Il a su, à ses heures lui aussi, être un souverain improductif...
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Il y a le rêve américain et maintenant le cauchemar français. Entre le rêve et le cauchemar le choix est clair.
Je pense que M. Depardieu s'est placé dans une situation fort délicate et mon intuition me dit qu'il rencontrera bien plus d'emmerdements que d'avantages en tant que citoyen russe.Qui sait si un jour il ne rentrera pas au pays la tête bien basse.Et si la France ne se bidonnera pas à son tour?
Bravo pour votre texte que j'ai eu bien du plaisir à lire!
La France est en bien plus mauvais état que ne le laisse le croire les chiffres.
La pente n'est pas douce, elle est raide.
Ce Gouvernement de Technocrates Socialistes est en train de créer un clivage social irréparable.
En plus de spolier le bien Privé, il s'arrange pour faire haïr par la masse ces leaders créateurs de richesses, d'emplois, et de développement économique.
Je parle de ces petits entrepreneurs qui travaillent 90 heures semaines a créer du développement pendant que d'autre attendent sans risque, le steak sur une chaise, que le Gouvernement leur donne la becquet.
Moi pas.
Ce gouvernement existe en raison de ce peuple qui a trop soif de socialisme, et qui a élu un gouvernement qui lui ressemble.
Quel honte pour tout les Français.
J'espère que l'on ne retient pas trop de la mêre patrie.
Qu'en pensez-vous Mme Marois!
Les Français ont refusé les paroles de l'ancien Président car elles étaient trop réalistes.
C'est exactement pareil ici avec le monde qui croit encore au Miracle Péquiste...et voit Marois faire exactement le contraire de ce qu'elle promettait pour se faire élire....manque de Réflexion de la masse, influence des slogans creux sur du monde bien naïf.
Ce n'est pas aussi simpliste. Je pense que la platte-forme électorale de Marois était honnête et réalisable pour un gouvernement majoritaire. Il y a des obstacles infranchissables quand on est minoritaire et que les états financiers de la Province s'avèrent bien pires que prévu. Il faut admettre que malgré tout, ce gouvernement a réussi à tenir plusieurs de ses engagements et ce n'est pas fini. Je ne prends pas la peine de les énumérer, on peut les retrouver sur le site du PQ, entre autres.
On se feras un autre millionnaire pour le plaisir de s'en plaindre.
Génial ce M. Depardieu ,un bon coup publicitaire pour la sortie de son prochain film, que tous les badauds de ce monde iront voir.
Une super publicité à l'échelle mondial et ce gratuitement..............Parler de moi en bien ou en mal ........pourvu que vous s'en parliez.
Il y a pour toute patrie, pour toute communauté des choses qui ne se comptent pas et qui ont humainement beaucoup plus d'importance en terme de cohésion. Il y a des valeurs, des principes universels, ces inutiles essentiels, qui ne se trahissent pas. Cette économie de marché globalisée et ses fondements sont en train de détisser nos liens sociaux, nos idéaux, nos principes fondateurs pour les remplacer par l'individualisme et le pouvoir du fric.
J'ai mal à ma France, mais je l'aimerai sans lui ... et tant mieux si ce triste vaudeville est une invitation à lever la tête et à y réfléchir
Très bon texte, en passant.