LES BLOGUES

Lettre à l'imam Hamza Chaoui

30/01/2015 03:59 EST | Actualisé 01/04/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Salut l'imam,

Ça fait quelques jours que je te vois dans les journaux, j'avais envie de te dire un petit mot. Tu peux défroncer le sourcil touffu et inquisiteur, tu vas voir que je suis pas mal plus de ton bord que ce que tu penses.

Pour t'en convaincre, sache d'abord que leur connerie de charte, je n'en ai jamais voulu, et pas seulement parce qu'elle était portée par un ancien journaliste au charisme et à l'intelligence d'un poulpe en phase terminale, mais parce que je trouvais qu'on n'avait pas besoin de mode d'emploi pour vivre ensemble, que les quelques règlements intérieurs qui nous régissaient étaient amplement suffisants. Et je le pense encore. Puis contrairement à d'autres, je m'en fous un peu moi des chiffons. Y'en a même que je trouve pas mal beaux, tu vois. Bref, retiens juste que ce que tu es, que l'ensemble des signes extérieurs de tes croyances et de tes traditions ne m'empêche pas vraiment de dormir. Mieux, j'ai du plaisir à me promener dans une ville colorée et plurielle. Épicée, comme dirait l'autre toton.

Tu sais, concernant la foi, le bon dieu, Allah, tout le bordel, j'y ai bien pensé, et je ne suis pas prêt à revirer tout ça de bord comme c'est la mode en ce moment. Je ne trouve pas mon bonheur dans la grande chorale des athéistes, pas plus que je ne le trouve dans une église d'ailleurs. Tu vois, je suis du côté des agnostiques. Je sais que ça ne fait pas ton affaire et que tu me voudrais dans ta mosquée, mais au lieu de me souhaiter les brûlures de l'enfer, essaie au moins d'apprécier mon questionnement et le doute qui m'habite comme une forme de spiritualité.

Si on parle de toi dans les journaux ces temps-ci, c'est parce que t'as fait une demande de permis pour ouvrir une sorte d'école dans laquelle tu enseignerais ta religion. Enfin, plus exactement une vision plutôt rigoriste de l'Islam, semble-t-il. Dis-moi l'imam, t'as pas étudié en relations publiques toi hein? Je m'en doutais un peu. Se pourrait-il que tu aies choisi le pire moment de la décennie pour ouvrir ton échoppe? St-Jean-sur-le-Richelieu, Ottawa, Paris, ça te dit quelque chose? Se pourrait-il aussi qu'en tenant un discours moyenâgeux et barbare, particulièrement au sujet des femmes, tu te sois un peu pris la babouche dans ton beau tapis persan? Je t'aime bien l'imam, mais christ.

Les femmes, mon sourcil, sont libres ici. Au début, on était comme toi, on n'était pas sûr, mais on a quand même essayé. Et bien l'imam, figure toi que c'est pas si mal! Certes, elles sont encore très dépendantes quand il s'agit d'ouvrir un pot de cornichons, mais pour le reste, je te jure, c'est plutôt génial de vivre à leurs côtés. Sérieux, tu devrais essayer.

Ah oui, une autre affaire qui me fatigue, Hamza, c'est ton côté un peu belliqueux. C'est quoi cette connerie de vouloir couper la main des voleurs? C'est une image? Comme Jésus qui marche sur l'eau? J'espère, hostie.

Je te l'ai dit, j'ai le respect des croyants et de leur foi. J'ai vu, chez la plupart d'entre eux, de la bonté et une vie intérieure qui me semble plutôt riche et paisible. Et je sais que l'Islam est plein de cette bonté, de cette paix, et de cette richesse-là, c'est pour ça que je ferai toujours des pieds et des mains pour convaincre mes semblables qu'on peut vivre ensemble, ici. Mais gros, je serai pas négociable sur la violence, autant celle des mots que celle des actes. Le sourcil, il va falloir le défroncer une fois pour toutes, si tu veux que je continue à jouer dans ton équipe. Si tu penses vraiment qu'un dessinateur doit mourir d'avoir dessiné un hypothétique prophète, qu'une femme ne peut pas sortir toute seule, ou qu'un blogueur doit être fouetté pour avoir écrit, tu vas me perdre, parce que c'est bien là que s'arrête mon exotisme. Il va falloir mettre de l'eau dans ton thé, l'imam. J'ai comme l'impression que ce serait le bon temps.

T'as de la chance d'être tombé sur moi au fond, l'imam. Mon père, qui mange actuellement son chou kale par la racine, il voulait tuer tous les curés. Nul doute qu'il t'aurait mis dans le même panier. Mais c'était pour rire, c'était une image, tu comprends Hamza, une image. Il n'a en vérité, jamais fait de mal à une mouche et il m'a transmis, au contraire, le plus beau des enseignements: la tolérance.

La tolérance. Cherche dans ton cœur et dans ton bouquin l'imam, je sais que c'est dedans.

Allez, bisous.

(relaxe, je déconnais)

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

9 religions vraiment bizarres

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter