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Pardon pour la casserole

Publication: 30/05/2012 07:43

C'est fini. Enfin presque. Enfin sûrement. Enfin j'imagine. Il faut sauver les festivals, le grand prix, le dollar. Priorités.

Tu te souviens de moi le jeune? C'est moi, le passant. Je t'écrivais, c'était au début, c'était en mars, je te parlais de mon impuissance et de mon scaphandre. Je te demandais de l'aide.

Tu te souviens pas ? Je comprends. Avoir pris autant de coups de matraque sur la gueule, avoir été poivré comme un steak à relever, ça se peut bien ...

Je te demandais de l'aide, comme ça :

Oui je les ai les REER, les flos, le bungalow et le ventre moins dur, mais si tu savais ... si tu savais, malgré tout ce que je projette de pitoyable à tes yeux, combien mon âme est en éveil, et combien tes colères sont les miennes. Si tu savais, malgré le pli imposé de mon pantalon, l'immensité de mon indignation. Je hurle en silence sur ce monde dont tu ne veux pas, j'égorge et découpe de mes pensées les porcs dégoulinants de profits, je pleure le collectif perdu, je n'ai, envers cet individualisme d'accumulation, qu'une rage bestiale. J'ai honte de cette société de dégénérés qui n'a foi que dans la productivité, au cynisme rentable et sans limite, qui n'hésite pas, sans que jamais le scrupule ne l'effleure, à laisser sa jeunesse dans la merde, sa vieillesse dans la pisse. Au policier qui t'a laissé tout seul la gueule en sang, je lui souhaite, comme le fit jadis Primo Levi, que sa maison s'écroule, que la maladie l'accable, que ses enfants se détournent de lui ...

C'est le temps de se dire salut. Est-ce que tu t'es fait fourrer ? Évidemment. Mais c'est pas grave. De ce que tu m'as montré, je ne suis plus inquiet pour toi, je sais que tu sauras faire face.

Il y a de l'orage ce soir. Plutôt que de remplir les casseroles, la pluie va vider les rues, sûrement, irrémédiablement.

C'est pas évident les adieux. On n'a jamais le bon mot. Merci. C'était bien. Prends soin de toi. Merci encore hein. Vraiment.

Tu dois rentrer amer et pensif. À poil, la gueule en sang, blessé à vie, de jour, de nuit, à Victo, sur le plateau. T'as payé cher ta session. Quand t'as eu besoin d'aide, à plat ventre, les mains dans le dos, tu nous as regardés. À travers les bien fait pour ta gueule, fleurons de notre économie, le petit réconfort de la quincaillerie. C'est tout ce qu'on a été capable de faire, s'agiter la casserole entre 8:00 et 8:30, dans notre quartier, loin du gaz et de la matraque. On n'y a pas vraiment cru, mais ça nous a donné l'impression d'exister un petit peu. Un tout petit peu.

C'est pourtant ce qui va rester. Le gueling-gueling. Parait même qu'il y a des T-shirts. Il n'y avait pourtant rien à célébrer. Bien maladroits, on a changé ta lutte en folklore printanier. Un festival de plus.

En mars je te disais merci, aujourd'hui, je te demande pardon.

 

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10:05 sur 30/05/2012
Savoureux Savignac, tu as contribué bien plus que tu ne le crois à cet éveil du petit bourgeois endormi (dont je fais indubitablement partie) par ta plume acérée et redoutable. Je me suis suis même "pognée" avec ma soeur presque jumelle à cause de toi! Mais je t'en remercie et je t'en conjure, ne range pas ta plume; pas encore.

Nous savons tous que cette "crise étudiante" n'est que la pointe de l'iceberg et que ce qui se trame en filigrane, lentement mais sûrement est bien plus terrible encore. Maintenant qu'on a les yeux ouverts, les sens à l'affut, l'indignation à fleur de mots, c'est pas le moment de se rendormir.

Les Libéraux sont toujours au pouvoir et peuvent être ré-élus! Les Conservateurs s'emploient jour après jour à gruger les acquis sociaux, sabrer dans la culture, prôner la répression plutôt que la réhabilitation, vanter les mérites des sables bitumineux, etc. (La liste est trop longue).

Il y a évidemment un discours qui sert à justifier ces décisions: "On a plus les moyens de maintenir les programmes sociaux; On est trop endettés". On nous martèle cette grande "vérité" jour après jour si bien qu'on la gobe sans se poser de question et on la propage à notre tour sans réaliser qu'elle ne sert que l'intérêt des gens qui sont au pouvoir.

Posons-nous des questions, réfléchissons par nous-même, éduquons-nous en variant nos sources d'information. Et propageons la vérité.

On a encore besoin de toi Savignac!
11:05 sur 30/05/2012
Désolée pour le tutoiement... ce doit être l'émotion!
SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
doos12
11:27 sur 30/05/2012
on pourrait demander l'aide des artistes, ils sont tellement credibles. Pourrait mettre Dan Bigras en charge
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Pierre Deruelle
pierre m de ruelle
16:41 sur 30/05/2012
en charge:
et aussi au fantome de Seraphin Poudrier, dans un feuilleton que je viens de decouvrir sur la 31... un bon comptable a preter aux forces en presence... viande a chien lol+:))
Cet utilisateur a choisi de ne pas participer au système des médailles.
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Pierre Deruelle
pierre m de ruelle
09:07 sur 30/05/2012
Tout ces bruits de metal, me font penser a un retour de l'age de fer..... le rideau n'etant pas loin au rytme ou vont les choses
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
Zinzolin
Mauvais esprit
08:35 sur 30/05/2012
Bonjour, Savignac...
Ne soyez pas amer, chaque petit peu compte et, à tout prendre, il n'est pas sûr que les bong-bong sur les casseroles aient été pour rien dans les négociations qui ont repris entre les étudiants et le gouvernement.
Bon, en même temps, voyant cela de France, ma vision est peut-être faussée...
En tous cas, vos étudiants ont donné au monde une belle leçon d'indignation et votre gouvernement une belle leçon d'anti-démocratie, ce qui n'est pas rien...
Les petits ruisseaux font les grandes rivières.