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Défunts du monde

Publication: 15/12/2012 13:18

J'hésite entre le iPad mini et le Galaxy Notes, c'est tannant. C'est important de ne pas se tromper sur la taille de l'écran, la durée de la batterie. Il faut que je trouve une solution. D'ici là, laissez-moi vous partager mes préoccupations confuses d'apocalypse et mes angoisses d'empathie aussi hivernales que passagères.

La fin du monde

La compassion est au coeur de décembre. C'est la saison des pauvres comme dit Pascal Henrard, un peu optimiste. Si seulement il s'agissait d'une saison, une vraie, toute entière... Comme je suis généreux, j'ai donné neuf dollars à la guignolée. En fait j'ai donné un dix, mais j'ai demandé du change, pour mon café. Je suis allé faire un tour dans un refuge aussi, parce que je suis formidable. J'ai dit à la madame que je voulais bien aider, mais que j'avais peur d'attraper des poux. Elle m'a répondu que sa maison était bien tenue, que j'avais des préjugés, et que je n'avais pas de cheveux.

Je ne sais pas quoi faire avec la pauvreté, je suis tout fourré. Donner, pas donner, combien, un peu, des sous, ma vieille chemise, du temps, du dentifrice. Non, je suis pas bon en pauvreté, elle me l'a dit la madame du refuge: "On a beaucoup d'aide en décembre, c'est bien. Mais vous savez, en février, on en aura encore besoin, mais vous serez sûrement dans le sud." C'est vrai, je change de pauvres en février. D'ici là, quelques uns mettront fin à leur monde, comme par deux fois cette semaine, sous les roues du métro, m'obligeant à prendre un taxi. Neuf dollars de taxi.

La faim du monde

La Corne de l'Afrique. C'était en 2011, en été. Cinquante dollars à la Croix-Rouge, avec reçu d'impôt. Un an plus tôt, Haïti, avec reçu d'impôt aussi. Peut-être qu'un peu de riz s'est rendu. Je ne sais pas, c'est plus au Télé-journal. La fin du monde aura bien lieu le 21 décembre. Le 22 aussi, puis le 23, et tous le jours qui suivront, parce qu'un enfant de moins de dix ans meurt de faim toutes les cinq secondes.

La fin du monde c'est toutes les cinq secondes parce qu'il est toujours permis de spéculer sur les matières essentielles que sont le riz, le blé et le maïs, ce qui a pour effet de faire flamber les prix et d'affamer des régions entières du globe. Seuls les grands dirigeants du monde peuvent mettre fin à ces pratiques meurtrières, mais je ne les fréquente pas. D'ici là, Jean Ziegler continuera d'hurler qu'il n'y a pas de fatalité, que chaque enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné.

La fin de l'immonde

Une autre fin du monde a eu lieu hier, au Connecticut. Vingt enfants ont été abattus dans une école primaire, parce que la liberté est fondamentale, et que la liberté première, c'est de pouvoir se défendre, et que pour pouvoir se défendre, particulièrement contre les enfants de huit ans, il est essentiel d'être armé.

Barack Obama, comme dans Star Académie, a reçu la récompense avant le travail: il nous doit un prix Nobel de la paix. S'il ne peut arrêter la folie des hommes, il a la devoir de la désarmer. D'ici là, il nous invite à pleurer et à prier. J'espère que ça suffira.

Vendredi prochain

Ce ne sera pas la fin du monde, c'est une croyance grotesque. Moi, j'aurai pris ma décision, ce sera sûrement l'iPad mini, meilleur écran, meilleure batterie. Je regarderai là-dessus toutes les prochaines fins du monde, et j'essaierai de m'en rappeler de temps en temps que même si je suis petit et impuissant à changer le monde, un dollar, celui de mon café de l'autre fois, c'est le prix d'une nuit et de deux repas à la Maison du Père, ici, à Montréal. Peut-être juste assez pour pas trainer près du métro.

Bonne conscience? Peut-être. Mais dans bonne conscience, y'a au moins conscience.

 

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