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Théorie sexuelle et à peine farfelue de la révolution

Publication: 27/10/2012 10:34

N'est pas Gérald Fillion ou Ianik Marcil qui veut. Moi, je suis plutôt du genre rêveur, sans rigueur, et loin de mes sous. L'économie, c'est compliqué pour moi. Les quelques trucs que j'y comprends me font à peine réfléchir; ils ne font que me mettre en colère.

Je sais toutefois que les banques dirigent, je sais que l'entreprise tyrannise, je sais que la spéculation affame et tue chaque jour. Le peu que je sais, c'est que cette course folle aux profits, insensée et cynique, est la chronique annoncée de notre malheur déjà débuté. Un Occupy et un printemps plus tard, en dépit de la lucidité de l'indignation, je comprends combien la machine est puissante, et les silences d'automne du parc Zuccotti et du Square Victoria me chuchotent, ou la patience, ou la résignation.

Pourtant, en tant qu'économiste de taverne, je pense avoir trouvé la solution. Les choses de l'esprit éloignent trop des choses de la chair, et l'élite révolutionnaire a trop cherché dans sa tête ce qui se trouvait finalement dans nos culottes. Par conséquent, il ne faut pas se lancer dans une ré-appropriation privée des moyens de production, mais plutôt dans une ré-appropriation massive des moyens de reproduction. En termes moins savants, pardonnez mon érudition aussi économiste que soudaine, il s'agit effectivement de faire l'amour, et de faire des petits. Plein de petits. Pourquoi? Pour créer la force démographique qu'auront besoin les générations futures pour résister à l'ogre néo-libéral infernal.

Je vous entends d'ici me rétorquer que nos grands-parents le firent jadis, au lendemain d'une trop longue guerre de chastes privations, et que leurs galipettes méritées et répétées ne donnèrent naissance qu'à une génération spontanée d'enfants gâtés qui, après un trop bref passage dans le monde libre et chevelu du LSD, nourrirent la bête immonde comme jamais, pour leur unique confort, au mépris de leurs propres enfants. Et vous avez raison, les baby-boomers nous ont salopé la planète comme jamais, ils se sont enrichis grassement, nous laissant avec ce dilemme invivable: Apple et la simplicité volontaire.

Mais tout n'est pas sombre. Et en tant qu'économiste fraîchement nommé, laissez-moi vous apporter la bonne nouvelle: ils-s'en-vont! Certes, ils vivront jusqu'à cent ans et nous coûteront les yeux de la tête, parce que ces fainéants ont délaissé la mine pour le bureau climatisé, mais ils s'en vont en retraite, et c'est maintenant. Alléluia.

Saluons donc les élans libidineux de nos aïeux, car ils nous ont sauvé du capitalisme, et la révolution peut enfin commencer. En effet, cette génération d'embonpoint libère le plancher pour la Floride, et comme elle avait découvert la pilule, elle nous laisse sans frère ni soeur, mais libère ainsi une quantité d'emplois extraordinaire.

Ainsi, la tyrannique entreprise, qui hier encore nous exploitait et nous aliénait en faisant planer sans cesse au dessus de nos têtes, par abondance de main d'oeuvre, la menace du congédiement, se retrouve bien mal prise avec nous, qui sommes issus de familles de un virgule un enfant par perron.

Résumons maintenant: le capitalisme aliène l'humanité, au moins depuis la moitié du XIXème siècle. Nos grands-parents, éloignés par la guerre, se retrouvent vers 1945 et copulent à gorge déployée. S'en suit, neuf mois plus tard, une génération de futurs gros, hirsutes puis égoïstes, la gueule en permanence dans le garde-manger, à la capacité de reproduction chimiquement affaiblie. Pour s'occuper, elle consomme comme jamais et développe une économie déshumanisée et sordide. Au début des années 2010, elle décampe enfin, laissant derrière elle un champ de ruine, mais des emplois par milliers. La tyrannique entreprise, dépourvue du chantage au chômage, est désarmée. Le peuple, devenu important parce que rare, peut enfin dicter sa loi: l'exploitation est finie, tyrannique entreprise, si tu veux vivre, traite-moi désormais en humain.

Faisons donc l'amour à foison et faisons des enfants par douzaines, maintenant. Créons des baby-boomers à nouveau, juste pour qu'ils se gavent et décrissent, pour le bonheur de la génération suivante. En tant qu'économiste nouvellement installé, j'offre donc cette théorie à mes contemporains: Baisons, on sauvera une humanité sur deux. C'est mieux que rien.

 

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