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Le monstre, la chanteuse et Le Devoir.

Publication: 11/01/2013 09:22

Mon futur ami Pascal Henrard signe pour Urbania cette semaine un texte qui revient sur l'affaire Jun Lin, le malheureux Chinois divisé et éparpillé cet été à Montréal par un Ontarien diablement carencé et portant un nom grotesque de série B. Un nom qui nous vient automatiquement en tête puisqu'il bénéficia, et bénéficie encore, d'une couverture médiatique remarquable, à tel point que la Presse Canadienne, dans une maladresse difficilement pardonnable, en fit la personnalité médiatique de l'année 2012.

Certes la nouvelle n'est pas neuve, mais Henrard a le mérite d'y revenir avec un recul intelligent, distant de toute panique, pour nous rappeler avec des mots pesés que la quête ultime de ce mollusque sans talent et sans âme était de rencontrer la célébrité, et à tout prix. Et Henrard s'impose ce devoir, pour faire échouer le dessein de cet aliéné, de ne pas le nommer, pour ne pas le faire triompher. Devoir qui, de toute évidence, a échappé à nombre de rédactions, au point d'atteindre ce classement absurde et honteux, obtenu au prix morbide d'un sensationnalisme rentable. D'aucuns diront qu'Henrard, et moi-même ici, contribuons aussi à ce bruit médiatique par ce débris tant souhaité. Il va de soi que le commentaire est recevable, mais je me permets de répondre que je pense foncièrement qu'il y a une nuance entre la nécessité de ne pas oublier Jun Lin, son calvaire et celui de sa famille, et la diffusion irréfléchie et mercantile du nom et du visage de celui qui en rêvait tant. La notion de devoir est celle-là, je crois, de rappeler que Jun Lin fut un homme, et que l'autre ne fut qu'une fiente qu'il faudra toujours se souvenir de toujours oublier.

Autre scandale, plus récent: Anik Jean sort un disque. Non, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ou ce que j'aurais mal dit... Au risque, je reprends: scandale à l'occasion de la sortie du nouveau disque de Madame Huard. La tendre rockeuse - j'ai lu ça un jour dans le Voir - a envoyé à plusieurs journalistes des lettres anonymes et menaçantes, faites de ses blanches mains, et composées de lettres d'imprimerie collées et disparates, qui ne sont pas sans rappeler les grandes heures du haut banditisme et les pochettes des disques des Sex Pistols. Sur ces lettres scrapbookées et terrorisantes, on pouvait y lire "minable" et "Je n'arrêterai pas".

Parenthèse: je suis pris d'une soudaine panique. Pendant que j'écris ce texte, et que par conséquent j'effectue des recherches rigoureuses pour le documenter avec le plus grand soin, je m'aperçois que Sophie Durocher vient d'écrire sur le sujet. Et alors que je m'apprête à dévorer Madame Martineau -- c'est une image -- je me rends compte que je n'ai pas versé ma dîme de quatre-vingt-dix-neuf sous au site du Journal de Montréal, et que par conséquent son texte ne m'est pas accessible. Sueurs. Courir le risque de ne pas la lire et échapper la substantifique moelle de l'affaire Anik Jean, ou défrayer? On est en janvier, la dinde n'est même pas finie de payer, et puis j'ai acheté le Devoir ce matin. Ça ferait beaucoup de frais pour rien.

Le Devoir. Voilà un journal sérieux. Sérieux, mais pas à l'abri du marketing approximatif de Madame Rogatien. En effet, le chroniqueur culturel Sylvain Cormier a lui aussi reçu ces fameuses lettres qui se voulaient, on l'apprendra plus tard, des outils de promotion de l'album Schizophrène. Le journaliste, perturbé, et n'écoutant que son devoir, décida même d'alerter la Sûreté du Québec. Tout cela s'est déroulé en novembre et décembre de l'année échue, et c'est cette semaine qu'on apprend qu'il ne s'agissait non pas de menaces, mais simplement de publicité, bien maladroite, mais finalement inoffensive, pour le nouvel opus de la chanteuse.

L'affaire aurait pu en rester là, dans le soulagement tolérant d'une menace envolée dans des riffs de guitare aussi creux que facultatifs, mais Sylvain Cormier est fâché, et déclare, probablement endossé par son journal: "Pas de critique du disque, pas d'entrevue, pas de critique du spectacle, rien. Plus jamais rien. Fini. »

Certes, Anik Jean n'a pas inventé l'eau chaude, ce qui en soi n'est pas une révélation, et la livraison de sa marchandise est d'un goût douteux, convenons-en. Mais une question me taraude... le Devoir, journal appliqué, attentif et conséquent, s'il a décidé de sanctionner la rockeuse de sa maladresse par un silence annoncé et vengeur, pourquoi n'en a'il pas fait autant avec l'autre, le sordide, celui que Pascal Henrard nous supplie, comme un devoir d'humanité, d'enterrer de nos silences?

 

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Date de publication  | 
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14:34 sur 13/01/2013
Le critique de devoir à le mérite de dire vrai. Le marketing qui s autorise tout et n importe quoi plus capable. Ce que les journalistes ne disent pas par exemple en matière musicale combien de disques dont ils ne parlent pas par goût culturel et lectorat et autres critères
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ombriere
08:28 sur 12/01/2013
le silence de pascal sur le huff m'attriste un peu. il y a des silences plus désirés que d'autres. bien sur la recherche du vedettariat peu prendre des chemins totalement ignoble et je n'arrive pas à comprendre cette attirance pour le morbide de la part des journalistes et de leur salle de rédaction .mais d'en faire la personnalité médiatique de l"année est parfaitement irréfléchi et imbécile. je crois que les sensibilités de certaines personnes sont déplacés et bourgeoises on s'offusque d'une pub mal faite et met le silence radio sur la personne mais donne la une à une limace en mal de célébrité . ...ha misère.
01:23 sur 12/01/2013
Cheap shot. Prêter au Devoir les intentions de l'un de ses journalistes. Franchement!
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Slash22
Quot homines, tot sententiae.
20:57 sur 11/01/2013
« Le silence se meurt, le bruit prend partout le pouvoir ; c'est la seule calamité écologique dont personne ne parle.» de Alain Finkielkraut
Je me suis expatrié en campagne il y a maintenant 17 ans. Et la ville ne me manque pas du tout. Pour quelques citadins de ma connaissance, le silence de mon coin de pays est insupportable. Cela les oblige à faire face à leur vide intérieur... Je crois que certains journalistes et/ou blogueurs auraient intérêt à penser à se ressourcer. Trop de choses sont dites ou écrites et ne devraient pas l` être, par souci du contenu, par pudeur ou par simple civisme.
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Laurence Jacques
le rire est le plus beau son de la nature
16:52 sur 11/01/2013
Le journal voulait faire un style: "Le bon, la brute et le truant" et il a faite "Le monstre, la chanteuse et le Devoir". Ahhhhh les journalistes!!!! C'est cowboy l'affaire!!!
12:39 sur 11/01/2013
Puisqu'il est question de silence, de vide et de Pascal...

«Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.»
Cet utilisateur a choisi de ne pas participer au système des médailles.
12:31 sur 11/01/2013
Encore de la prétérition!
12:25 sur 11/01/2013
J'aime bien vous lire, et je comprends votre point. Désir de célébrité dans les deux cas, et si Mme Jean mérite le boycott l'innommable le mériterait aussi certainement. Mais il s'agit d'une décision personnelle. Probablement que la frustration de Cormier est proportionnelle à l'angoisse qu'il a vécue.
Cet utilisateur a choisi de ne pas participer au système des médailles.
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11:59 sur 11/01/2013
Les lecteurs du Devoir ne sont probablement pas la clientèle de cette chanteuse. et par ailleurs je ne saisis franchement pas le lien avec Eric Newman ou si vous préférez Magnotta
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musael
Ad majorem consciencia
11:55 sur 11/01/2013
L'ironie c'est que vous utilisez un prétexte, A. Jean, pour réussir à parler et refaire parler de M....
C'est tout ce que j'ai retenu de votre texte. Si vous tenez tant à ce qu'on n'en parle plus pourquoi ne pas montrer l'exemple?
11:13 sur 11/01/2013
Vraiment une étrange de comparaison ici!! :/
C'est quoi ce post?!
La situation d'Anik Jean qu'on met côte à côte avec Magnotta??!!

Il ne publie pas d'article sur ce tueur dans le but d'en faire de la promotion!
Et si le Devoir à décidé de ne pas se soucier de l'existence de Mlle.Jean et bien c'est tant pis pour eux, je ne crois pas qu'Anik soit sur le bord du suicide pour autant!! Mais faut savoir vivre avec les conséquences de nos actes que cela soit négatif ou bien positif!

Nous sommes nous déjà ''empêchés'' de parler ou de dire le nom de Clifford Olson, Robert Pickton, Russell Williams, Charles Manson ou bien de John Joubert ? En quoi Magnotta est-il différent?

Ouep et bien définitivement dans la vie, il y a des junkies, des tueurs en série, des gens qui violent du monde et beaucoup d'autres sortes n'est ce pas ! ;)
01:25 sur 12/01/2013
Mon dieu que votre nom d'avatar vous va bien.
10:12 sur 11/01/2013
Petit texte à la mode sans véritable propos. Passons à autre chose.