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«Le début de la fin de l'esclavage»

28/03/2013 10:01 EDT | Actualisé 28/05/2013 05:12 EDT
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Il y a certains aspects de la culture brésilienne auxquels je ne m'habituerai jamais. La relation particulière entre patrons et domestiques, par exemple. Comme lorsqu'à la fin d'un dîner avec la famille de mon mari, une clochette est utilisée pour aviser la bonne qu'il est temps de ramasser la table. Malaise...

Ici, les foyers de classe moyenne ont habituellement une auxiliaire. Une personne pour cuisiner, épousseter, repasser, en plus de prendre soin des enfants et promener le chien. Chez les plus riches, ces tâches sont partagées entre plusieurs serviteurs.

Le Brésil est le pays qui compte le plus grand nombre de travailleurs domestiques au monde : 6,653 millions. 9 sur 10 sont des femmes et 60 % d'entre elles sont noires. Mais les choses ont beaucoup évolué ces dernières années. Les possibilités d'emplois et de cours techniques se sont multipliées, ouvrant ainsi des portes aux plus défavorisés. Entre 2009 et 2011, plus de 500 000 professionnels ont abandonné le métier.

Ce mardi, Brasilia a approuvé un amendement constitutionnel élargissant les droits des employés de maison. Un texte qui, selon Eleonora Menicucci, ministre de la Condition féminine du Brésil, marque «le début de la fin de l'esclavage». Il était plus que temps.

La première loi encadrant le travail des domestiques a été votée en 1972, 29 ans après l'instauration de la législation travailliste brésilienne. En 1988, une deuxième mesure a été adoptée. Avec la toute dernière révision entérinée cette semaine, ménagères, cuisinières nourrices, jardiniers et chauffeurs ont enfin le même statut que les autres travailleurs du pays. 16 nouveaux droits leur ont été accordés. La journée de 8 heures, les heures supplémentaires payées et l'assurance en cas d'accident de travail sont parmi les acquis. Une avancée historique qui démontre que le peuple brésilien prend de la maturité, même si la lutte contre les inégalités sociales ne fait pas le bonheur de tous.

Dans ses pages éditoriales, le plus important journal de Rio, O Globo, s'est positionné contre la réforme, argumentant que ce changement allait engendrer un poids sur une classe moyenne déjà trop imposée, et par conséquent, entraîner des mises à pied et encourager l'économie informelle. «Entre le fait de compromettre le budget familial ou renvoyer sa domestique, il est facile de prévoir ce que le patron choisira», était-il écrit en exergue.

Voilà la mentalité d'une minorité très bien nantie. Une infime partie de la société qui ne survit pas sans aide domestique et qui croit que les aides-domestiques ne survivent pas sans elle. Ces gens qui n'ont jamais fait un lit et qui ne savent pas comme utiliser une machine à laver. Cette élite réfractaire qui pense que le coût de la vie n'augmente que pour elle et qui n'éprouve aucune empathie pour leurs empregadas, qui elles aussi ont des enfants à nourrir, des devoirs à superviser, des soupers à préparer et des bains à donner. Cette classe convaincue que le travail domestique est un service essentiel qui doit être bon marché. Idée héritée de l'esclavagisme, pourtant aboli il y a 125 ans.

Mais cette bourgeoisie devra s'y faire parce que la victoire des domestiques modifiera les structures sociales. Il y aura des mises à pied, certes, mais heureusement, les perspectives d'avenir ne manquent plus pour celles qui devront changer de carrière. Et pour les autres qui continueront dans le métier, elles verront la relation avec leurs employeurs évoluer. De personnel ou même affectif, le lien deviendra de plus en plus professionnel. Un pas de géant dans un des pays les plus inégalitaires au monde.

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