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Avoir le choix, une liberté?

10/06/2014 10:46 EDT | Actualisé 10/08/2014 05:12 EDT

L'été s'en vient, Geneviève et Jean feuillettent un magazine de voyages pour personnes âgées. Où partir cette année ? L'automne est là, bientôt la rentrée, Marc-André tire ses parents devant le sac d'école qu'il a repéré. Déjà l'hiver, Audrée hésite devant la case à cocher pour les cours de la session prochaine.

Tous les jours, ce même petit temps d'hésitation, la tête penchée. Je choisis la marque de mon yogourt, je choisis où sortir ce soir, je choisis le fond d'écran de mon iPhone, je choisis le programme à regarder à la télé. Les industriels se démènent pour inventer des produits à fabriquer sur mesure, personnalisables, pour que je puisse, à tout moment, choisir. Plus j'ai le choix de mes produits et de mes sorties, plus je consomme. Parfois, je reste longtemps à hésiter, et ça m'angoisse. C'est comme si la possibilité de choisir me figeait. Pourtant, le choix c'est la liberté, la possibilité d'aller ailleurs, d'aller autrement.

Je vis dans une société où je peux choisir mon métier, mon lieu de vie, ma religion. Des acquis précieux et fragiles, que beaucoup de mes contemporains n'ont pas et pour lesquels des hommes et des femmes se sont battus pendant des siècles. Pourtant, les choix que je fais au quotidien dans le jeu préprogrammé de la consommation me paraissent différents, comme s'ils n'avaient rien à voir avec mon pouvoir de décision.

Pourtant, chaque fois que je consomme, je fais un choix plus profond que celui de la couleur de mon chandail ou de la marque de mon cellulaire. Quand j'achète un vêtement teint en Asie par des enfants, je choisis le modèle de délocalisation des entreprises pour une exploitation de la main d'œuvre. Quand je mange des fraises en hiver, je choisis une certaine agriculture au détriment de l'agriculture locale. Quand je lis un journal gratuit ou que je vais voir un spectacle gratuit non financé par une institution publique, je choisis le fait que le journalisme ou la musique ne sont pas des métiers qui méritent un salaire. Ces choix cachés, je choisis de ne pas y penser, sinon je devrai remettre en question tout mon mode de vie.

D'autres choix paraissent inenvisageables : ne pas emporter son cellulaire chaque fois que je sors, fêter Noël autrement que par l'achat de cadeaux, payer à l'artiste le prix d'un billet et laisser ce que je peux dans un chapeau pour payer la bière au bar. Impossible d'envisager ces choix... et pourtant, il me semble que dans ces gestes minuscules se loge ma liberté, enroulée comme un serpent endormi, et qu'il suffit de la dérouler chaque jour dans mon quotidien, pour qu'elle se déploie et trace de nouveaux rails à ma vie.

En ce moment, en Europe, les citoyens se voient confisquer, par le traité transatlantique, le droit de choisir ce que leurs enfants mangeront, les conditions dans lesquelles ils travailleront et la manière dont leurs énergies seront exploitées. Savoir ce qui est important de choisir et ce qui ne l'est pas, distinguer les choix qui nous rendent libres et ceux qui nous aliènent, pourrait avoir une importance salutaire pour savoir si cette période que nous traversons sera un écroulement de notre civilisation ou un renouveau.

«Des scènes au quotidien», une chronique qui décrit chaque semaine une scène de notre vie quotidienne, apparemment banale, et en retire des questionnements sur nos habitudes, nos valeurs, nos préjugés, nos attentes. Parce qu'une société se comprend et se change d'abord par ses petits gestes. Et parce que les évidences sont faites pour être retournées.

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