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Faut-il «magasiner» ses médicaments?

Dans bien des industries, les petites économies irréfléchies et à court terme se font souvent au détriment de la population en général et au profit d'une poignée de milliardaires.

15/09/2017 06:00 EDT | Actualisé 15/09/2017 06:35 EDT
Getty Images/iStockphoto
L'aide à choisir les produits en vente libre, les communications avec le médecin pour ajuster et améliorer les traitements, les conseils non pharmacologiques avaient une valeur qui dépassaient largement les quelques dollars économisés.

On est en 2014 et Philippe a 59 ans, il prend des médicaments pour la pression et le cholestérol. Il refuse les médicaments génériques et préfère les originaux qui sont entièrement couverts par son assurance privée. Il paie autour de 3000$ pour ses assurances par année. Il a dû changer de médicaments à quelques reprises et venait faire prendre sa pression régulièrement chez son pharmacien qui faisait le suivi de sa médication.

2016: Philippe a 61 ans, grâce à une nouvelle loi, son assureur ne couvre plus les médicaments originaux. Philippe est bien déçu, mais comme il ne peut pas décider de changer d'assurance et qu'il doit opter pour celle imposée par son employeur, il choisit d'opter pour les génériques pour éviter les excédents. Philippe espère que sa prime va au moins ainsi baisser, car les génériques sont beaucoup moins chers. Cette année, il a eu plusieurs rhumes et une sinusite et grâce aux conseils de son pharmacien de famille, il a pu éviter de prendre des médicaments en vente libre incompatibles avec ses médicaments et son état de santé.

2017: Philippe a 62 ans. La prime annuelle est de 3050$ malgré la prise de médicaments génériques. Les profits de l'assureur ont par contre augmenté cette année.

De précieux conseils sur l'alimentation et les mesures non pharmacologiques ont été prodigués dans un cadre agréable et sans frais.

Philippe a participé à une activité sur la santé cardio-vasculaire chez son pharmacien. De précieux conseils sur l'alimentation et les mesures non pharmacologiques ont été prodigués dans un cadre agréable et sans frais.

Fin 2017: Philippe lit dans les journaux qu'il faut magasiner ses médicaments et que les prix varient grandement d'une pharmacie à l'autre. Philippe a pour principe de toujours magasiner ses achats et décide qu'il va chercher à payer le moins cher possible. Son assureur fait la promotion d'une pharmacie postale qui serait bon marché.

Philippe transfert son dossier dans cette pharmacie, car les médicaments coûtent 20$ de moins par mois soit 240$ par année. Grâce à cette économie, Philippe va sauver 48$ par année et son assureur, 192$. Sa prime est maintenant de 3100$.

Sa pharmacie postale ne peut concrètement pas grand-chose pour lui.

2018: Philippe est souvent étourdi et pense faire des chutes de pression. Comme il aimerait retrouver son pharmacien de famille pour l'accompagner au jour le jour dans le suivi de ses dosages de médicaments. Sa pharmacie postale ne peut concrètement pas grand-chose pour lui. Son ancien pharmacien de quartier n'est plus là. Sa pharmacie a fermé, définitivement.

Philippe comprend finalement que son pharmacien ne vendait pas un vulgaire bien de consommation, mais bel et bien des soins. Il comprend que les conseils personnalisés qu'il recevait de l'expert du médicament à quelques pas de chez lui étaient précieux.

L'aide à choisir les produits en vente libre, les communications avec le médecin pour ajuster et améliorer les traitements, les conseils non pharmacologiques avaient une valeur qui dépassaient largement les quelques dollars économisés. Philippe comprend que son choix n'a en réalité servi qu'à enrichir la corporation d'assurance qui est la sienne et qui lui a été imposée par son employeur, sans possibilité de faire jouer la libre concurrence à son profit. Sa prime n'a jamais baissé.

2020: Philippe a 65 ans donc terminé l'assurance privée chèrement payée pendant sa jeunesse et qui ne servira à rien pour les années où il en aurait eu le plus besoin. Philippe doit donc composer avec un système de santé publique où les professionnels de la santé sont débordés et difficiles d'accès.

Et, il doit composer avec cela avec un précieux allié en moins, son pharmacien de famille.

Dans bien des industries, les petites économies irréfléchies et à court terme se font souvent au détriment de la population en général et au profit d'une poignée de milliardaires. Espérons que cela n'arrivera pas dans un domaine aussi critique que les soins pharmaceutiques.