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J'en ai assez de voir des femmes jouer les victimes

03/11/2016 10:29 EDT | Actualisé 06/11/2016 09:01 EST

Chère Safia,

Je ne savais rien de toi jusqu'à la récente folie médiatique sur ton look. J'ai donc consulté ta page Facebook, où j'ai appris que tu n'as aucun inconvénient à te changer lorsqu'il s'agit d'une séance photo, ou d'un événement familial. Je t'ai d'ailleurs trouvée fort jolie sur la page de «Les Singulières». Mais voilà, pourquoi enfiler un pantalon et un chandail noir lorsqu'on a l'occasion de faire la promotion d'un féminisme dogmatique.

La réaction du public, non seulement la voyais-tu venir, mais tu as tout fait pour t'assurer qu'elle se produise. Ton chandail Gerry boulet, minutieusement choisi d'avance pour mettre en évidence un double standard qui n'existe que dans ta tête, était la cerise sur le gâteau. Au niveau militantisme et féministe, c'est une réussite totale, la table étant mise pour aborder la «persécution des femmes».

Seulement voilà, je n'en peux plus. J'en ai assez de voir des femmes jouer les victimes, tout en mettant des œillères sur ce que peuvent vivre les autres. Je ne supporte plus de voir des femmes se cacher derrière le mot «vagin» pour ne pas avoir à faire face aux conséquences de leurs actions comme des adultes. Je ne veux plus voir des féministes prétendre au double standard, alors qu'elles le pratiquent elles-mêmes chaque jour, envers les femmes qui ne supportent pas leurs dogmes et aussi envers les hommes.

Lorsque tu refuses la responsabilité de tes choix vestimentaires pour un gala, pour te cacher derrière ton sexe et le prétexte que ces réactions sont dues à ton vagin, tu fais honte aux femmes. Sérieusement, serais-tu à ce point aveugle pour croire que cela n'arrive pas aux hommes?

Contrairement à ce que tu prétends, Gerry Boulet n'était pas bien vu par la communauté artistique à ses débuts, il n'était qu'un «bum sans culture». Il a lui aussi été critiqué et réprimandé pour ses choix vestimentaires, jusqu'à ce qu'il fasse ses preuves. Plume Latraverse à été traité de tous les noms et humilié lui aussi. Jean Leloup est passé par le même parcours, on ne parle plus de ses vêtements, mais des gens ne s'empêchent pas de rire de sa personnalité aujourd'hui.

Jean René-Dufort, tu connais? Il fut longtemps critiqué pour ses tenues lors d'événements, étant même snobé par la communauté journalistique. Il était vu comme un clown pathétique et les gens se tenaient loin de lui, jusqu'à ce qu'il fasse ses preuves. Son compère MC Gilles fut lui aussi critiqué et humilié pour ses tenues vestimentaires, même si l'approche pince-sans-rire était claire.

On souhaite que les critiques cessent, on veut que tu sois traitée avec délicatesse, presque comme un enfant. Ce support, c'est uniquement car tu es une femme.

Justin Bieber est devenu une honte canadienne et mondiale après avoir rencontré Stephen Harper en salopette, t-shirt et casquette. À croire qu'il n'y a pas que dans les galas qu'on souhaite un minimum de décorum. Dan Bigras a eu le pire des traitements, on pouvait voir à la télé la communauté artistique murmurer et sourire en coin lorsqu'il montait sur la scène d'un gala. Il était même méprisé par certains de ses pairs... publiquement. Il y a aussi ceux qui en faisaient «trop», par exemple Michel Louvain a eu son lot d'humiliation!

La politique n'est pas en reste, tu sais, un autre domaine où les femmes seraient supposément les seules critiquées? René Lévesque fut longtemps conspué pour son apparence générale et son manque de soin pour son «rang». Jacques Parizeau, lui, en faisait trop. Apparemment c'était un snob et ses costumes trois-pièces en étaient la preuve. Bernard Landry fut traité avec condescendance pour ses manières et sa façon de parler (audi alteram partem!).

L'objectification des élus? Il s'est dit des choses à l'époque sur Mario Dumont puis sur André Boisclair... aujourd'hui c'est sur Justin Trudeau. Jamais on n'oserait parler des femmes politiques de cette manière, ce serait inacceptable! Dans les magazines et les journaux, des sondages sur ce que les filles leur feraient au lit? Les sous-entendus, l'utilisation de mots comme «baisables» et «fuckable», dans les médias?

Voilà les noms dont je me suis souvenu en moins de 5 minutes, seulement au Canada. Ils ne se sont pas cachés derrière leur sexe, ils n'ont pas dit qu'on leur devait le respect. Ils se sont dit que dans la vie, si tu veux le respect et être accepté, tu dois retrousser tes manches et faire tes preuves. Il n'y a pas eu de sorties massives de vedettes pour les défendre, il n'y a pas eu non plus de mouvement de masse pour vanter leur authenticité et les supporter. La société ne défend pas les hommes, elle les laisse se débrouiller seuls.

Toi chère Safia, parce que tu as un vagin, la moitié de la population est montée au front pour toi. Des artistes prennent position et te supportent, on te donne une tribune pour parler de tes émotions et de ton passé. On souhaite que les critiques cessent, on veut que tu sois traitée avec délicatesse, presque comme un enfant. Ce support, c'est uniquement car tu es une femme.

S'il existe un double standard, c'est là qu'il se trouve.

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