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Énergie Est et la nouvelle crise canadienne

05/03/2016 09:16 EST | Actualisé 06/03/2017 05:12 EST

La récente crise sur Énergie Est ravive une fois de plus les vieilles chicanes entre le Canada anglais et le Québec. On ne peut pas dire que c'est la première fois qu'un tel événement survient - cette chicane s'ajouter à une longue liste.

Qu'est-ce qui explique cette nouvelle crise ? Pourquoi ce débat a-t-il dérapé ?

Pour plusieurs raisons, à mon avis.

D'abord, le refus des oléoducs de la part des États-Unis et de la Colombie-Britannique, pour des raisons légitimes à mon avis, fait du Québec le dernier espoir des Albertains pour exporter leur production de pétrole par oléoducs. Le refus du Québec serait donc fatal pour le projet actuel de TransCanada. Ainsi, on tente par tous les moyens, même en utilisant l'intimidation et la condescendance, pour forcer le Québec à accepter les oléoducs.

Aussi, il faut noter les différences de mentalités. Dernièrement, un sondage indiquait que le Québec était la seule province où une majorité de la population croyaient les changements climatiques principalement causés par l'homme, alors que les provinces de l'ouest sont celles qui partageaient le moins cette opinion. La plupart des Québécois qui s'opposent à Énergie Est est principalement concerné par les impacts environnementaux d'un tel projet, notamment en raison des probables déversements de pétrole dans le fleuve Saint-Laurent. Au Canada anglais, on comprend moins ces préoccupations.

Puis, le fameux argument de la péréquation. Des commentateurs de l'ouest canadien répètent sans cesse que l'ouest canadien, et surtout l'Alberta, paie 10 milliards de dollars en péréquation annuellement au Québec, et que ce dernier a en retour le devoir moral d'obéir à ses demandes.

Je ne partage pas ce point de vue. D'abord, l'Alberta et la Saskatchewan n'ont payé que 23,1 % de la contribution totale des provinces au programme de péréquation en 2014-2015. Le Québec, quant à lui, a payé 18 % de la facture, et l'Ontario 36,5 %. En tenant compte que le Québec reçoit 55 % des paiements de péréquation, cela voudrait dire qu'ensemble, l'Alberta et la Saskatchewan envoient 2,2 milliards au Québec annuellement en péréquation, contrairement à l'affirmation de commentateurs anglophones selon lequel l'Alberta envoie à lui seul 10 milliards. En considérant les impôts québécois utilisés par le gouvernement fédéral depuis plus d'une décennie pour favoriser la croissance de l'industrie pétrolière en Alberta, ce qui vaut aussi plusieurs milliards de dollars, je ne considère pas que le Québec soit redevable envers l'Alberta.

Finalement, il y a la vieille haine envers les francophones entretenue depuis des décennies par les médias anglophones. Le fait que la très grande majorité des Canadiens anglais ne parle pas français fait en sorte qu'ils ne peuvent écouter que les informations rapportées par les médias anglophones. Rappelons qu'en 2012, un sondage national révélait que 43 % des Canadiens considéraient le Québec comme un boulet pour le Canada, dont 57 % en Alberta, alors que seulement 39 % des Canadiens du Rest of Canada (ROC) voyaient le Québec comme un atout. Le Québec bashing que l'on voit régulièrement au Canada anglais est une autre raison qui explique la faible tolérance du ROC envers le refus des oléoducs par le Québec.

La débat sur Énergie Est peut s'envenimer. Provoquera-t-il une nouvelle crise nationale ?

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