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Répondons à l'appel de Rehtaeh Parsons, à défaut de l'avoir fait avant sa mort

04/05/2013 01:46 EDT | Actualisé 04/07/2013 05:12 EDT
AP

La nouvelle du viol présumé et du suicide de Rehtaeh Parsons a été qualifiée de tragique, de honteuse et de révoltante.

La vérité, c'est que l'histoire de Rehtaeh n'est qu'un autre exemple de la violence que subissent les filles, une crise que nous passons trop souvent sous silence.

Malheureusement, pour la plupart d'entre nous qui travaillons dans le domaine de la prévention, cette affaire ne fait que confirmer ce que nous savions depuis des années : les filles font l'expérience de la violence au quotidien.

La vie des adolescentes comme Rehtaeh devrait être consacrée à l'apprentissage, à leur développement personnel et à la découverte de ce qui les intéresse, sur le plan personnel et social. Au lieu de cela, elles sont obligées de composer avec des actes et des commentaires à caractère sexuel et avec un bombardement de pressions qui les incitent à être sexy et à avoir des rapports sexuels.

Le phénomène est si courant que la plupart d'entre nous, même les filles, ne se rendent pas compte qu'il s'agit bel et bien de violence.

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Une chercheuse canadienne de premier plan, Helene Berman, affirme qu'on éduque les filles de telle façon qu'elles s'attendent à être victimes de violence, au point où elles ferment les yeux sur le harcèlement. Elles commencent à subir ce genre de « violence quotidienne » à un âge terriblement jeune, rapporte la chercheuse dans une étude sur le sujet.

Une grande enquête menée auprès de la population étudiante par l'Institut de la statistique du Québec révèle un fait renversant : 43 % des filles de 16 ans qui fréquentaient un garçon au cours de l'année précédente avaient été victimes de violence. Un cinquième des filles ont déclaré avoir été maltraitées physiquement par leur ami de cœur.

Dans une autre étude publiée en 2010 par un centre de recherche sur la violence familiale du Nouveau Brunswick, on apprend qu'une fille sur quatre rapporte que leur petit ami leur a fait subir des sévices physiques ou psychologiques.

Ces statistiques montrent hors de tout doute que le harcèlement à caractère sexuel constitue une réalité quotidienne pour les filles dans notre pays.

L'histoire de Rehtaeh soulève toutefois à une question déchirante : comment ces garçons ont-ils pu s'accorder la permission de violer? L'attitude de la société à l'égard des filles les a amenés à croire qu'il était acceptable non seulement de faire du mal à la jeune adolescente, mais également de s'en vanter dans les médias sociaux.

Ce genre d'attitude concorde avec la représentation de la femme dans les médias populaires, souvent présentée comme un objet sexuel. Les garçons apprennent ainsi qu'il est tout à fait acceptable de faire des blagues à caractère sexuel ou pire encore.

« Les garçons resteront toujours des garçons », entend-on souvent dire à propos du harcèlement sexuel voilé. Mais lorsque des filles sont brutalisées - sur le plan physique, émotionnel ou psychologique -, impossible de faire di du harcèlement comme s'il ne s'agissait que d'une affaire de perception. Dans un autre rapport alarmant, on apprend que plus d'un quart des participantes à une étude ontarienne menée par le Centre de toxicomanie et de santé mentale, des jeunes filles qui fréquentent l'école secondaire, ont déclaré avoir subi des pressions pour qu'elles consentent à des rapports sexuels.

Une histoire comme celle de Rehtaeh Parsons mène à un pénible constat : le fait de passer sous silence les comportements qui dénigrent les filles est destructeur.

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Rehtaeh Parsons: A Life In Photos

Par ailleurs, les médias ne sont pas les seuls à renforcer les stéréotypes sexuels et l'inégalité. Les familles, les écoles et les milieux de travail ont tous un rôle à jouer.

Le suicide de Rehtaeh nous rappelle que l'absence de soutien à l'égard des filles peut avoir des répercussions dévastatrices. La recherche montre qu'elles ont tendance à éprouver de la honte et à intérioriser les pensées négatives. En effet, les Canadiennes âgées de 15 à 19 ans courent un plus grand risque d'être hospitalisées après s'être infligé des blessures.

Le taux de suicide parmi les filles a augmenté depuis 30 ans.

La stigmatisation des pairs multiplie par deux la douleur des victimes. La mère de Rehtaeh raconte que celle-ci a subi de l'intimidation pendant des mois après que les photos de son agression sexuelle eurent circulé en ligne. De plus, les enquêtes judiciaires sur des cas comme celui-ci semblent trop souvent blâmer la victime et la rendre responsable d'avoir provoqué la violence sexuelle qu'elle a subie.

De nombreux faits restent inconnus dans cette affaire, mais de toute évidence, quelque chose a vraiment mal tourné. Pourquoi la société et le système judiciaire ont-ils manqué à l'obligation de fournir à Rehtaeh et à sa famille toute l'aide dont ils avaient besoin?

Les proches de Rehtaeh ont besoin d'une réponse, comme d'ailleurs toute la population canadienne. Pour éviter d'autres tragédies du même genre, notre société devra créer des espaces plus sécuritaires pour les filles, comme celui que leur procure le programme Filles d'action.

Ce n'est qu'en enseignant aux garçons ce qu'être fort veut vraiment dire et en leur inculquant le respect à l'égard des filles et de la vie qu'elles mènent que nous arriverons un jour à transformer le cycle intergénérationnel de la violence. Nous avons besoin de projets comme la Campagne du ruban blanc pour prévenir la violence et enseigner aux garçons comment respecter les filles et les femmes.

Je lance également un appel à l'action au système d'éducation et au système judiciaire : le temps est venu de prendre les filles au sérieux.

Que ce soit dans les conseils scolaires, l'institution judiciaire ou nos interactions quotidiennes, il nous appartient de faire en sorte que les filles sachent qu'elles ont droit au respect et à la dignité et qu'elles jouissent de droits fondamentaux.