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Non à l'auto-ségrégation religieuse

16/11/2016 03:03 EST

Surpris et choqués, nous l'avons été en grand nombre à la suite de l'annonce d'un projet résidentiel musulman à Brossard. Cependant, ceux qui connaissent bien l'islamisme ou l'islam radical n'y voient que le prolongement logique des attentes extrêmes, voire extrémistes. Il y en a marre des comportements asociaux et discriminatoires de tout horizon. Prétendre que le projet résidentiel est un safe place pour les musulmans me semble assez dangereux et limité comme raisonnement tout en niant son lot de conséquences négatives sur la cohésion sociale. Le commun des musulmans issus de l'immigration ne peut pas se passer de ses amis ou voisins québécois, l'inverse aussi. Cohabiter et s'accepter est indispensable à toute société qui vise l'harmonie.

Souvent, on chante que la diversité est une richesse, mais on lui occulte son lot de mesures et d'exigences facilitant l'intégration et émanant des immigrés et du pays d'accueil. Cette intégration-là n'est pas juste économique, elle est aussi sociale, culturelle, politique, culinaire, musicale, humoristique, etc. Elle passe par le contact, l'échange, la proximité, la sécurité, le lien de confiance, le soutien mutuel, l'ouverture. Elle est dynamique; nul ne devrait avoir le droit ou la prétention de la cloisonner dans un quartier, la rendant ainsi impossible de facto.

Ce projet résidentiel musulman ne vise pas à contrer les problèmes de discrimination, il les légitime, puisqu'il est intégriste et favorable au repli sur soi. Il est en accord avec l'islam radical, il est conquérant, il ne partage pas, il est dominant. Toutefois, étant donné que l'islam radical est ambitieux et métastatique, à défaut d'avoir un pays, il se contentera d'un quartier pour le moment. Il faut abuser de l'euphémisme, comme le ministre de la Santé M. Barrette, pour le comparer au quartier chinois. Rien à voir avec les quartiers portugais, maghrébin, italien, non plus, puisque n'importe qui est sensé pouvoir y habiter. Selon le concepteur du projet, jusqu'à 20% de personnes non-musulmanes seraient acceptées à condition d'accepter les règles musulmanes « communes ». Que les initiateurs du projet n'aient pas peur de nommer les choses, il s'agit des règles de la Charia.

Certes, ce projet encourage la ghettoïsation, comme beaucoup d'écrits l'ont soulevé. Toutefois, le ghetto n'est pas juste ethnique, communautaire, et pauvre comme se l'imagine la croyance populaire; il n'est pas juste habité par des immigrés. Il peut être habité par des riches, comme Dany Laferrière l'a rappelé dans « Tout ce qu'on ne te dira pas Mongo ». D'accord avec lui que c'est ennuyeux dans tous les cas que le ghetto riche ou pauvre ne profite pas à ses habitants partageant les mêmes problèmes, les mêmes visions. Mais le danger indissociable à ce type ghetto islamiste porte atteinte aux libertés et aux droits les plus fondamentaux : l'imposition d'y vivre selon la règle musulmane par une minorité musulmane dans un pays, mais majoritaire dans son quartier. Le vocabulaire commence à être conquérant et laid, mettant en exergue un rapport de pouvoir, de nombre, où y vivre selon la règle musulmane pour les femmes s'incarnera à travers le voile imposé ou encouragé.

Rappelons-nous que, dans les rues de quartiers européens identifiés de confession musulmane par des « soldats islamistes ou intégristes », des femmes non voilées y sont harcelées et traitées de putes. La démocratie et la laïcité laissent ces « soldats » de marbre. Rien d'autre que l'islam littéral ne leur est audible. Projetons-nous au Québec : que feront- ils des non-musulmanes et des musulmanes citoyennes à part entière de cette société ne laissant pas percevoir aucun signe ostensible religieux dans ce quartier? On en convient qu'il sera difficile pour ces dernières de se promener en toute sécurité dans cette mini-Mecque fantasmée.

Pure illusion est de prétendre en finir avec la discrimination des musulmans en matière d'habitation, que je ne néglige pas d'ailleurs, avec ce genre de projet résidentiel, à moins de n'avoir ici que la partie visible de l'iceberg. Ce projet est l'affirmation de l'incompatibilité entre l'islam radical, l'islam littéral, l'islamisme et l'Occident. Le Québec n'est pas un pays musulman, il est laïc et de tradition judéo-chrétienne. Le Québec a sorti la religion chrétienne de ses institutions, un choix. La place vacante se remplit par de l'égalité femmes-hommes, un désir mutuel de vivre ensemble, un respect des lois et valeurs communes de la société québécoise. La religion n'a de place que dans le privé, dans les cœurs, dans les lieux de culte désignés et non dans le quartier ou les espaces publics. Bâtissons une société juste et égalitaire, n'ayons pas peur de contrer et de défaire toute manifestation pouvant porter atteinte à la société que nous aspirons. Ce projet résidentiel musulman en est une.

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