LES BLOGUES

Se faire voler son contenu quand tu commences sur le web

Un beau matin, tu te réveilles avec des messages d’amis qui t’indiquent que des copies de tes phrases se retrouvent sur une énorme page Facebook.

04/11/2017 08:00 EDT
Getty Images
En tant que créatrice, surtout débutante, se faire voler son contenu de la sorte, c’est se faire couper l’herbe sous les pieds.

Tu aimes écrire depuis toujours, mais ça a toujours été quelque chose de personnel que tu gardais pour toi. Puis, tes proches t'encouragent à partager ton monde avec plus de gens. Après des mois, voire des années, de réflexion et d'hésitation, tu décides de te lancer et de créer un blogue qui ne serait pas destiné uniquement à tes proches.

En tant qu'introvertie, que tu sois enfin capable d'ouvrir ta bulle au monde extérieur, ça te fait du bien. Tu t'exprimes. Que des étrangers apprécient en plus, voire se reconnaissent, dans ce que tu proposes, c'est fantastique. Tu en es même surprise.

Tu laisses ça grandir, tranquillement pas vite. Conseillée par tes proches, tu décides d'ajouter à ton petit site toutes les déclinaisons de médias sociaux : Facebook, Instagram, Twitter, etc. Comme tu n'écris qu'un seul texte par semaine, tu décides de créer aussi des petites citations qui serviront à animer tes médias sociaux, les jours où il n'y a pas de texte. Tu inscris le nom de ton blogue sur chacune de ces images.

Tu travailles fort pour créer du contenu original qui te ressemble et qui plaira aux gens.

Ça plait aux gens. Encouragée par ta première centaine d'abonnés, tu entres dans une phase ultra créative. Tu écris quelques textes à l'avance. Tu enregistres à toute heure de la journée (et de la nuit) des petites phrases et des pensées pour tes citations. Écrire juste une ou deux courtes phrases, c'est encore plus difficile que d'écrire des textes de 1000 mots. Tu travailles fort pour créer du contenu original qui te ressemble et qui plaira aux gens.

Tu atteins les 300 abonnés. C'est très peu, diront certains. En effet. Mais toi, tu es super heureuse. Tu investis toute ta fibre créatrice et ta passion de l'écriture dans ce projet en marge de ta vie. Tu te dis que c'est un bon début pour établir une crédibilité en tant qu'auteure. Que tu devrais te remettre à tes projets de roman. Bref, ta créativité a le vent dans les voiles.

Puis, un beau matin, tu te réveilles avec des messages d'amis qui t'indiquent que des copies de tes phrases se retrouvent sur une énorme page Facebook. Tu vas voir et tu découvres que, dans la même journée, cinq de tes citations ont été copiées. Copiées, non pas partagées. Le site a simplement retapé tes citations mot-à-mot sur un autre fond pour créer une nouvelle image, sans aucune mention de ton site. Ça donne clairement l'impression aux gens que le contenu a été créé par cette page. Cinq, dans la même journée.

Tu le prends comme un coup de batte de baseball en pleine face. La page Facebook a plus d'un demi-million d'abonnés. Les copies sont aimées et partagées des centaines de fois. Elles se retrouvent partout, dont sur deux pages jumelles de la première. Tu les vois passer dans ton fil d'actualités, repartagées par d'autres pages, voire même par certains de tes contacts. Tu demandes conseil. Tu comprends qu'il n'y a pas grand-chose à faire. Tu leur envoies des messages, les enjoignant de retirer les copies. Ils t'ignorent. Tu reçois aussi des messages de plusieurs personnes qui ont vécu exactement la même chose. Tu publies quand même sur ton site.

Tu es même d'accord pour que les gens les modifient, mais en te donnant le crédit de la création originale. Parce que toi, tu as travaillé fort pour les créer.

Le lendemain, ta publication de la veille est également copiée. Là, tu le prends vraiment mal. Comment grandir si tes publications sont automatiquement recopiées par une page qui a 600 fois ta visibilité? Pourquoi se forcer à créer si c'est pour voir les copies se multiplier au détriment de tes originales? Tu passes à travers une boite de biscuits au complet pour manger tes émotions. Tu te fais dire que ce que tu mets sur Facebook est public. Tu le savais. Tes images sont publiques et c'est avec plaisir que tu veux que les gens les partagent, qu'elles circulent partout. Les partager, pas les copier et se les approprier. Tu es même d'accord pour que les gens les modifient, mais en te donnant le crédit de la création originale. Parce que toi, tu as travaillé fort pour les créer. Tu les as retravaillées, peaufinées, écrites et réécrites jusqu'à ce que tu sois satisfaite. Tu y as mis ton cœur.

Ces pages-là, ce sont des bulldozers. Des machines. Elles publient tellement de contenu que, bien souvent, celui-ci est volé à de petites pages. Elles le font pour le trafic et les j'aime. En partageant le contenu d'autres pages, elles en auraient tout autant. C'est uniquement de la mauvaise foi. C'est l'artisan, le petit créateur, contre l'industriel qui fait en série en tournant les coins ronds. Les règles sur Internet sont absentes ou inadéquates. Elles ne protègent pas les créateurs suffisamment. Elles doivent être revues. La culture, c'est aussi sur le net.

En tant que créatrice, surtout débutante, se faire voler son contenu de la sorte, c'est se faire couper l'herbe sous les pieds. Ça éteint l'artiste qui a envie de partager son art avec les gens. Ça éteint la passion. Ça éteint l'étincelle de créativité.

Mise à jour : À la suite de l'aide de l'UNEQ, qui n'avait aucune obligation de me conseiller, les copies seront retirées de ces pages. J'en suis vraiment heureuse. Mais le mal est fait, les copies sont déjà partout. Et la situation risque de se reproduire avec d'autres pages bulldozers. Les créateurs de toutes sortes doivent être mieux protégés.

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