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L'obsession monarchique de M. Harper

05/07/2012 12:16 EDT | Actualisé 04/09/2012 05:12 EDT
Keira Rathbone

Alors que le gouvernement fédéral met à pied des dizaines de milliers de fonctionnaires et équilibre son budget en sacrifiant la croissance économique et l'emploi, avons-nous vraiment les moyens de renouveler la décoration de Rideau Hall, la résidence officielle du Gouverneur général?

Cette question, je me la pose depuis le dévoilement, il y a quelques semaines, de cette grande peinture de la Reine qui a coûté 100 000$ aux contribuables canadiens. L'oeuvre ornera désormais la salle de bal de la résidence du Gouverneur général. Artistiquement, il s'agit d'un travail impeccable et sans aucun doute, le coup de pinceau de l'artiste canadien Phil Richards est celui d'un maître. N'empêche, je me questionne sur la pertinence d'une telle dépense en ces temps d'austérité.

Cette décision est selon moi représentative d'une tendance lourde à Ottawa, où le gouvernement conservateur de Stephen Harper a entrepris une véritable redéfinition pompeuse de l'identité canadienne qui met un accent démesuré sur la monarchie britannique. Cette démarche aliène le Québec et choque de plus en plus le Canada anglais, à juste titre.

Le Canada est-il encore un pays indépendant ou sommes-nous revenus à l'époque coloniale? La réponse va de soi. Je considère ainsi qu'en tant que nation souveraine, nous ferions mieux de dépenser l'argent des contribuables sur des services concrets à la population ou des crédits d'impôt pour favoriser la création d'emplois plutôt que sur des portraits de la Reine.

L'obsession monarchique du gouvernement conservateur est d'ailleurs pour le moins étonnante. Le 1er juillet dernier, lors de la fête du Canada, il a été décidé qu'il serait préférable d'entonner d'abord le God Save the Queen, plutôt que notre hymne national, le Ô Canada.

On peut aussi penser aux commémorations de la guerre américano-britannique de 1812, dont les conservateurs ne cessent de répéter qu'elle mène à 1867. En luttant contre l'envahisseur américain, disent-ils, 1812 a façonné l'identité canadienne, a uni à jamais notre pays à la monarchie britannique, et aurait même permis de sauver le fait français! Les conservateurs ne se formaliseront probablement pas que des historiens et des spécialistes de toutes tendances aient dénoncé cette erreur scandaleuse et ce révisionnisme historique.

Les conservateurs espèrent qu'en répétant mille fois ce mensonge, il deviendra vérité. Ne leur laissons pas ce plaisir.

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