Rosane Doré Lefebvre

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Le pouvoir à tout prix

Publication: 12/03/2012 07:52

«Le pouvoir tend à corrompre. Le pouvoir absolu corrompt absolument.» Cette formule saisissante de Lord Emerich Acton, historien et philosophe anglais, me revient en tête constamment depuis quelques semaines dans mes fonctions au Parlement.

Depuis que les conservateurs ont obtenu une majorité de sièges à la Chambre des communes, il semble que tous les coups soient permis pour faire avancer l'idéologie de droite. Le scandale des appels frauduleux en est l'exemple le plus frappant. Selon ce qui a été rapporté par les médias, des dizaines de milliers de Canadiens ont reçu un appel automatisé frauduleux le 2 mai dernier leur indiquant que leur bureau de vote avait été déplacé. À ce jour, Élections Canada a reçu plus de 31 000 plaintes de citoyens dénonçant ce stratagème et l'organisme fait enquête.

Mon collègue de Winnipeg Pat Martin, qui emploie toujours un langage coloré, a bien raison de comparer cette manœuvre à celle des gros bras que l'on place devant les bureaux de vote dans les républiques de banane pour empêcher les gens d'exercer leur droit démocratique. C'est certes plus moderne comme technique, mais le résultat est le même : empêcher les gens de voter. Cette façon de faire est non seulement scandaleuse, elle est complètement indigne.

Pour en revenir à Lord Acton, son raisonnement pour lier pouvoir et corruption est simple : ceux qui détiennent le pouvoir politique n'ont pas de compte à rendre à personne et croient pouvoir agir en toute impunité. En d'autres termes, ceux qui sont au pouvoir bénéficient de la machine étatique pour servir leurs intérêts partisans et les conservateurs sont en train de nous le démontrer non seulement en refusant de répondre de leurs actes face à ce scandale électoral, mais aussi en mettant de l'avant des politiques controversées telles que le projet de loi omnibus sur la criminalité ou encore en ouvrant la porte à un débat sur l'avortement.

Selon des données d'Élections Canada, le taux de participation des jeunes de 18 à 24 ans a été de 38,8 % aux élections du 2 mai dernier et de 45,1 % chez les 25 à 34 ans. Ces statistiques à elles seules ont de quoi nous décourager. Les jeunes tournent le dos à la politique parce que la classe politique les déçoit.
On sait jusqu'ici que ces appels automatisés trompeurs auraient touché au moins une trentaine de circonscriptions. Dans quelle mesure ce subterfuge a-t-il influencé le résultat final? L'enquête d'Élections Canada va nous permettre d'y voir plus clair, mais une chose est sûre : il n'y a pas de fumée sans feu. Et le souhait le plus fort que j'ai, c'est que ce scandale encourage les gens à voter aux prochaines élections et non le contraire. Duper les gens pour les priver de leur droit de vote est une insulte à notre démocratie.