Roméo Dallaire

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La condamnation de Lubanga: une victoire pour les enfants soldats

Publication: 21/03/2012 00:48

La Cour pénale internationale a rendu un jugement historique mercredi en reconnaissant le seigneur de la guerre congolais, Thomas Lubanga, coupable d'avoir ordonné et organisé la conscription d'enfants âgés de moins de quinze ans et de les avoir envoyés combattre dans une guerre.

Non seulement le verdict est une nouvelle réjouissante pour la RDC et la population de l'Ituri, mais il contribuera à mettre fin à la culture de l'impunité dont se prévalent les personnes qui recrutent des enfants-soldats et les maltraitent.

L'histoire de Lubanga a commencé il y a exactement dix ans lorsqu'il a fondé l'Union des Patriotes Congolais, un groupe armé pernicieux prétendant agir au nom de la population Hema dans la région de l'Ituri située au nord-est de la RDC.

Tout au long de ce conflit, l'UPC a « massacré de civils, exécuté ou torturé ceux et celles qu'elle a capturés, et incendié des villages », causant la mort de 60 000 personnes.

D'après les témoignages entendus contre Lubanga : « La nécessité de constituer une armée plus imposante a débouché sur le recrutement accru de jeunes - peu importe l'âge - en ciblant les écoles et les villages ».

Les enfants étaient ensuite envoyés à l'un des 20 camps militaires de Lubanga disséminés dans la région où « ils étaient battus, fouettés, emprisonnés et mal nourris, et les filles violées ».

L'acte sans doute le plus lâche de tous fut d'utiliser des enfants de 11, 12 et 13 pour sa garde personnelle.

En condamnant Lubanga, la Cour envoie un message clair aux seigneurs de guerre: l'utilisation d'enfants-soldats et d'esclaves sexuels ne demeurera pas impunie.

Le verdict établit une nouvelle référence interdisant l'utilisation d'enfants dans des hostilités, y compris ceux dont les familles ont été contraintes de donner leur consentement au recrutement de leur enfant.

Dans la même veine, il reconnaît les menaces avec lesquelles sont aux prises tous les enfants-soldats, y compris ceux qui n'utilisent pas d'arme à feu sur une base quotidienne, mais qui servent à l'effort militaire.

Certes, cette décision importante relève la barre en ce qui a trait à la situation des enfants-soldats, mais il reste encore beaucoup de travail à faire.

Premièrement, il ne faut pas oublier les enfants qui participent encore activement à des conflits armés dans le monde. Il faut trouver une façon de les identifier et de les démobiliser avant qu'il soit trop tard, et cela vaut autant pour les forces armées que les groupes armés non étatiques.

Deuxièmement, il ne faut pas oublier les anciens combattants, qui sont souvent à risque d'être recrutés de nouveau. D'où la nécessité de financer des programmes de réadaptation complets, de mettre en place des programmes de scolarisation et de création d'emplois pour permettre leur réintégration dans la société.

Troisièmement, et le plus important, il faut faire en sorte que les efforts de la CPI soient assortis de stratégies de prévention. Il ne suffit pas d'appréhender les coupables et les agresseurs après coup. Il faut prendre des mesures pour prévenir ces crimes dès le départ.

Alors que la CPI s'apprête à déterminer la peine et les réparations, il faut non seulement appuyer haut et fort cette décision, mais renouveler notre engagement à éradiquer à l'échelle mondiale l'utilisation d'enfants-soldats une fois pour toutes.

Le sénateur Roméo Dallaire est un lieutenant-général à la retraite et ancien commandant de la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda et fondateur de l'Initiative Enfants-soldats - www.childsoldiersinitiative.org.