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Je suis reconnaissante que mon fils soit gai

Grâce à lui, j’ai appris tellement sur le courage, sur l’authenticité et sur l’importance d’être toujours soi-même.

03/09/2017 08:00 EDT
Getty Images
J’ai hâte de rencontrer l’homme qu’il ramènera un jour à la maison, d’assister à leur mariage et peut-être de voir grandir leurs enfants.

Mon fils Jesse a 22 ans. Il mesure 5 et 7, a les cheveux brun foncé et les yeux noisette. Il est parmi les meilleurs de sa classe en hautes études commerciales. C'est un acteur et un chanteur talentueux. Il a une belle âme. Oh! et il est gai! Je n'affirme pas ça à la légère, mais j'en suis venu à la conclusion que, comme tous ses autres qualificatifs – sa grandeur, la couleur de ses yeux, son grand sens de l'humour, sa compassion –, le fait qu'il soit gai fait partie de lui. Enlevez-lui n'importe quel de ces qualificatifs et ce ne serait plus lui.

Jesse nous a dit qu'il était gai il y a quatre ans. Un matin, avant de partir pour l'université. Je me souviens de ce jour comme si c'était hier. Jesse s'était levé tôt pour prendre le déjeuner avec nous. Quand il est arrivé dans la cuisine, mon mari lui a demandé s'il voulait un bagel avec du fromage à la crème. Il a répondu : «Oui. Et je suis gai.» Ces mots étaient sortis de sa bouche sans crier gare, comme si c'était une conversation anodine. Il nous a dit par après qu'il avait peur de flancher s'il ne crachait pas le morceau alors que son courage lui disait que c'était le bon moment.

En tant que parent, je crois que nous nous faisons tous une idée de ce à quoi ressemblera la vie de nos enfants.

Je suis reconnaissante que mon mari, comme moi, s'est précipité vers lui pour le serrer dans ses bras. J'aimerais dire que ça ne nous a rien fait à nous, deux personnes ouvertes d'esprit qui pensent que l'amour n'a pas d'orientation sexuelle et que tout le monde a le droit de marier la personne qui lui plait. Mais je dois être honnête : ce n'était pas une mince affaire. En tant que parent, je crois que nous nous faisons tous une idée de ce à quoi ressemblera la vie de nos enfants. Par-dessus tout, nous souhaitons qu'ils aient une vie aisée, qu'ils aient des opportunités égales, qu'ils soient acceptés, qu'ils fondent une famille. Lorsque leur vie suit un chemin et qu'il y a soudainement un nouveau virage – surtout un virage que nous n'avons jamais emprunté – c'est effrayant.

Bien que nous lui ayons tout de suite exprimé notre amour et dit que nous l'acceptions, à l'intérieur, nous étions tiraillés. Qui était ce garçon que je pensais si proche de moi et que je croyais si bien connaître? Qu'avait-il subi à l'école? Qu'est-ce que cette annonce allait changer pour lui? Pourrait-il se marier? Avoir des enfants? Mon cerveau fonctionnait à 100 miles à l'heure, mais je ne savais pas quoi faire, quoi dire. Je l'ai serré très fort et je lui ai dit que je l'aimais, mais je n'ai pas ajouté grand-chose. Tout ce que je savais, c'est que les prochaines étapes allaient avoir un impact significatif sur la vie de Jesse et sur notre relation avec lui.

«J'étais comme dans un brouillard.»

Je ne comprenais pas pourquoi il avait choisi ce moment pour faire son annonce – un jour déjà émotif pour lui, alors qu'il débutait un nouveau chapitre de sa vie en quittant la maison. Pourquoi à ce moment, alors qu'il savait qu'il fallait monter dans la voiture avec sa sœur (à qui il n'était pas encore prêt de dire qu'il était gai) pour le conduire à la résidence universitaire, nous laissant ainsi peu de temps pour absorber l'information et en discuter?

Mais, voilà, nous étions sur la route. Dans les heures qui ont suivi, j'étais comme dans un brouillard. Nous sommes arrivés à l'université, l'avons aidé à s'installer, avons rencontré ses colocs, l'avons embrassé et sommes repartis à la maison. Nous avons pleuré en pensant qu'il ne ramènerait pas de jolie fille chez nous et qu'il n'aurait pas d'enfant comme nous avons eu sa sœur et lui. Nous avons pleuré en pensant à ce secret qu'il avait dû garder jusque-là. Nous avons pleuré d'inquiétude : et s'il se faisait intimider? Et si ses amis ne l'acceptaient pas tel qu'il est?

Je savais déjà que j'acceptais mon fils et que je l'aimais inconditionnellement, mais de là à me dire reconnaissante qu'il soit gai? Je ne pouvais pas me faire à cette idée à ce moment-là.

Dans les semaines qui ont suivi, nous avons beaucoup discuté, nous avons lu, nous avons appris. Dans l'un des premiers articles que j'ai lus, l'auteure disait que, bien que l'annonce de l'homosexualité de son fils, quelques années auparavant, avait été un choc, non seulement acceptait-elle et soutenait-elle son fils, mais elle se disait reconnaissante qu'il soit gai. Elle était reconnaissante de l'impact qu'il avait eu sur elle, du fait qu'elle était aujourd'hui une meilleure personne, plus ouverte grâce à lui. Je savais déjà que j'acceptais mon fils et que je l'aimais inconditionnellement, mais de là à me dire reconnaissante qu'il soit gai? Je ne pouvais pas me faire à cette idée à ce moment-là.

«J'ai réalisé, un tant soit peu, à quel point cela a dû être difficile pour lui de garder un secret d'une telle ampleur.»

Nous avons réalisé que c'était assez commun pour les jeunes de faire leur coming-out alors qu'ils débutent une nouvelle aventure de leur vie (souvent l'entrée à l'université, justement). Ils peuvent partir à neuf et vivre à leur façon, être eux-mêmes. Je pense aussi que Jesse savait que nous aurions besoin de temps seul pour digérer l'annonce. Il savait l'amour inconditionnel que nous lui portions, mais aussi que nous aurions besoin de temps pour revoir les rêves que nous nous étions créés pour lui.

Puisque Jesse n'était pas prêt à dire qu'il était gai au reste de notre famille et de nos amis, nous avons gardé son secret quelques mois. Pendant cette période, j'ai réalisé, un tant soit peu, à quel point cela a dû être difficile pour lui de garder un secret d'une telle ampleur.

Jesse a mis quelques mois avant d'être prêt à faire son coming-out à tous. D'abord à ses amis et aux membres de la famille proches, puis à la famille étendue. Tous ceux que je connais ont été compréhensifs et gentils. J'en suis reconnaissante. Reconnaissante de nos amis et des membres de notre famille, mais aussi de la génération avec laquelle mon fils grandit. Les choses ne sont pas parfaites et il y a encore du chemin à faire, mais faire son coming-out aujourd'hui est bien différent d'il y a quelques années. Nos enfants n'ont plus les mêmes idées préconçues qui ont pu nous être inculquées, et le monde semble aujourd'hui bien plus inclusif. Du moins, notre partie du monde.

Grâce à lui, j'ai appris tellement sur le courage, sur l'authenticité, sur le fait d'être toujours soi-même.

En conclusion, je suis reconnaissante de Jesse. De son honnêteté, de son sens de l'humour, de sa compassion. Grâce à lui, j'ai appris tellement sur le courage, sur l'authenticité, sur le fait d'être toujours soi-même. Même si nous avons toujours été proches, le fait que Jesse peut être pleinement lui-même a solidifié encore plus notre relation. J'ai hâte de voir de quoi son avenir sera fait. Je sais que la vie sera bonne pour lui. J'ai hâte de rencontrer l'homme qu'il ramènera un jour à la maison, d'assister à leur mariage et peut-être de voir grandir leurs enfants. Et vous savez quoi? Je suis reconnaissante que mon fils soit gai.

Ce texte initialement publié sur HuffPost Canada a été traduit de l'anglais.

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