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La «crise des garçons»

11/08/2016 10:21 EDT | Actualisé 12/08/2016 11:12 EDT

Le 12 août, nous célébrons la Journée internationale de la jeunesse. Il s'agit d'un moment opportun pour réfléchir sur le bien-être des jeunes. Le bien-être des garçons et des jeunes hommes est une préoccupation majeure pour les défenseurs de la jeunesse. En effet, beaucoup concluent que nous sommes au milieu d'une «crise des garçons», qui se manifeste dans divers domaines.

Un de ces domaines est celui de l'éducation. Les jeunes hommes ne représentent plus que 40 % des diplômés universitaires. De plus, le taux de décrochage scolaire des garçons du secondaire est presque deux fois plus élevé que celui des filles. Près d'un garçon canadien sur cinq ne termine pas l'école secondaire. Chez les Québécois francophones, ce taux grimpe de façon alarmante à un garçon sur trois.

D'après l'auteure Christina Hoff Sommers, ces taux de décrochage sont, entre autres, la conséquence d'une «guerre contre les garçons». Elle affirme que le temps consacré aux activités traditionnellement masculines, notamment l'éducation physique, le sport, la menuiserie et les récréations, a été considérable réduit dans les écoles. Elle fait valoir que cette réduction d'activité empêche les garçons de se défouler et de dépenser leur énergie, les conduisant à être énervés et agités dans la salle de classe.

Ces taux de décrochage sont particulièrement préoccupants, étant donné que nous vivons actuellement dans une économie de services. Ceci contraste avec l'époque où les jeunes hommes pouvaient facilement trouver des professions honorables et bien rémunérées dans la fabrication et le travail manuel.

Par conséquent, un nombre croissant de jeunes hommes connaissent le «phénomène Tanguy», soit un échec à se projeter dans une vie indépendante. Près de 50 % des Canadiens dans la vingtaine vivent encore chez leurs parents, en grande partie au chômage ou sous-employés.

Les médicaments sont utilisés de façon inappropriée pour contrôler l'énergie bruyante des garçons, en l'absence de pères forts, chassés par les tribunaux de la famille.

Un autre domaine de préoccupation est la famille. Environ 40 % des mariages au Canada se terminent par un divorce, et les familles monoparentales représentent maintenant environ 20 % des ménages. Cela signifie qu'une proportion importante des garçons canadiens est élevée sans père, avec des conséquences néfastes pour les garçons concernés ainsi que pour la société dans son ensemble.

Toutes les statistiques indiquent que les garçons élevés dans des familles sans père sont beaucoup plus susceptibles de connaître des répercussions négatives. Ces répercussions incluent des taux plus élevés de troubles du comportement, de décrochage scolaire, d'incarcération, de toxicomanie et de suicide.

Malheureusement, le droit de la famille n'est pas configuré pour veiller à ce que les garçons passent le temps nécessaire avec leur père. En effet, les gouvernements successifs ont ignoré les appels à réformer le droit de la famille, refusant de mettre en œuvre le modèle de la «garde partagée», où les enfants divisent leur temps également entre chaque parent.

Un dernier domaine de préoccupation est la santé mentale des jeunes garçons. Les garçons sont trois fois plus susceptibles que les filles d'être diagnostiqués avec un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Ce taux a presque doublé chez les garçons d'âge scolaire dans les dernières décennies. Conséquemment, un nombre croissant de jeunes garçons sont médicamentés avec des stimulants, tels que le Ritalin.

Certains chercheurs ont fait valoir que ces taux élevés de diagnostics de TDAH sont directement liés aux changements dans les structures du système d'éducation et de la famille. En réponse à ces changements, les médicaments sont utilisés de façon inappropriée pour contrôler l'énergie bruyante des garçons, en l'absence de pères forts, chassés par les tribunaux de la famille.

Ces théories sont naturellement controversées, mais les statistiques ne mentent pas.

La Journée internationale de la jeunesse passe généralement inaperçue. La même chose peut être dite de l'attention accordée aux inégalités vécues par les garçons et les jeunes hommes. Ces inégalités sont rarement sur le radar de la politique publique, malgré leur énorme coût pour les garçons touchés et pour la société dans son ensemble.

Reconnaître cette réalité représente la première étape vers le changement. La sensibilisation est un début, mais des mesures concrètes sont nécessaires pour améliorer le bien-être et l'inclusion sociale des garçons et des jeunes hommes.

L'inaction n'est pas une option.

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