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Quand Vladimir téléphone à Barack

04/04/2014 02:25 EDT | Actualisé 03/06/2014 05:12 EDT

Le président russe Vladimir Poutine a téléphoné à son homologue américain Barack Obama il y a près d'une semaine pour lui parler « à quoi s'attendre », et lui dire d'envoyer son secrétaire d'État à Genève pour rencontrer le ministre russe des Affaires étrangères. Les versions de l'appel publiées par Washington et par Moscou ne s'accordent pas sur le contenu.

La version américaine ne mentionne pas que Poutine ait parlé de la Transnistrie, une région séparatiste de Moldavie enclavée sur la rive orientale de la rivière Dnistr et limitrophe du Sud-ouest ukrainien.

La Transnistrie n'aurait pas voulu suivre la Moldavie jusqu'à l'indépendance de l'Union soviétique en 1990. Ce qui était alors la 14e Armée de la Garde russe, stationnée sur son territoire, a soutenu sa déclaration unilatérale d'indépendance, laquelle n'est toujours reconnue par aucun membre de l'ONU.

La population de la Transnistrie compte approximativement un demi-million de personnes dont moins d'un tiers est d'origine russe. Un peu plus d'un tiers est moldave, et un peu moins d'un tiers est d'origine ukrainienne. Des Bulgares représentent la plupart du reste. Le statut du territoire fait l'objet de négociations infructueuses depuis 2006.

Pendant sa discussion téléphonique avec Obama, Poutine observait d'une manière inquiétante que la Transnistrie « est actuellement l'objet d'un blocus, ce qui complique considérablement les conditions de vie pour les résidents de la région, ce qui entrave leur mouvement et les activités économiques et commerciales normales. » En fait, c'est seulement que les entreprises doivent être tout simplement enregistrées en Moldavie.

Quant à la circulation des personnes, on ne doit que passer officiellement par la Moldavie, dont ladite région fait toujours partie en vertu du droit international. Les habitants de la Transnistrie sont détenteurs de passeports moldaves. Nombreux sont ceux qui le sont également de passeports russes ou ukrainiens.

Plus tôt cette semaine, pendant un appel téléphonique avec Angela Merkel, Poutine a dit à la chancelière allemande qu'il fallait « des mesures efficaces pour lever le blocus extérieur de fait » de la Transnistrie.

À propos de l'Ukraine, il a souligné « l'importance de la réforme constitutionnelle » afin de « tenir compte des intérêts légitimes des résidents de toutes les régions ukrainiennes. » C'est là du langage codé qui vise la fédéralisation de l'Ukraine, qui est aujourd'hui un État unitaire. Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a employé des expressions similaires lors de sa réunion de Genève avec le secrétaire d'État américain John Kerry.

Selon un reportage russe officieux, Kerry aurait même accepté cette semaine de négocier la structure constitutionnelle de l'Ukraine avec Lavrov, sans consulter les Ukrainiens eux-mêmes. La Russie veut briser le pouvoir central de Kiev et faire de l'Ukraine un État fédéralisé. Si ce reportage russe dit vrai, Obama aurait convenu de cette proposition.

Si c'est le cas, ou même au cas contraire, qui pourrait croire que cela puisse représenter la fin de la crise ukrainienne? Il ne ferait que faciliter un «appel» à l'«aide» russe contre le pouvoir de Kiev de la part des provocateurs des régions du sud-est du pays.

C'est là qu'entre en jeu la Transnistrie. De sa capitale Tiraspol, il ne faut même pas une heure de route au sud-est pour arriver à Odessa, grande ville portuaire ukrainienne. Lors de l'invasion de la Crimée, de troupes russes ont débarqué sur le corps continental de l'Ukraine pour mettre en place des barrages routiers qu'ils maintiennent encore à moins d'une heure de route à l'est d'Odessa.

De plus en plus fréquemment aujourd'hui, les Russes appellent l'ensemble de l'est et du sud de l'Ukraine par le terme historique « Novorossiya » (Russie nouvelle), qui date du 18e siècle. Son territoire s'étend du sud-est de l'Ukraine au-delà de la frontière dans l'ouest avec la Moldavie, la Transnistrie y comprise.

Si la Russie occupe la « Novorossiya », l'Ukraine perdrait toute sa côte de la mer Noire et serait enclavée. Depuis 20 ans un spécialiste de la géopolitique russe, Alexandre Douguine, a publié plusieurs livres où il revendique ces régions pour la Russie. Il est maintenant conseiller principal du président Poutine.

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