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De la popularité de Poutine en Russie, selon Aristote

23/04/2014 12:21 EDT | Actualisé 22/06/2014 05:12 EDT

Quelle est l'origine de la nouvelle popularité de Vladimir Poutine dans les sondages d'opinion russes? On a tendance à répondre qu'elle est due au ralliement nationaliste suite à l'invasion de la Crimée. Ce n'est qu'une partie de l'histoire.

Au cours de ses deux premiers mandats présidentiels, de 2000 à 2008, sa cote de popularité a oscillé entre autour de 65% et jusqu'à un peu plus de 80%. Il a atteint ces sommets en 2000, juste après sa première élection, et en mi-2005, après la Révolution orange en Ukraine.

Il est à noter que cette popularité a commencé à baisser, pour tomber autour de 75% après l'invasion de la Géorgie en 2008. Elle est restée à ce niveau jusqu'au début 2011, après quoi elle a chuté abruptement aux alentours des 65%, sans plus remonter ensuite.

Donc, de mai 2008 à mai 2012, pendant la présidence de Medvedev, la cote de Poutine n'a cessé de chuter... Jusqu'à ce qu'un attentat suicide revendiqué par des islamistes tchétchènes tue plus de trente personnes à l'aéroport Domodedovo début de 2011. Après cela, sa cote s'est affaissée pour stagner dans les 65% jusqu'à l'invasion de la Crimée.

Elle était même en baisse avant que les Jeux olympiques ne commencent à Sotchi. Et puis elle est remontée en flèche après que Poutine ait obtenu l'autorisation d'envoyer de troupes russes en Ukraine. Mais il faut avouer qu'il est probable que ce petit bol d'air de popularité est dû également à la performance exceptionnelle de l'équipe olympique russe à Sotchi.

Au début de mars 2014, après Sotchi donc, la cote de Poutine est remontée au-dessus des 70%. La semaine dernière elle était de retour à 80%. Un sondage de la mi-mars révèle que 86% des Russes pensent que la Crimée fait partie du territoire russe et que 90% soutiennent son annexion.

Il convient de mentionner aussi une corrélation intéressante entre le cours mondial du pétrole et la cote de Poutine, entre 2001 et fin 2010. À partir du début 2011 cette corrélation ne semblait plus valide. Mais, finalement, elle redevient pertinente à partir de la fin de 2011, et ce jusqu'à présent, après une perte d'environ 15% en 2012-2014 par rapport à 2000 2011.

Cela signifie que 2011, le début de l'année en particulier, a été un moment critique pour cette perte de popularité. Il est clair que l'attentat de Domodedovo a été un moment clé en 2011. Tout comme l'ont été les Jeux olympiques de Sotchi en 2014 : mais pas les JO eux-mêmes, plutôt leur spectacle et la performance de l'équipe olympique russe qui arrive en tête du nombre de médailles remportées.

Voilà ce qu'Aristote aurait appelé la cause « motrice » ou « du changement » de la cote de popularité de Poutine. Mais Aristote distingue trois autres types de causes, dont la « formelle ». Il s'agit de l'agencement ou de la forme des choses.

Dans le cas de la cote de popularité de Poutine, il s'agit là de la façon dont lui et son équipe ont réussi à créer une machine politico-médiatique, notamment depuis 2012, qui a façonné le comportement politique des Russes. Pour ce faire, il n'aura fallu que quelques mois après la forte et nouvelle consolidation du pouvoir dans le secteur des médias. Consolidation de style néo-soviétique, allant jusqu'à la répression des publications dissidentes.

Rétrospectivement, c'est la performance des Pussy Riot de février 2012, pour laquelle elles ont été inculpées puis arrêtées le mois suivant et enfin condamnées en août, qui représente au moins symboliquement la marée haute de la désobéissance civile contre le régime. En fait, l'été 2012 marque le début du tournant irrévocable vers la centralisation du contrôle politique sur le secteur russe des médias (ou, comme on l'appelle en russe, le « système d'information de masse »).

Ce tournant s'est notamment accéléré au cours des dernières semaines. On a consolidé les organes de propagande de l'État dans une structure idéologique unitaire simplifiée. On a fermé de force les dernières stations de radio et de télévision qui osaient publier des opinions dissidentes. De même pour les derniers journaux qui expriment de vues politiques alternatives ainsi que leurs sites Web.

Cette ingénierie des moyens de manipulation de l'opinion publique en Russie est la cause « formelle » aristotélicienne de la nouvelle popularité de Poutine. Il a commencé à en préparer le terrain il y a au moins deux ans. En conditionnant chez le public russe les attitudes politiques d'ordre général, à travers par exemple l'image de la Russie ou des États-Unis sur la scène internationale, il a créé des « prédispositions cognitives » permettant aux événements de Sotchi et de l'Ukraine de faire écho dans l'opinion russe ainsi conditionnée.

J'espère traiter dans un prochain article des deux autres causes aristotéliciennes («matérielle» et «finale») de la popularité de Poutine en Russie.

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