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Undertaker: Dorison et Meyer au pays de Blueberry

21/03/2015 08:09 EDT | Actualisé 21/05/2015 05:12 EDT

Hum, ça sent le printemps, l'odeur du renouveau et de la renaissance. Un temps parfait pour s'aérer l'esprit, retrouver des odeurs réjouissantes et se replonger avec plaisir dans de nouvelles intrigues et de nouveaux héros aux couleurs d'œuvres mille fois vues, mais mille fois aimées. Bienvenue dans le monde réconfortant de la nouvelle nostalgie.

Le doux parfum du complot

5 juin 1968, assassinat par Shiran Shiran du sénateur Robert F. Kennedy à l'Ambassador Hôtel. 10 mai 1969, début de la célèbre bataille d'Hamburger Hill, un des épisodes les plus sanglants de la guerre du Vietnam. Quel lien entre ces deux événements? En apparence aucun.

Pourtant un fil très mince pourrait les relier, un de ses fils qui lorsqu'on le tire laisse entrevoir un immense complot. C'est ce que croit Paul Duke journaliste au Newsweek et ancien collaborateur de Robert F Kennedy. C'est que Duke, quelques minutes avant l'attentat, avait rencontré dans les couloirs anonymes de l'Ambassador Shiran Shiran et un acolyte pas tout à fait dans son assiette. Hanté par cette rencontre, le journaliste va, par une de ses sombres coïncidences, découvrir une photographie d'un commando secret sur laquelle il reconnait le mystérieux individu. Suivant son obsession et son instinct, le journaliste part au Vietnam pour le retrouver. Sans le savoir, Duke vient de mettre le doigt dans un sombre engrenage qui le conduira au cœur de l'enfer d'Hamburger Hill.

Nouvel opus de la série Complot, cette Bataille de Hamburger Hill est sans contredit le plus réussi. Gihef est particulièrement à l'aise dans ce thriller politique qui exploite aussi bien les théories conspirationnistes sur la mort de Robert Kennedy que celles sur les expériences de l'armée américaine pour créer, à partir de puissants psychotropes, des supers soldats.

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Avec un plaisir évident, le scénariste nous entraîne dans un irrésistible délire conspirationniste au parfum de déjà-vu. Et c'est justement cette odeur familière qui est si séduisante. Parce qu'on la connait l'intrigue. On la connait tellement qu'on a l'impression de l'avoir dans nos gènes. Combien de films, de séries télévisées, de romans et de bandes dessinées l'ont exploité? Pourtant, et c'est ce qui est surprenant, Gihef et Perger, son excellent dessinateur, la raconte avec l'enthousiasme de ceux qui viennent de l'entendre pour la première fois.

Le duo réussit tout au long des pages à garder notre intérêt pour une histoire archi-connue dont les artifices sont aussi vieux que Mathusalem et aussi évident que les mensonges de Richard Nixon. Si Gihef s'amusait dans les deux premiers tomes de la série, ici il se surpasse et s'éclate en concoctant une vieille recette mille fois éprouvée certes, mais tellement réconfortante... exactement comme les lasagnes de ma vieille mère.

L'odeur nauséabonde de la fuite

Si Paul Duke à dû vivre dans la clandestinité pour échapper au courroux des conspirationnistes « kennedyiens », que dire de Lance Strikland alias Jonas Crow, un des plus impressionnants tireurs d'élite confédérés, activement recherché par l'armée américaine. Le boucher de Skullhill, comme on le surnomme, est obligé de parcourir l'ouest sauvage déguisé en croque-mort ambulant offrant ses services à tous ceux qui désirent une sépulture décente pour leurs proches, dans une société où un enterrement digne de ce nom est un luxe. Malheureusement pour le fugitif, la mort d'un riche propriétaire minier l'amène dans un sentier qu'il aurait préféré ne pas emprunter et qui se traduit vite par une série de catastrophes, toutes plus dangereuses les unes que les autres.

Troisième collaboration entre Ralph Meyer et Xavier Dorrison, après Asgard et XIII Mystery I,Undertaker arrive dans nos librairies auréolé de la prestigieuse mention « du plus grand western depuis Blueberry .» Et pour une très rare fois la stratégie promotionnelle de Dargaud dit vrai. Undertarker à la même force et le même souffle épique que le plus célèbre antihéros de la bande dessinée européenne.

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Tout sent Blueberry dans ce fantastique western, que ce soit l'intelligence du scénario, la force de son intrigue, l'humour de ses dialogues, le désintéressement nonchalant de son héros et la richesse de ses personnages secondaires. Si Dorison concocte un scénario qui aurait fait plaisir à Jean Michel Charlier, le papa de Mike S Blueberry, et qui met en vedette son grand talent de conteur, Ralph Meyer lui propose un dessin qui s'inscrit à merveille dans la ligne initiée par le Jean Giraud de la grande époque, celui de la Mine de l'Allemand perdu et du Spectre aux balles d'or. Page après page se dégage de ce premier tome, cette merveilleuse impression de revenir dans l'univers réconfortant et familier de Charlier et de Giraud qui a ensoleillé mon adolescence.

Si Dorison m'avait séduit avec son Long John Silver, sa merveilleuse relecture de l'Île au trésor, avec cet Undertaker il m'a littéralement fait retomber en amour.

Et en attendant la suite, je me replonge dans les aventures de Blueberry.

Giher, Alcante, Perger, Complot, la bataille de Hambruger Hill, Glénat.

Ralph Meyer, Xavier Dorison, Undertaker, tome 1 Le mangeur d'or, Dargaud.

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