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«Un maillot pour l'Algérie»: les liberos de la liberté

06/06/2016 09:06 EDT | Actualisé 07/06/2017 05:12 EDT

Le sport et la guerre ont beaucoup en commun. Nos commentateurs sportifs patentés nous le rappellent souvent, que l'on pense aux: c'est une véritable guerre de tranchées, ce sont de vaillants guerriers et autres images de cet acabit. Mais au-delà de ces lieux communs langagiers un tantinet exagérés et souvent ridicules, le sport est un terrain où se jouent des tragédies épiques aux personnages plus grands que nature. Ce n'est pas pour rien que depuis plus de 100 ans le sport est une fabuleuse inspiration pour le cinéma, la littérature et... la bande dessinée.

L'extase de la victoire!

Le sport c'est aussi un champ de bataille symbolique fabuleux, on pense à la Série du siècle (1972) où à travers la confrontation sur la glace du Canada et de l' URSS, le capitalisme et le communisme s'affrontaient; au Bain de sang de Melbourne (1956) où l'équipe hongroise de water-polo humiliait celle de l'Union soviétique, représailles sportives à la répression impitoyable des troupes soviétiques lors de l'insurrection de Budapest ou encore aux exploits de Jesse Owen (1936) devant tout le gratin nazi. Je ne sais pas si ces faits d'armes ont inspiré Rey, Galic et Kris pour Un maillot pour l'Algérie , mais il faut d'ores et déjà placer cette épopée dans le panthéon des histoires sportives mémorables.

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13 et 14 avril 1958, douze footballeurs professionnels dont deux membres de l'équipe de France qui s'apprête à participer au Mondial, Rachid Mekhloufi et Mustapha Zitouni, quittent clandestinement l'Hexagone pour former la toute première sélection nationale d'une Algérie en pleine guerre d'indépendance. Plus qu'une simple équipe elle deviendra, grâce à sa tournée de matches amicaux sur la planète foot et dans des conditions pas toujours favorables, une des armes les plus efficaces du gouvernement révolutionnaire algérien pour la promotion et la reconnaissance internationale de la future république.

Inspirée d'un fait vécu, mais peu connu du public, Un maillot pour l'Algérie contient tous les éléments pour en faire un des coups de cœur de l'été. Touchante et rafraichissante, l'aventure de cette équipe nationale d'un pays qui n'existe pas encore internationalement surprend du début à la fin. Alors que l'intrigue aurait pu n'être qu'un collage sans émotion de moments-clés, comme dans beaucoup de bédés historiques et biographiques, les auteurs concoctent un véritable suspense grâce à un choix judicieux d'instantanés évocateurs et de personnages forts, mais humains, loin des héros désincarnés et esquissés grossièrement présentés habituellement dans ce genre d'histoires.

Admirablement dessiné par Rey, qui traduit grâce à son trait élégant toute la beauté, le dynamisme et la complexité des footballeurs en action, Un maillot pour Algérie dépasse de loin le drame sportif pour devenir une merveilleuse aventure humaine, une quête pour la liberté, une de ces histoires inspirantes qui célèbrent la beauté et les grandes qualités du sport et des hommes.

À quelques jours du début de l'Euro, Un maillot pour l'Algérie est un incontournable, parce que c'est sur ces terrains de jeux que se célèbrent les plus beaux exploits humains.

L'agonie de la défaite

Constantine, Algérie, de nos jours. Martin agent de la Direction générale de la Sécurité extérieure (le service du renseignement extérieur français) est pris pour cible alors qu'il s'apprête à regagner la France après une mystérieuse mission. Accompagné d'un ancien officier algérien qui a servi lors des années noires, Martin s'enfonce dans le vieux Constantine à la recherche d'une porte de salut. Hélas les souvenirs de l'Algérie des années 90, déchirée par la guerre que se livraient le gouvernement, le Front islamique du Salut et le Groupe Islamiste Armé sont encore bien vivants et les blessures ne sont toujours pas cicatrisées.

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Nouveau diptyque de Duval, superbement illustré par Créty, même si la couverture n'est pas tellement aguichante, Nom de code: Martin est un efficace et captivant thriller de politique-fiction aux parfums de Robert Ludlum, John Le Carré, Frederick Forsyth.

Tout comme ces légendes littéraires, Duval mêle adroitement politique actuelle, histoire et action au grand plaisir du lecteur qui dès les premières cases tombe sous le charme de cette chasse à l'homme. À travers Martin et surtout Ahmed, cet ex-militaire au passé opaque, qui en sait beaucoup plus que ce qu'il raconte, c'est toute l'histoire de cette Algérie écartelée par ses luttes internes et le rôle plus que douteux de la France qui est exposée devant nous.

Grâce à son utilisation judicieuse des retours en arrière, le bédéiste sème les indices nécessaires pour bien comprendre toutes les implications et les racines historiques sans pour cela sacrifier le rythme et le dynamisme de son histoire. Au fil des pages, le scénariste accentue le mystère autour des motivations de ses personnages aussi inquiétants les uns que les autres, que ce soit le rôle d'Ahmed dans les années noires algériennes, l'implication de Martin dans l'assassinat de Kadhafi ou l'identité de ces mystérieux poursuivants qui veulent empêcher à tout prix Martin de retourner en France.

Comme Charlier, Greg, Van Hamme, Duval garde constamment le lecteur sur un pied d'alerte, l'étourdissant par son heureux mélange de rebondissements, de tension, de révélations et de coups de théâtre dans un Constantine historique, mystérieux où les ennemis se cachent derrière chaque porte close et au détour de chaque rue mal éclairée.

Une belle surprise en ce début d'été.

Beau succès que cette 5e édition du Festival de bande dessinée de Montréal, du soleil, du farniente, des gens heureux et courtois, d'excellents ateliers et des invités passionnants, la vraie vie quoi! Que demander de plus? Peut-être un menu plus intéressant au resto de l'espace La Fontaine, mais pour ça le festival ne peut rien y faire. J'ai déjà hâte à l'année prochaine.

Kris, Galic, Rey, Un maillot pour l'Algérie. Dupuis.

Duval, Créty, Maffre, Nom de code : Martin tome 1, Constantine, Delcourt.

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