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Tempus Fugit

01/02/2014 08:55 EST | Actualisé 03/04/2014 05:12 EDT

Terres parallèles, limbes, 4e dimension, enfer et purgatoire, autant de noms pour désigner des mondes lointains et inconnus qui ont nourri l'imaginaire des créateurs et qui ont servi de prétexte pour réinventer notre société, sans nos défauts, nos vices et nos tares. Comme les pèlerins du Mayflower de jadis, qui cherchaient le paradis perdu et désiraient fonder la nouvelle Jérusalem, les héros de bandes dessinées explorent ces lieux pour donner, eux aussi, une seconde chance à l'humanité.

Seuls

Cinq enfants se réveillent un matin et constatent que tous les habitants de la ville ont mystérieusement disparu. Que s'est-il passé? 8e opus de la superbe série Seuls de Velhmann et Gazzotti, Les arènes tranche des tomes précédents tout en leur restant fidèles. Il n'est plus question ici de la Zone rouge où ils évoluaient jusqu'alors, mais plutôt d'une nouvelle ville, Neosalem, où habitent « les sept familles du bien » en lutte contre l'implacable mal. Pour nos gamins l'heure des choix est maintenant arrivée.

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Si du premier cycle de Seuls émanait des effluves de Sa majesté des Mouches, le fameux roman de William Golding - confirmée par Velhmann lui-même - on peut dire sans se tromper qu'un parfum de Lost flotte dans le nouveau cycle. Tout comme dans la conclusion de la série télévisée de JJ Abrams, nos jeunes héros savent maintenant qu'ils sont morts- même s'ils n'ont pas tous des réminiscences de leur décès - et qu'ils évoluent dans un étrange monde aux contours flous qu'ils nomment limbes, un monde imprécis en périphérie de l'enfer où selon le christianisme se retrouvent les âmes des enfants morts avant d'être baptisés.

Mais si la série d'Abrams pouvait s'avérer à l'occasion un tantinet confuse, la bande dessinée de Velhmann et de Gazzotti, elle, est d'une limpidité incroyable. Grâce à une écriture d'une redoutable efficacité, Velhmanm tisse une histoire où tout est cohérent et à sa place. Jamais l'auteur ne nous sort un lapin de son chapeau pour justifier un retournement aussi soudain qu'inexplicable. Le scénariste sait exactement où il veut nous amener et il le fait de belle façon, nous réservant d'une page à l'autre, d'un album à l'autre, de belles trouvailles qui nous tiennent en haleine.

Mais tout le talent de conteur de Velhmann ne serait rien sans le superbe dessin fluide et dynamique de Gazzotti qui sait à la fois raconter une histoire et réjouir notre œil. Tout transpire l'élégance dans le dessin de Gazzotti et même une histoire qui a un potentiel de confusion, comme celle de Seuls gagne en simplicité et en efficacité grâce à son graphisme.

Un grand plaisir sans cesse renouvelé à chaque nouvelle parution.

« The odd couple »

À la suite d'un vol de banque, Spiderman et Wolverine se retrouvent projetés dans le temps, traversant les périodes de l'histoire passée et future au gré des hasards des trous temporels, comme un navire fou sans capitaine. Le hic c'est que « l'amical Spidey du voisinage » et Wolfie se détestent cordialement et se cherchent noise constamment. Il faudra que les deux caractères tempèrent leurs différends pour qu'ils puissent retourner dans notre époque. Épisode phare de la trop courte série Asthonishing- qui proposaient aux meilleurs auteurs de Marvel des raconter les rencontres improbables entre les superhéros les plus populaires de la maison d'édition - Une erreur de plus est à la différence de Seuls une bédé qui ne brille pas par sa limpidité scénaristique.

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Entendons-nous bien, ça reste une bande dessinée intéressante et amusante. La rencontre entre ce cabotin de Spiderman et le psychopathe en puissance qu'est Wolverine fait des étincelles. Tout est possible avec un duo semblable, surtout quand Peter Parker alimente la mauvaise humeur légendaire du carcajou avec ses jeux de mots douteux et ses répliques de mauvais goût - même si la traduction franco-franchouillarde ne joue pas toujours pas en faveur de l'humour arachnéen. La recette devrait, en principe, être gagnante, mais hélas, le scénario tordu de Jason Aaron finit par nuire à cette confrontation.

Pourtant il y a des idées lumineuses. La télé-réalité inter-spatiale avec un producteur qui pourrait être le fils trisomique de Jabba the Hut en plein delirium tremens, l'utilisation de l'effet papillon, la rencontre entre Wolvie est sa mère ou encore le retour de son frère ennemi- frère qui incidemment ressemble à une étrange hybridation entre Kraven the hunter et le chasseur Van Pelt du film Jumanji -sont porteuses de potentiel. Malheureusement Aaron ratisse trop large et finit par nous perdre dans les dédales de son histoire comme les deux héros sont perdus dans celles du temps. Ses multiples revirements sont souvent résolus par des bonds dans le temps aussi providentiels que surprenants. Une stratégie douteuse qui lui permet de se sortir d'un pétrin inextricable, mais qui appartient plus à un piètre illusionniste qu'à un scénariste de génie. Bien sûr il reste le merveilleux dessin d'Adam Kubert toujours aussi fluide et dynamique, mais tous les artifices du grand magicien du crayon ne réussissent pas à combler la confusion du scénario.

Bonne nouvelle pour les amateurs de lycanthropie le 4e tome de la saga Wariwulf de Bryan Perro sortira le 14 mai chez Perro éditeur. D'ailleurs la maison d'édition en profitera pour relancer les anciens titres de la saga, disponibles auparavant aux Intouchables. Premier rendez-vous dans quelques semaines, le 19 février pour la sortie du premier tome. On s'en reparle.

  • Gazzotti, Velhmann : Seuls tome 8 Les arènes, Dupuis
  • Adam Kubert, Jason Aaron, Asthonishing Spider-Man et Wolverine, une erreur de plus, Panini Comics.

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